Les prix des grains de nouveau dans l’eau chaude

Le 9 novembre dernier, le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) a remis les pendules à l’heure avec la publication de son rapport mensuel sur l’offre et la demande (WASDE). Nul besoin de dire que ce rapport n’aura proposé pour ainsi dire rien qui vaille pour les prix des grains : nouveau rendement record pour le maïs américain de 175,4 boisseaux/acre, et un rendement inchangé pour le soja à 49,5 boisseaux/acre (les marchés anticipaient plutôt un ajustement à la baisse). Au bas mot, on parle donc encore et à nouveau d’une très importante disponibilité de maïs et de soja pour les mois à venir. 

Les prix plongent

Sans surprise, en l’espace de quelques heures, les prix du maïs et du soja à Chicago ont plongé à la suite de la publication de ce rapport, s’enfonçant vers de nouveaux creux inégalés en plusieurs mois. 

Depuis, au moment d’écrire cette chronique à la mi-novembre, les marchés brouillent toujours du noir. Pour le maïs, certains analystes n’hésitent pas à envisager le maïs à 3,00 $US/boisseau, et peut-être même moins. Dans le soja, plus de prudence, alors que ceux-ci ne parlent pas encore d’un retour à 9,00 $US/boisseau, mais entrevoient facilement un passage dans une fourchette 9,30-9,50 $US/boisseau. Rien de particulièrement encourageant pour les producteurs qui, de nouveau cet automne, doivent composer avec de très mauvais prix.

Bien entendu, la situation aurait été bien différente si le USDA avait plutôt proposé d’agréables surprises avec des rendements américains plus décevants. Faut-il s’étonner pour autant de cette situation? Pas nécessairement…

Les rendements américains sont meilleurs que prévu et les stocks grimpent, une situation difficile à digérer pour les prix des grains. Faut-il s’en étonner? Pas nécessairement.

En réalité, il n’est pas rare d’assister à un revers des prix du maïs et du soja en novembre. Les récoltes américaines battent leur plein et, à défaut de résultats vraiment décevants du côté des rendements américains, les marchés ont souvent pour habitude de digérer à la baisse ce trop-plein de grains à la récolte. C’est d’ailleurs ce que tend très bien à démontrer la tendance saisonnière chaque année à Chicago (voir les graphiques ci-joints). 

De meilleurs jours à venir en décembre

Toujours selon ces tendances, en principe, nous devrions donc être quittes pour de meilleurs jours si ce n’est pas d’ici la fin novembre, à tout le moins à partir de décembre. 

Les marchés demeurent néanmoins difficiles à prévoir et chaque année comporte son lot de surprises. Cette année, l’un des dangers qui planent demeure les exportations américaines de maïs et de soja qui, toutes deux, traînent dangereusement de la patte depuis plusieurs semaines. Nul besoin de dire que récoltes importantes et mauvais chiffres du côté de la demande et des exportations ne font pas bon ménage. Or, si la situation persiste, les prix pourraient encore s’en ressentir pendant plusieurs semaines.

Autre facteur déterminant qui risque fort de changer ou non la donne : les conditions météo en Amérique du Sud. 

Depuis déjà plusieurs années, les marchés se montrent nerveux concernant le début de saison au Brésil et en Argentine à partir d’octobre. Cette année n’a d’ailleurs pas fait exception à la règle avec des conditions très sèches dans certaines régions au Brésil, et trop humides dans le Sud du Brésil et en Argentine. Les conditions se sont toutefois grandement améliorées dernièrement, de sorte que la nervosité des marchés s’estompe, laissant planer le risque que d’autres bonnes récoltes sud-américaines aient lieu cet hiver. Il reste à voir maintenant si le phénomène météo La Niña fera son œuvre ou non, puisque les probabilités qu’il voie le jour d’ici la fin 2017 ou le début 2018 ont grimpé d’un cran. Rappelons que La Niña est reconnue entre autres pour occasionner des conditions trop sèches en Argentine et dans le Sud du Brésil.

En conclusion

En attendant, pour ceux qui ont à commercialiser leurs récoltes, il faut se serrer les dents. S’il reste toujours difficile de prévoir les marchés avec justesse, la période de la récolte n’est certainement pas le meilleur moment de l’année pour tenter l’exercice et en tirer des conclusions prématurées.

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site  Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le joindre : jpboucher@grainwiz.com