Les rapports de production des États-Unis marquent le début de la nouvelle année

Janvier, c’est comme le lundi des mois de l’année pour beaucoup de monde. Fait fret. Fait noir à quatre heures de l’après‑midi. Fait mal au visage quand on sort dehors. Par contre, pour moi, c’est le temps d’arroser l’étang en face de la maison et de retomber en enfance. Sors les patins, sors les rondelles, sors les bâtons et on fait sortir la dinde du temps des Fêtes. Trois coups de patin et ça me rappelle que je n’ai plus 20 ans. On fait sortir le méchant, ça clarifie les idées et on peut s’attaquer à de nouveaux défis.

Janvier, c’est aussi le temps des bilans des récoltes aux États‑Unis.

Abondance

Vendredi 12 janvier, il est midi. Le ministère de l’Agriculture aux États‑Unis nous informe sur l’état des récoltes et sur l’équilibre entre l’offre et la demande. Le constat est clair, il y a abondance.

Au niveau des productions américaines, le ministère a fait quelques modifications somme toute mineures et sans importance par rapport au portrait global des stocks. Les rendements en boisseaux à l’acre sont à 176,4 pour le maïs, 49,1 pour la fève de soja et 46,3 pour le blé. La récolte 2017 sera considérée comme très bonne dans les livres d’histoire. Quelques craintes durant l’été comme c’est souvent le cas, mais plus de peur que de mal. Quant à la demande, elle demeure bonne au niveau mondial, mais on constate aussi la plus grande concurrence pour les parts de marché. Les États‑Unis qui ont longtemps été considérés comme le garde‑manger du monde voient leur pointe de tarte diminuer presque chaque année.

Exode de la production

On assiste à un exode de la production vers des endroits stratégiques soit par leur géographie, leur climat ou leur devise.

Par exemple, les surfaces de blé d’hiver sont évaluées à 32 millions d’acres, ce qui représente moins de la moitié d’il y a 30 ans. Est‑ce que le monde mange moins? Est-ce qu’on est tous rendus allergiques au gluten? Non. C’est qu’on assiste à un exode de la production vers des endroits stratégiques soit par leur géographie, leur climat ou leur devise.

Par exemple, dans le blé, le transfert de production s’est produit des États‑Unis vers la région de la mer Noire, en Russie et en Ukraine notamment. La production américaine cette année est évaluée à 47 millions de tonnes, tandis que la région soviétique produit le triple avec 141 millions de tonnes. Même chose pour la fève de soja, les pays sud‑américains ont pris énormément d’essor dans la production de céréales et ajoutent beaucoup de concurrence au niveau international. Je le répète, la demande est très bonne et on le voit bien avec l’appétit de la Chine qui augmente ses importations année après année. La différence c’est qu’ils s’approvisionnent de plus en plus au Brésil et de moins en moins aux États‑Unis.

Produire uniquement pour leur besoin domestique?

Est‑ce que les Américains sont destinés à produire uniquement pour leur besoin domestique? Je ne pense pas, pas à court terme. Mais la question se pose. En réalité, tant et aussi longtemps qu’ils bénéficieront de subventions pour les assurances récoltes et que les taux d’intérêt resteront bas, ils risquent de semer des millions d’acres en surplus. La logique est simple; les cultivateurs veulent conserver leur terre et la rentabiliser. Les assurances récoltes qui sont subventionnées garantissent un prix minimum pour un investissement faible. Si les rendements sont bons ou que le prix grimpe, alors c’est le jackpot. Dans le cas contraire, c’était un risque calculé avec de l’argent emprunté à faible taux d’intérêt. C’est un peu comme détenir un billet de loterie acheté à moitié prix.

En conclusion

Les récoltes sont abondantes et la demande est bonne; par contre, il y a de plus en plus de concurrence sur les marchés internationaux et cela maintient les prix faibles. Encore cette année la production a augmenté plus vite que la demande et laisse des surplus ici comme ailleurs. L’impact devrait se faire ressentir sur les marchés pour encore quelques mois jusqu’au moment de revenir aux risques liés à la production de la prochaine récolte.


Simon Briere est un stratège de marché qui travaille avec RJO Canada, une filiale de R.J. O’Brien & Associates, LLC (RJO) de Chicago, spécialisée dans les contrats à terme et les options. RJO est le plus ancien et le plus important cabinet indépendant de courtage aux États-Unis.  

Le contenu et les opinions exprimés dans ce commentaire sont uniquement ceux de l’auteur et ne sont pas nécessairement partagés par R.J. O’Brien & Associés Canada Inc. Les données et les commentaires fournis ici sont à titre informatif seulement.   

Il existe un risque important de perte de contrats à terme sur marchandises et d’options sur contrats à terme sur matières premières qui n’est pas approprié pour tous les investisseurs. R.J. O’Brien & Associés Canada Inc. est membre de l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières (OCRCVM) et du Fonds canadien de protection des épargnants (FCPE).