Tirer des enseignements de l'intervention de l'Ontario à l'égard de la grippe aviaire

Plan for safety like production

Aperçu

  • En 2015, l'Ontario a connu une éclosion bénigne de grippe aviaire
  • Grâce aux nombreuses années de préparation du secteur agricole, l'éclosion n'a finalement touché que trois fermes
  • Le FBCC a élaboré un plan intégré d'intervention d'urgence pour les quatre conseils de la volaille pour leur permettre de communiquer entre eux

Le dimanche de Pâques 2015 n’est pas une journée que l’industrie avicole de l’Ontario oubliera de sitôt. Ce jour-là, une personne a appelé pour annoncer la nouvelle tant redoutée : on soupçonnait une éclosion de grippe aviaire. Ingrid DeVisser, directrice de l’association Turkey Farmers of Ontario et présidente du Feather Board Command Centre (FBCC), se rappelle le terrible sentiment de choc et d’appréhension qu’elle a alors éprouvé.

L’industrie avicole avait suivi le nombre de décès d’oiseaux qui ne cessait d’augmenter aux États-Unis, et on se rappelait le dur coup que l’éclosion de 2003 avait porté aux aviculteurs de la Colombie-Britannique.

Les enseignements tirés de l’intervention de l’Ontario à l’égard de la grippe aviaire pourraient être utiles à d’autres secteurs de l’agriculture.

En fin de compte, l’éclosion en Ontario a été somme toute bénigne, la maladie n’ayant touché que trois fermes, et tous s’entendent pour dire que la situation aurait pu être bien pire qu’elle ne l’a été. Des mesures musclées de biosécurité et une communication efficace ont permis de maîtriser l’éclosion, ce que Mme DeVisser et M. Tom Baker, gestionnaire et commandant des interventions d’urgence du FBCC, attribuent aux années de préparation du secteur.

La nécessité d’une intervention centralisée

Après l’éclosion survenue en Colombie- Britannique, les conseils de la volaille de l’Ontario (Egg Farmers of Ontario, Turkey Farmers of Ontario, Chicken Farmers of Ontario, et la Commission ontarienne de commercialisation des œufs d’incubation et des poussins de poulets à griller et à rôtir) ont commencé à se communiquer des renseignements de façon informelle au sujet des cas de maladies infectieuses, et ont acquis la conviction que l’industrie devait travailler plus activement avec le gouvernement en cas d’éclosion. C’est l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) qui dirige les interventions en cas d’urgence liée aux maladies animales.

En 2007, l’industrie a établi une réserve d’équipements de protection, de désinfectants et d’accessoires de nettoyage aux fins d’utilisation par les producteurs en cas d’éclosion, et lorsqu’on a commencé à mener des exercices de simulation d’éclosion de maladie, il est apparu évident qu’il fallait adopter une stratégie plus formelle pour assurer une intervention efficace.

Des fonds provenant de l’initiative Cultivons l’avenir ont conduit à la mise sur pied du FBCC en 2011. Cet organisme se concentre exclusivement sur la préparation aux situations d’urgence, les interventions et le rétablissement après une éclosion de maladie à déclaration obligatoire comme la grippe aviaire ou la maladie de Newcastle, mais aussi de maladies de la volaille qui sont moins graves comme la laryngotrachéite infectieuse aviaire.

Le FBCC a élaboré un plan intégré d’intervention d’urgence unique pour les quatre conseils de la volaille, créé un site Web sécurisé pour leur permettre de communiquer entre eux autrement que par courriel et par téléphone, et veillé à ce que les bases de données des producteurs et des outils de cartographie SIG soient en place. Il a aussi amorcé l’établissement et la consolidation des relations avec les fonctionnaires provinciaux et fédéraux.

La procédure à suivre quand il y a signalement

« Lorsqu’on nous signale une éclosion soupçonnée, nous délimitons un périmètre de dix kilomètres autour de la ferme et invitons l’industrie et les producteurs de la région à renforcer leurs mesures de biosécurité pour nous aider à contenir la maladie à l’intérieur d’une seule ferme », explique M. Baker.

L’ensemble de la production avicole est assujetti à la gestion de l’offre, ce qui permet d’avoiraccès à des cartes géospatiales détaillées des installations. Et contrairement à ce qui se fait dans d’autres pays, tous les propriétaires de petits élevages qui achètent des poussins auprès de courtiers et de négociants sont aussi enregistrés.

Après le signalement à Pâques, le FBCC a rapidement établi un centre des opérations d’urgence et mobilisé 33 membres des conseils de la volaille qui se sont mis à l’œuvre à partir du bureau des Turkey Farmers of Ontario de Kitchener, près de la région touchée. L’équipe a fourni des mises à jour et de l’équipement de protection aux producteurs et a apporté un soutien à l’ACIA, mais son rôle le plus déterminant, selon M. Baker, a été d’assurer la continuité des activités en ce qui a trait au placement des nouvelles bandes et à l’acheminement des volailles et des œufs sur le marché.

« Tous les déplacements sont suspendus dans les zones de contrôle et de quarantaine, et ils reprennent uniquement lorsque le gouvernement est satisfait, explique-t-il. Les producteurs ont dû surveiller la santé de leur bande et en rendre compte deux fois par semaine, et aucun permis de déplacement n’a été accordé si cette condition n’était pas remplie. Grâce à notre base de données, nous avons pu les aider à obtenir ces permis pour qu’ils puissent déplacer des produits de part et d’autre de la zone. »

Le FBCC a aussi pris les choses en mains en ce qui a trait aux relations avec les médias. L’unique porte-parole, Mme DeVisser, a accordé d’innombrables entrevues, et deux membres du conseil ont intégré le centre des opérations d’urgence de l’ACIA en tant qu’agents de liaison, ce qui était une première dans l’industrie.

Évaluation après l’éclosion

Malgré une gestion couronnée de succès, il reste du travail à faire d’ici la prochaine éclosion. Selon Mme DeVisser, on peut toujours mieux faire lorsqu’il s’agit de communication, en particulier avec les producteurs agricoles.

« Nous pensions que les producteurs s’abonneraient à notre site Web sécurisé et qu’ils le consulteraient tous les jours, mais ça n’a pas été le cas, dit-elle. C’est pourquoi nous devons tâcher d’améliorer la communication avec les producteurs à l’intérieur et à l’extérieur de la zone. »

Il faut aussi évaluer la disponibilité des ressources humaines dans l’éventualité d’une éclosion plus grave ou plus longue; en effet, beaucoup sont préoccupés par le risque d’épuisement parmi les intervenants de première ligne.

La cartographie et la communication de renseignements continuent à poser des défis, mais M. Baker indique qu’un nouveau groupe de travail constitué de spécialistes de la cartographie et de la technologie a été mis sur pied, et que le FBCC est en train de finaliser des ententes officielles sur la communication de renseignements avec l’ACIA. Ces ententes permettront de transmettre l’information plus tôt et plus rapidement.

Les enseignements tirés de l’intervention de l’Ontario à l’égard de la grippe aviaire peuvent assurément être utiles à d’autres secteurs de l’agriculture et d’autres régions du pays.

D'après un article de l'AgriSuccès (mai/juin 2016) de Lilian Schaer (@FoodAndFarming).