Les producteurs sont optimistes, et avec raison!

Analyse du marché

Aperçu

  • Pour le maïs et le soya, un creux plus définitif semble avoir été atteint à partir de 2014
  • Le marché du maïs s'appuie sur des bases beaucoup plus solides depuis 2014
  • Dans le blé, le réveil pourrait être brutal avec un brusque rebond des prix si la météo n'est pas de la partie cette année

Selon la dernière mise à jour du « Purdue/CME Group Ag Economy Barometer », les producteurs américains se montrent de plus en plus confiants dans la performance de l'économie agricole pour les mois à venir. Ce baromètre du sentiment des producteurs n'a que deux ans d'existence. On ne peut donc en tirer de grandes conclusions. Néanmoins, après deux, voire trois années difficiles, il est intéressant de constater ce nouveau vent d'optimisme qui n'est pas dénué de sens.

Lorsque vient le temps d'analyser et de suivre les marchés, il reste toujours important de regarder le portrait dans son ensemble. Si on se prête à cet exercice, il y a de quoi être optimiste, mais avec modération.

Selon les premières prévisions, les producteurs planifient des ensemencements records en soya en 2017.

Le marché du maïs s'appuie sur des bases beaucoup plus solides depuis 2014. La demande a repris du poil de la bête et, n'eût été des récoltes records successives, il y a fort à parier que nous serions déjà en meilleure posture en matière de prix.

Reflétant très bien cette situation, après un recul important amorcé en 2012, le marché du maïs à Chicago est pour ainsi dire au « neutre » depuis 2014. Il refuse de passer sous la barre de 3,00 $ US/boisseau, suggérant très simplement qu'il n'y a plus matière à le faire reculer davantage. Il ne manque qu'un motif plus tangible pour qu'il progresse à nouveau.

Le cas du soya est intéressant. On sait que dans les dernières années, c'est le marché du soya qui aura le plus gagné la faveur des producteurs. Si on se fie uniquement au ratio soya/maïs, il a été effectivement beaucoup plus intéressant de produire du soya que du maïs. Ce ratio est même passé au‑dessus de la barre de 3 dans la dernière année (c.‑à‑d. que le prix du soya à Chicago est trois fois celui du maïs).

Pourtant, ce n'est certainement pas la production de soya qui a fait défaut avec plusieurs récoltes records successives. Dans le cas du soya, une touche d'inquiétude reste sous‑jacente du fait que la demande, spécialement chinoise, révèle toujours année après année une fermeté surprenante. Ainsi, les marchés restent nerveux et invitent les producteurs à produire encore davantage de soya. Et, c'est bien là le danger.

Si on jette ensuite un coup d'œil sur le comportement du marché du soya à Chicago, on constate effectivement que, comme pour le maïs, un creux plus définitif semble avoir été atteint à partir de 2014. On note ensuite un regain très intéressant en 2016 qui n'a pas laissé les producteurs indifférents. En effet, selon les premières prévisions, les producteurs planifient des ensemencements records en soya en 2017.

Tôt ou tard, le vent pourrait donc tourner si la production finit bel et bien par être excessive. Reflétant bien cette situation, on note d'ailleurs qu'à Chicago, une tendance baissière est toujours en vigueur. Autrement dit, pour 2017, ça passe ou ça casse. Les prochaines récoltes déçoivent et le marché du soya est prêt pour un retour à la hausse plus ferme et définitif. À l'opposé, de nouvelles récoltes records inondent les marchés et il est donc possible de prévoir un recul d'ici la fin 2017 dans la fourchette de 8,50 à 9,00 $ US/boisseau.

De son côté, le marché du blé à Chicago aura été bien malmené dans les dernières années. Celui‑ci a d'ailleurs terminé 2016 dans le fond du baril à un creux inégalé depuis 2006. D'entrée de jeu, ce recul reflète très bien la situation : beaucoup trop de production pour une demande plus « modérée » avec des stocks qui se sont grandement appréciés dans les dernières années. Rien pour justifier un retour à la hausse des prix.

Cependant, la mécanique de la loi de l'offre et de la demande faisant son œuvre, les producteurs ont très bien saisi le message. Pour 2017, les intentions d'ensemencement en blé ont fondu comme neige au soleil. Aux États‑Unis, on sait déjà que les ensemencements de blé d'hiver sont à leur plus bas depuis 1909. Selon les premières prévisions, pour 2017, les producteurs américains n'auraient pas non plus l’intention de semer davantage de blé de printemps.

Ainsi, dans le cas du blé, le jeu est de plus en plus risqué avec dame nature. À défaut d'une météo favorable cette année et d'excellents rendements à l'automne, le réveil pourrait être plus brutal pour ceux qui envisagent de voir le prix du blé reculer davantage.

Que ce soit pour le maïs, le soya ou le blé, tout dépendra de la météo en 2017. Par contre, contrairement aux dernières années, nous sommes à la croisée des chemins. Même avec une saison favorable aux cultures, les marchés du maïs et du blé ne devraient pas reculer davantage. Seul le soya pourrait encore encaisser un revers supplémentaire. À l'opposé, le moindre imprévu météo qui viendrait amputer les rendements à l'automne prochain pourrait se traduire en des bases de prix plus solides en vue d'un retour à la hausse plus définitif. Comme quoi, l'optimisme des producteurs n'est pas infondé…