La volonté de réussir

La volonté de réussir

Aperçu

  • Le Bulletin des agriculteurs reconnaît Mathieu Lavoie pour son dynamisme, sa persévérance et son sens des affaires et en fait sa relève 2017
  • FAC a été la première institution financière à lui faire confiance en lui accordant un prêt dont il se servira pour acheter des terres
  • La diversification de son marché, notamment au moyen d’exportations vers les États-Unis, lui permet d’assurer la croissance son entreprise
  • Certaines des capacités gagnantes pour décrocher un prêt : avoir les idées claires et être capable de les communiquer, avoir un réseau de connaissances, posséder une bonne capacité d’analyse

Mathieu Lavoie a toujours su ce qu’il voulait faire dans la vie. Pour lui, il était clair qu’il allait posséder son entreprise agricole. Dès l’âge de 20 ans, il est devenu propriétaire de la Ferme Mathieu Lavoie, située à Saint-Alexis-de-Montcalm dans Lanaudière.

En neuf ans d’existence, l’entreprise, spécialisée dans la production de courges, a pris du galon. De 2 000 boîtes de courges, elle est passée à 40 000 boîtes l’automne dernier. Une histoire à succès attribuable au dynamisme et à l’ambition de son jeune propriétaire de 29 ans.

Parmi les clients de Mathieu Lavoie, les acteurs majeurs de l’agroalimentaire de la province : Sobeys et Metro. Au départ, il a su s’y faire une place grâce à un petit coup de pouce du destin. « Mes oncles Michel et Joël Cousineau, propriétaires de la ferme maraîchère B. Cousineau, m’ont présenté aux acheteurs de Sobeys et Metro. Ma famille a aussi été d’une grande aide. J’ai repris certains clients de mon père et de mon grand-père que je n’aurais pas eu sans leur apport. »

S’il est vrai que ses oncles lui ont donné un coup de pouce, ces derniers sont loin de s’attribuer le mérite de la réussite de leur neveu. « Nous lui avons ouvert la porte, mais c’est lui qui a décidé de la prendre et qui a fait le reste. Il est fonceur et sait où il s’en va », mentionnent Joël et Michel Cousineau.

Garder sa place

Faire sa place est une chose, mais la garder en est une autre. Sur ce point, Mathieu Lavoie ne lésine pas sur les efforts. Il livre la marchandise et répond aux exigences du marché. Il adhère aux normes de sécurité alimentaire. Toutes ses courges portent une étiquette avec un numéro d’identification. Une commande de dernière minute, aucun problème, tout sera livré à temps. Une courge imparfaite, le rejet est immédiat. « Rien n’est jamais signé et rien n’est jamais acquis. Je produis neuf variétés de courges et tout doit être parfait. On jette beaucoup, entre 20 % et 30 % de la production. »

Le jeune homme a aussi investi énormément de temps et d’argent tant pour ses installations que pour l’image de son entreprise. Couleurs vivantes avec un logo moderne, tout a été pensé pour identifier rapidement l’entreprise que ce soit sur les boîtes, les étiquettes et même les factures. « J’ai investi dans le graphisme parce que je voulais développer une marque de commerce. » À cela, il a ajouté un site Internet et une page Facebook. « Cette année, nous avons tenté l’autocueillette et nous avons fait la promotion majoritairement par Facebook et la réponse a été surprenante », dit-il.

