Tirer profit de l’entreposage du grain

Les céréaliculteurs canadiens, en particulier ceux des Prairies, ont plus d’espace d’entreposage du grain que presque tous leurs concurrents internationaux. Si la capacité d’entreposage peut être un avantage sur le plan de la commercialisation, elle peut aussi devenir un piège.

Nombreux sont les producteurs qui entreposent des cultures dans l’espoir de profiter de prix records. Malheureusement, il arrive qu’après une longue attente, ils se trouvent à vendre leur grain environ au même bas prix qu’au moment de l’entreposage.

Si la capacité d’entreposage du grain peut être un avantage sur le plan de la commercialisation, elle peut aussi devenir un piège. Voici ce que vous devriez surveiller. Partagez sur Twitter

Entre-temps, la patience, les réserves de liquidités et la capacité d’entreposage peuvent finir par s’épuiser, ce qui risque de contrecarrer un plan d’entreposage à long terme.

Cultures sans marché à terme

Le canola, le blé, le soya et le maïs sont les cultures canadiennes qui représentent la plus grande partie de notre superficie, et chacune possède un marché à terme qui permet de déterminer les prix. Toutefois, il n’existe aucun marché à terme pour d’autres cultures importantes comme celles du blé dur, des lentilles, des petits pois, du lin et d’une foule d’autres cultures de faible superficie.

Habituellement, les prix de ces cultures secondaires subissent des fluctuations marquées, et les producteurs les laissent parfois dans des entrepôts pendant de longues périodes, le temps que les marchés remontent. Quelquefois, les prix s’enflamment, et d’autres fois, ils restent déprimés pendant des années.

« Il peut être utile de déterminer l’ampleur de la demande de certaines cultures », selon Chuck Penner du cabinet Leftfield Commodity Research. « En effet, une demande réduite peut retarder la remontée des prix. »

Si les prix de toutes les lentilles sont en baisse en raison principalement des tarifs douaniers élevés et de la faible demande de l’Inde, les lentilles rouges font l’objet d’une demande plus vaste que les lentilles vertes, de sorte que leurs prix pourraient se rétablir plus rapidement.

Un produit dont le prix frôle la limite inférieure de sa fourchette historique est peut-être propice à l’entreposage. Toutefois, le moment doit aussi être bien choisi.

« Trop de producteurs gardent farouchement leurs cultures lorsque s’amorce une baisse après l’atteinte du sommet d’un marché haussier », dit John DePutter, analyste de marchés de DePutter Publishing. « Lorsque les prix diminuent, il est fâcheux de vendre parce qu’on veut profiter du prix qui était offert le mois dernier ou la semaine dernière. Mais c’est souvent à ce moment-là qu’il serait préférable de réduire ses pertes en écoulant ses stocks. »

Il est difficile de formuler des prévisions exactes concernant la remontée des prix, mais M. DePutter indique qu’un bon moment pour garder les cultures à l’entrepôt est après qu’un marché a chuté et s’est stabilisé pendant un moment. Si le prix d’une culture est inférieur au coût de production depuis un certain temps, les producteurs peuvent être dissuadés d’en produire, ce qui entraîne une diminution de l’offre. La faiblesse des prix peut aussi stimuler la consommation.

Tirer parti des marchés à terme

Il arrive que l’avantage à moyen terme de l’entreposage soit évident. Les prix au comptant pour les livraisons mensuelles différées sont plus élevés, et l’écart de prix est plus que suffisant pour payer les intérêts débiteurs et les coûts d’entreposage. Toutefois, M. DePutter indique que parfois, cette « retenue » sur le marché transparaît dans les prix à terme, mais pas sur le marché local au comptant.

Dans ce cas, la meilleure stratégie consiste peut-être à entreposer le grain et à le protéger au moyen d’un contrat à terme à prix plus élevé pour une livraison mensuelle différée. Dans le cas des prix à terme du blé, les prix des contrats à terme en vue de la livraison différée sont souvent supérieurs à ceux des contrats à terme à échéance la plus proche.

M. DePutter conseille aussi aux producteurs de ne pas se méprendre sur les signaux envoyés par les marchés à terme.

« Un producteur pourrait être séduit par les prix avantageux en vue de la livraison différée et se contenter d’attendre le moment venu pour vendre, expose M.  DePutter. Le problème est que souvent, dans l’intervalle, les primes s’effritent et le producteur obtient en fin de compte l’équivalent du prix au comptant. »

Parallèlement, Chuck Penner souligne qu’il faut payer des frais de courtage chaque fois que l’on reporte l’échéance d’un contrat à terme à un mois ultérieur, de sorte qu’il peut être économiquement avantageux de choisir d’entrée de jeu un mois plus éloigné.

Quel est le coût de l’entreposage du grain?

La valeur temporelle de l’argent est le premier coût évident de l’entreposage du grain. Si une culture vaut 10 $ le boisseau et que vous l’entreposez pendant un an, le coût d’option est de 50 cents le boisseau si le taux d’intérêt est de 5 %. Vous pouvez remplacer ce taux d’intérêt par celui qui vous semble approprié.

Mais quel est le coût réel de l’entreposage si vous devez acheter d’autres silos à grain? Le ministère de l’Agriculture de l’Alberta a effectué des calculs selon différents types de silos d’entreposage d’une capacité de 5 000 boisseaux à partir d’hypothèses quant au prix d’achat, aux coûts de préparation à l’entreposage, à la dépréciation, aux réparations et à l’entretien, ainsi qu’à l’intérêt couru sur l’investissement dans le silo d’entreposage.

Le ministère a déterminé que le coût annuel variait de 22 à 25 cents par boisseau. En ajoutant ce coût à la valeur temporelle de l’argent et à la valeur du grain entreposé, on obtient une estimation approximative des coûts d’entreposage.

Quel est le coût de l'entreposage? Le ministère de l'Agriculture de l'Alberta a effectué des calculs pour des silos d'une capacité de 5 000 boisseaux et a déterminé que le coût annuel variait de 22 à 25 cents par boisseau. Partagez sur Twitter

Déterminer la période d’entreposage

Si une culture représente un pourcentage assez faible de votre production totale, vous avez peut-être la capacité de l’entreposer pendant une longue période. Si le prix d’une culture ou d’un éventail de cultures est bas, mais que ces cultures représentent une portion considérable de votre production, vous ne disposez pas nécessairement de la trésorerie ou de la capacité d’entreposage requise pour attendre que le marché soit à votre avantage.

Bien sûr, vous pourriez accroître votre capacité d’entreposage, et cela représenterait peut-être un bon investissement, mais il y a un prix à payer.

Lorsque les prix sont décevants, il est naturel d’être tenté de garder les cultures à l’entrepôt, mais les plans d’entreposage sont plus efficaces lorsqu’ils sont calculés et stratégiques.

D’après un article de l’AgriSuccès (mars 2019) par Kevin Hursh.


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