La gestion du risque dans le secteur du bétail

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Aperçu

  • Une stratégie de marketing et un bon plan de gestion du risque fournissent une orientation à une entreprise
  • Créez un plan de marketing à l'avance, en vous concentrant sur votre produit, vos clients et le caractère saisonnier du marché
  • Les marchés à terme, les contrats à terme et l'assurance des prix sont des options de protection à considérer lorsque vous élaborez votre stratégie de gestion des risques

En agriculture, tout le monde sait probablement que ce sont parfois les circonstances, et non les gens, qui déterminent ce qui arrive. Du risque météorologique au risque du marché, qu’il s’agisse de la production ou des intrants, les enjeux sont importants dans ce secteur d’activité. Heureusement, les éleveurs canadiens ont accès à un nombre croissant d’options pour composer avec l’incertitude liée aux prix.

« Une stratégie de marketing claire et un bon plan de gestion du risque fournissent une orientation à une entreprise. Ils aident les producteurs à analyser leurs activités et leurs motivations, et permettent d’établir des indicateurs à des fins d’examen et d’amélioration continue. Une bonne stratégie simplifie les décisions en matière de production et assure une protection, en particulier lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu », indique Brian Perillat, gestionnaire et analyste de marché pour Canfax.

En explorant tous les outils qui s’offrent à eux, les éleveurs de bovins et de porcs peuvent déterminer la solution idéale, ou la combinaison de solutions, qui concilie leur plan de marketing et leur tolérance au risque.

Distinction entre  marketing et gestion du risque

Lorsqu’on examine les outils de gestion du risque, il importe de faire la distinction entre cette dernière et le marketing.

« Un plan de gestion du risque fait partie d’une bonne stratégie de marketing, mentionne Ron Gietz, spécialiste du porc au ministère de l’Agriculture de l’Alberta.

La stratégie de marketing vise à maximiser les revenus, alors que le plan de gestion du risque vise à réduire la variabilité des rendements et à accroître la stabilité des flux de trésorerie. »

La compréhension de votre produit, de vos clients et du caractère saisonnier du marché, ainsi que la collaboration avec d’autres intervenants d’un bout à l’autre de la chaîne de valeur, sont des éléments essentiels d’un plan de marketing.

« Pour créer une excellente stratégie de marketing, trouvez des clients privilégiés et des clients de substitution pour vos produits. Affinez vos pratiques de production de manière à satisfaire les besoins de ces clients; vous pourrez ainsi tirer le maximum de valeur de vos produits », recommande M. Gietz.

« Même dans le cas d’un produit comme les porcs d’abattage, le prix qu’obtiennent les producteurs pour le produit fini varie considérablement, selon la qualité, la distance du marché et d’autres facteurs. »

Pour élaborer une bonne stratégie de gestion du risque, vous devez avant tout comprendre le coût de production de votre exploitation.

« Dans une conjoncture difficile, vous cherchez peut-être des débouchés qui vous permettent simplement de couvrir vos coûts au comptant afin que votre exploitation demeure solvable. Dans des marchés plus dynamiques, vous voulez protéger des marges solides qui vous permettent de reconstituer vos capitaux, tout en limitant le risque de perte en cas de baisse », explique M. Gietz.

La planification rapporte

Dans le contexte récent où les prix des bovins atteignent des sommets, Ryan Copithorne, éleveur de quatrième génération et expert en finance en Alberta, aide des éleveurs-naisseurs à profiter des remontées du marché. Son cabinet, Cows in Control Marketing Group, élabore des stratégies de marketing et des plans de gestion du risque personnalisés qui comportent souvent la vente à terme de veaux et l’établissement de comptes de couverture.

« Il est important de connaître la valeur marchande de vos animaux ainsi que la somme que vous perdez lorsque le prix diminue de 10, de 20 ou même de 50 %. Les marchés des bovins affichent des hausses et des baisses de 10 à 20 % au cours d’une année moyenne. Vous devez donc connaître votre degré de tolérance à l’égard du risque », conseille-t-il.

« Créez un plan de marketing un an d’avance et révisez-le chaque année. Puis, assurez-vous de connaître à l’avance votre prix marchand en adoptant un excellent plan de gestion du risque. Établissez un taux de rendement cible et tâchez de le protéger le plus possible durant toute l’année. Vous serez ainsi en mesure de montrer avec assurance à votre prêteur, et à vous-même, que vous avez réalisé un profit ou que vous avez réduit vos pertes au minimum. »

Il est recommandé d’adopter une stratégie multidimensionnelle en matière de gestion du risque.

En explorant tous les outils qui s’offrent à eux, les éleveurs de bovins et de porcs peuvent déterminer la solution idéale, ou la combinaison de solutions, qui concilie leur plan de marketing et leur tolérance au risque.

Les marchés  à terme

Les contrats à terme sont un moyen efficace de se protéger contre les fluctuations marquées des cours des produits agricoles. Toutefois, les besoins en capital aux fins des opérations de couverture peuvent être élevés. Les appels de marge nécessitent parfois des liquidités importantes pour conserver une couverture suffisante, et c’est l’une des raisons pour lesquelles la majorité des producteurs recourent généralement à d’autres options.

« C’est une affaire compliquée, affirme M. Copithorne. Bien que les contrats à terme et les contrats d’option puissent s’avérer utiles, il suggère de s’entourer d’un conseiller et d’un bon courtier. »

Les éleveurs devraient aussi examiner la corrélation entre leur marché local et le marché à terme sur lesquels ils négocient.