Un talent brut

Si le succès sourit à Mathieu Lavoie, ses débuts n’ont pas été de tout repos. D’abord, même s’il est le fils de Jean-Pierre Lavoie, un producteur agricole, il a dû commencer pratiquement de zéro. Oui, il a été secondé par un agronome et a reçu quelques conseils d’un autre agriculteur, Marcel Mailhot, qui a été une sorte de mentor, mais c’est sa volonté d’apprendre qui lui a permis d’atteindre ses objectifs. « Mon père se spécialise dans la production de fleurs. Il cultive aussi des citrouilles et des poireaux, mais pas en grande quantité. J’ai choisi les courges parce que c’est une production que j’aime. Je possédais quelques connaissances en la matière, mais j’étais loin de tout connaître. L’apprentissage s’est donc fait de manière autodidacte et surtout par des essais et des erreurs. »

Pour produire, il faut évidemment avoir des terres et c’est là, la première difficulté à laquelle s’est heurté le jeune homme. « Tout près de Noël, j’avais fait une offre pour l’achat d’une terre de 17 hectares à 100 000 $.

Je n’avais pas d’argent et je ne pouvais pas compter sur l’appui financier de mon entourage ni sur les primes à l’établissement parce je n’avais pas de secondaire V en poche », se souvient Mathieu Lavoie. Il contacte donc son institution financière. Le choc est brutal. On lui refuse le prêt et on lui explique qu’on ne veut pas avoir sa faillite sur la conscience. Loin de se laisser décourager, il fait appel à Financement agricole Canada (FAC).

Lorsqu’il se présente, non, il n’a pas de plan d’affaires ni argent, mais il a l’étincelle et la fougue de la jeunesse. « Quand un jeune comme Mathieu arrive, il faut savoir détecter le talent brut et se servir de son jugement. Il avait l’attitude, les idées. Il n’avait pas de papier, mais il était en mesure de parler de son plan. Il ne s’était pas arrêté au premier refus et connaissait les règles du jeu des chaînes alimentaires. Dans ces cas-là, on est capable de faire preuve de souplesse », se souvient Geneviève Caron, directrice des relations d’affaires à Financement agricole Canada.

À la suite de ce premier achat, Mathieu a acquis d’autres terres. Il possède en ce moment 30 hectares et en loue tout autant, mais l’accès aux terres et la pression urbaine demeurent des défis constants. « Il se fait beaucoup de soya dans la région et la compétition est forte pour l’achat des terres. Je n’ai pas le choix de louer. Les relations avec les citadins ne sont pas non plus toujours simples. Il faut beaucoup de diplomatie. »

Loin d’être un jeu d’enfant, la conservation des courges a été l’autre défi qu’a dû relever l’agriculteur. « Les premières années, j’avais une bonne récolte, mais les courges pourrissaient dans les entrepôts. La conservation est quelque chose de très complexe. J’ai demandé conseil à un ingénieur américain pour trouver une solution. J’avais tenté d’avoir des réponses ici, mais les producteurs veulent conserver leur marché et gardent pour eux leur secret. » En collaboration avec une compagnie de réfrigération, Mathieu Lavoie a finalement décidé de régler ce problème l’automne dernier. Il a investi près de 500 000 $ et s’est fait construire un entrepôt selon ses propres critères. Mission accomplie, tout près de Noël, sa production avait tenu le coup et la conservation était optimale. « C’est un investissement qui en valait largement la peine », soutient-il.

Croire en l'avenir

Mathieu Lavoie est résolument un optimiste. Il croit en l’avenir de sa production. Il est toutefois conscient qu’il est impossible d’augmenter les rendements sans diversifier son marché. « Il y a une limite à ce que l’on peut vendre ici. Si on produit trop pour le marché local, on va s’entretuer. J’ai exporté 10 000 caisses cette année aux États-Unis et il faut continuer à pousser dans cette direction. »

À la fin de la saison, Mathieu Lavoie l’avoue, il est exténué. Malgré tout, il n’a jamais su ni voulu faire autre chose et pour rien au monde il ne changerait de route. Le repos n’est pas pour demain, car même si les champs dorment, sa tête, elle, foisonne d’idées pour la prochaine saison. « J’ai toujours des projets. L’an prochain, je compte faire des modifications à ma ligne d’emballage pour être encore plus efficace. »

D’après un article du Bulletin des agriculteurs (février 2017) de Julie Roy.