Le marché des grains; un paquebot qui tourne lentement

Analyse du marché

Aperçu

  • Le temps chaud et sec des derniers jours dans le Midwest pourrait faire diminuer le potentiel de rendement des quatre États les plus au nord
  • Quant au soya, espérer des hausses de prix est plus discutable
  • Le USDA n’a pas changé les rendements à venir pour 2017-2018

Le USDA n’aura certes pas contribué à faire tourner la roue des prix des grains dans une direction différente des derniers mois avec la publication du rapport de ce vendredi 9 juin. En fait, la grande majorité des analystes qui suivent les marchés des grains semblent dire que l’organisme a joué de prudence en ne modifiant aucun des chiffres de production pour la récolte à venir aux États-Unis. Les modifications furent avant tout cosmétiques. Par contre, le vent semble tourner pour les prix puisque certaines modifications sont à prévoir dans le rapport du 30 juin, mais aussi dans celui de juillet.

Des données surprenantes dans le maïs

Les données sur le maïs ont surpris un peu les négociants puisqu’on s’attendait à une diminution des stocks en raison de la demande forte en Amérique du Nord de la part des producteurs de viandes (bouvillons, porcs et poulets) et aussi des producteurs d’éthanol. Les exportations américaines sont, somme toute, raisonnables et bonnes. Du même souffle, le USDA augmente les stocks mondiaux citant de meilleures récoltes au Brésil.

Le USDA est venu confirmer ce que tout le monde savait déjà; il y a une grande abondance de grains et de céréales présentement.

À cause de la pluie abondante du printemps, plusieurs champs dans différents États ont dû être ensemencés à nouveau, et ce, deux fois plutôt qu’une. Le temps chaud et sec des derniers jours dans le nord du Midwest pourrait faire diminuer le potentiel de rendement des quatre États les plus au nord, soit le Wisconsin, le Minnesota, le Dakota du Nord et le Dakota du Sud. Ce n’est pas le cœur du Midwest, mais ces États demeurent importants pour la production de maïs et de blé de printemps, entre autres.

Le prix du maïs pourrait remonter un peu

En fait, la température est idéale ces temps-ci, mais avec la perspective de temps chaud et sec à venir et la présence d’El Niño en juillet, il est possible que le prix du maïs puisse remonter encore un peu. Un dernier point sur le maïs serait de souligner la présence des spéculateurs qui détiennent une position vendeur presque record. En fait, depuis une semaine, ceux-ci se sont appliqués à racheter de bonnes quantités de contrats, mais ils détiennent encore près de 160 000 contrats vendeurs. Le fait d’atteindre certains niveaux techniques ne fera qu’accélérer ces rachats, aidant ainsi la hausse des prix en ce milieu du mois de juin.

Pas de hausses prévues dans le soya

Quant au soya, espérer des hausses de prix est plus discutable. Le USDA n’a pas changé les rendements à venir pour 2017-2018. Par contre, il a de toute évidence haussé les réserves mondiales de presque 3 millions de tonnes à plus de 93 millions de tonnes, ce qui constitue un record. La production brésilienne à elle seule a été augmentée de presque 2 millions de tonnes pour établir un nouveau record à 114 millions de tonnes. Aux États-Unis, le fait que nous ayons eu des ensemencements « normaux » et des hausses des surfaces devrait tempérer les hausses possibles.

De plus, la trituration du soya aux États-Unis semble tourner au ralenti alors que les marges bénéficiaires des usines ne sont pas au rendez-vous. Le USDA n’a pas tenu compte de la baisse de la demande à ce sujet dans son rapport, mais devrait augmenter les stocks américains à la fin du mois. Par contre, les exportations demeurent excellentes. Malgré l’abondance de fèves de l’Amérique du Sud, les importateurs chinois continuent de démontrer un rythme d’importation soutenu avec plus de 9 % de plus que l’an dernier.

Dégradation des récoltes de blé

Quant au blé, il est loin d’être acquis que la production serait celle estimée par le USDA dans son rapport. Le rendement estimé est 47,3 boisseaux/acre comparativement à 52,6 l’an dernier. Les récoltes ont débuté dans plusieurs États américains et les rendements sont plus que variables. De plus, les pluies dans les Hautes Plaines rendent incertaines les récoltes et surtout la qualité de celles-ci. Dans le Nord, tel que mentionné précédemment, le blé de printemps pourrait être affecté par le manque de précipitations. En fait, l’état de la récolte publié chaque lundi par le USDA démontre une dégradation semaine après semaine.

En conclusion, le USDA a peut-être scellé la fin de la baisse pour la grande majorité des grains. En fait, l’organisme est venu confirmer ce que tout le monde savait déjà; il y a une grande abondance de grains et de céréales présentement. Par contre, l’avenir peut être différent.

Frédéric Hamel est présentement directeur, Stratégie commerciale chez TRT-ETGO, professeur en formation continue à l'Institut de technologie agroalimentaire (ITA) de Saint-Hyacinthe et consultant en environnement et gestion des risques. Provenant du milieu rural, il a travaillé dans sa jeunesse dans plusieurs entreprises agricoles de sa région de la vallée du Richelieu.

Détenteur d'un baccalauréat en finance et du titre de CFA (analyste financier agréé), il a travaillé à FIMAT, à la Banque Royale et à MF Global en gestion des risques financiers pour les entreprises. En tant que gestionnaire spécialisé en produits dérivés (GSPD), titre octroyé par l'Institut canadien des valeurs mobilières, il propose différentes structures de gestion de prix (contrepartie) sur les denrées et autres commodités pour des clients corporatifs et pour des producteurs agricoles. De plus, il s'intéresse activement au marché émergent des crédits-carbone et autres crédits environnementaux en Amérique du Nord.