Le blues de l’automne

Les journées raccourcissent, le froid s’installe lentement, et comme les oiseaux qui migrent vers le sud, plusieurs entretiennent l’espoir de voir les marchés remonter. Sauf que cet espoir pourrait bien être déçu dans les prochaines semaines.

L’automne n’est guère la meilleure période pour les prix

On a tendance à l’oublier, mais l’automne n’est guère la meilleure période pour les prix. Ces trois dernières années, la demande accrue de la Chine pour les grains au moment des récoltes en Amérique du Nord a dopé les marchés, mais avec le conflit commercial en cours entre les Chinois et les Américains, il ne faudra pas compter sur cet effet de levier cette année.

Il ne faudra pas compter cette fois-ci sur un effet « chinois » pour doper les marchés au moment de la récolte.

De plus, les prévisions de rendement aux États-Unis ne permettent pas d’entrevoir des difficultés d’approvisionnement, au contraire. Il y a du soya en masse et suffisamment de maïs pour engorger la demande qui est déjà prévue depuis août. Les analyses font même entrevoir un rendement record de soya, ce que devrait confirmer le rapport WASDE dévoilé mercredi.

Conditions exceptionnelles aux États-Unis

Ce n’est pas trop étonnant quand on jette un coup d’œil à cette carte du monde de GEOGLAM Crop Monitor qui donne un aperçu de l’état des cultures autour du globe. Les conditions observées sont exceptionnelles dans le Midwest américain, autant pour le soya que pour le maïs, tout en étant favorables pour une grande partie du territoire américain. L’Europe de l’Est et la Russie sont aussi à classer dans cette catégorie, tout comme certaines régions de l’Australie, la Chine, l’Inde et l’Argentine.

Les choses se corsent toutefois au Canada et au Brésil, alors que les récoltes ont été désastreuses dans certains pays de l’Europe de l’Ouest et du Nord en raison de la sécheresse.

C’est une grande loi de la mise en marché : quand l’offre abonde, les prix reculent.

Et si on ajoute à l’addition l’incertitude politique et économique ambiante, les chances d’une embellie des marchés sont minces.

En conclusion

Bref, même si les producteurs méritent un répit, il faudra s’armer de patience avant de voir les prix remonter. Bien sûr, une météo désastreuse pendant la récolte pourrait donner du tonus aux prix, mais miser sur un tel scénario reviendrait à parier pour ce qui pourrait s’avérer un mirage.


Journaliste depuis plus d’une vingtaine d’années, Céline Normandin s’est spécialisée en finance et en économie. Elle collabore depuis plusieurs années à de nombreuses publications agricoles québécoises à titre de journaliste à la pige.