« Le dollar canadien peut avoir une incidence beaucoup plus grande sur les prix des veaux que les prix à terme de Chicago : une baisse d’un cent de la valeur de notre dollar se traduit par une hausse de 5 cents du prix des veaux », illustre M. Perillat.

Dans le cas des porcs, la corrélation entre les prix au Canada et les prix à terme aux États-Unis est plus étroite, mais il faut aussi composer avec le risque de change.

« Pour gérer intégralement votre risque de prix, vous devez négocier activement à la fois sur les marchés en dollars canadiens et sur les marchés à terme des porcs », mentionne M. Gietz.

Qu’en est-il des aliments pour animaux? Il convient assurément de réduire au minimum la volatilité des prix des intrants principaux. Si les marchés à terme permettent de couvrir les prix des céréales fourragères, les négociations restreintes de contrats à terme pour l’orge dans l’Ouest et la faible corrélation entre les prix à terme du maïs et les prix des céréales fourragères dans les Prairies peuvent se traduire par des possibilités de couverture qui sont loin d’être idéales.

M. Gietz constate qu’un certain nombre d’éleveurs fixent plutôt les prix à terme de leurs intrants par l’intermédiaire d’un courtier en grains. Les autres stratégies de gestion des coûts des aliments pour animaux comprennent l’exploitation mixte (céréales et bétail) et l’achat d’importants volumes de céréales dès la récolte.

Les contrats à terme

Moins de 10 % des éleveurs de porcs négocient activement sur les marchés à terme, estime M. Gietz. L’utilisation des contrats à terme est beaucoup plus répandue chez les transformateurs ou leurs agents de mise en marché.

Les contrats à terme peuvent se négocier quelques mois ou même un an avant la livraison, et les contrats d’approvisionnement à long terme peuvent avoir une durée allant jusqu’à cinq ans Dans le cas des bovins, les contrats à terme pour les bovins gras sont aussi fréquents entre les engraisseurs et les transformateurs.

« Les contrats à terme sont aujourd’hui un outil très courant de gestion du risque dans les parcs d’engraissement canadiens parce que le marché des bovins au Canada n’est pas lié directement au marché à terme des États-Unis. Plus de la moitié des veaux achetés par des engraisseurs canadiens sont vendus à des transformateurs au moyen de contrats à terme à échéance maximale de 12 mois », dit M. Perillat.

Les éleveurs-naisseurs commencent aussi à explorer les options de contrats à terme. Le nombre de veaux offerts aux enchères électroniques en vue de la livraison à une date ultérieure ne cesse d’augmenter, et comme les prix atteignent des records, les engraisseurs ont peut-être davantage intérêt à acheter des animaux d’avance pour s’assurer un approvisionnement et protéger leurs marges.

Lassurance des prix

Lancés en Alberta en 2009, les programmes d’assurance des prix de l’Ouest pour les bovins (Western Livestock Price Insurance Program – WLPIP) et les porcs (Western Hog Price Insurance Program – WHPIP) sont maintenant élargis aux éleveurs de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et du Manitoba. Le WLPIP et le WHPIP offrent la possibilité de bloquer des prix planchers pour les veaux, les bovins d’engraissement, les bovins gras et les porcs d’abattage.

Même si les primes des polices du WLPIP et du WHPIP font hésiter certains producteurs, M. Copithorne croit que l’assurance des prix peut être un outil de gestion important sur les marchés instables des produits agricoles d’aujourd’hui.

« Le prix que vous garantissez est plus important que le coût des primes. Le prix plancher représente le prix assurable moins le coût de la prime. Si le marché monte, l’augmentation du prix du bétail couvre la prime. Si le marché baisse, vous êtes certain de toucher le prix assuré moins le coût de la prime, et vous évitez ainsi des pertes potentiellement coûteuses. »

M. Copithorne souligne par ailleurs que le WLPIP et le WHPIP permettent aux producteurs de bloquer des prix en dollars canadiens, ce qui élimine le risque de base et le risque de change. De plus, il n’y a pas d’appel de marge et n’importe quel éleveur de bovins ou de porcs peut souscrire ces assurances.

Le principal inconvénient de l’assurance des prix est que les prix assurables sont souvent inférieurs aux prix sur le marché au comptant.

Où aller chercher de l’aide

« De nombreux producteurs sont intimidés par l’abondance d’information et de chiffres, mais il n’y a aucune différence avec le volet production : vous vous occupez des choses avec lesquelles vous êtes à l’aise et confiez le reste à quelqu’un d’autre », dit M. Gietz.

« La mise en œuvre de stratégies de marketing et de gestion du risque demande avant tout du temps : voulez-vous investir votre propre temps, celui d’un employé ou celui d’un professionnel que vous engagez? »

Les éleveurs qui ont besoin d’aide pour la création de leur plan de marketing et de leur plan de gestion du risque peuvent communiquer avec leur ministère provincial de l’agriculture.

« Les agences de commercialisation sont une bonne source d’information, et il existe de nombreuses ressources du secteur privé spécialisées en gestion agricole et en marketing, ajoute M. Gietz. Il est aussi utile de discuter avec d’autres éleveurs pour s’informer des pratiques qu’ils emploient. »

D'après un article de l'AgriSuccès (novembre/décembre 2015) de Trish Henderson (@TrishHenderson3).

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