La fuite en avant

Aperçu

  • Les producteurs canadiens ont tendance à regarder les rapports du USDA avec une grande anticipation et oublient parfois les rapports canadiens qui dictent malgré tout une partie du prix de leurs grains à mettre en marché
  • Pourtant, si on se fie aux premiers battages dans la province réalisés cette année, il est bien possible que les rendements aient été grandement sous-estimés
  • La mise en marché demeure une science bien inexacte et comporte son lot d’émotions

Les producteurs canadiens ont tendance à regarder les rapports du USDA avec une grande anticipation et oublient parfois les rapports canadiens qui dictent malgré tout une partie du prix de leurs grains à mettre en marché.

Le prochain rapport important sera celui de Statistique Canada sur la production céréalière 2017-2018. Ce rapport sera publié le 6 décembre. Pourtant, depuis le 17 novembre, nous connaissons les grandes lignes du tableau qui sera présenté aux producteurs en décembre.

Rendements sous-estimés dans le maïs

En fait, Agriculture Canada fait un relevé des perspectives et des résultats à tous les mois. Lors de la publication du 17 novembre, l’organisme a révélé des choses intéressantes quant à la production dans l’Est du Canada. Bref, la consultation des données peut donner une perspective intéressante quant aux stratégies de mise en marché pour les prochains mois.

Dans le maïs, si on se fie aux premiers battages dans la province réalisés cette année, il est bien possible que les rendements aient été grandement sous-estimés.

Lors de la publication des données précédentes, Statistique Canada et Agriculture Canada proposaient une production de maïs équivalente à 3 691 000 tonnes pour le Québec. L’an dernier, la production était de 3 790 000 tonnes. Malgré la hausse des superficies cette année, les rendements étaient estimés en nette baisse. Pourtant, si on se fie aux premiers battages dans la province réalisés cette année, il est bien possible que les rendements aient été grandement sous-estimés. En fait, la possibilité des rendements pourrait s’établir à 10 tonnes/hectare. Ceci pourrait ainsi hausser la récolte de maïs à 3 770 000 tonnes. Dans le dernier rapport d’Agriculture Canada, le pays devrait produire un record de 14 313 000 tonnes, en hausse de 8 % par rapport à 2016 et inchangé par rapport au mois dernier, mais en hausse de presque 600 000 par rapport au rapport du mois de septembre. La concurrence sera donc forte entre les différentes offres de maïs au pays et les acheteurs devraient avoir l’embarras du choix de fournisseurs et devraient aussi exercer une pression à la baisse sur les prix pendant une période de temps plus longue que les dernières années. 

L’offre du soja à la hausse

Quant au soja, l’offre devrait connaître une hausse substantielle en raison encore une fois des rendements prometteurs et des hausses de surfaces partout au pays. Au Québec, on prévoyait des hausses de surfaces de plus de 10 % à 398 000 hectares versus 353 000 l’an dernier. Les rendements sont prévu sous le niveau record de l’an dernier à 2,8 tonnes/hectare versus les 3,2 tonnes/hectare. Par contre, encore une fois, il est possible que Statistique Canada veuille réviser un peu à la hausse ces données, ce qui provoquerait une augmentation de la production locale. Pour donner une idée de la production canadienne, l’an dernier, les producteurs canadiens avaient produit 6,5 millions de tonnes alors que cette année, il est prévu que ceux-ci offriront 8,3 millions de tonnes aux acheteurs. Cette augmentation représente 27 % de la récolte de l’an dernier. Certes les exportations sont prévues à la hausse un peu, mais les stocks résiduels seront en forte hausse passant de 360 000 à 475 000 tonnes.

La mise en marché demeure une science bien inexacte et comporte son lot d’émotions, par contre, avec les données qui nous sont et seront proposées, il est bien possible que les prix locaux aient de la difficulté à grimper en cette fin d’année et que la persistance de la faiblesse des prix soit bien présente pour encore plusieurs mois. Il faudrait maintenant des problèmes sérieux de production en Amérique du Sud cet hiver pour provoquer une hausse des prix à Chicago. 

En conclusion

À trop vouloir espérer pour un futur incertain, on pourrait manquer nos ventes présentes malgré le fait que les bases sont à des niveaux acceptables. 

Frédéric Hamel est présentement directeur, Stratégie commerciale chez TRT-ETGO, professeur en formation continue à l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA) de Saint-Hyacinthe et consultant en environnement et gestion des risques. Provenant du milieu rural, il a travaillé dans sa jeunesse dans plusieurs entreprises agricoles de sa région de la vallée du Richelieu.

Détenteur d’un baccalauréat en finance et du titre de CFA (analyste financier agréé), il a travaillé à FIMAT, à la Banque Royale et à MF Global en gestion des risques financiers pour les entreprises. En tant que gestionnaire spécialisé en produits dérivés (GSPD), titre octroyé par l’Institut canadien des valeurs mobilières, il propose différentes structures de gestion de prix (contrepartie) sur les denrées et autres commodités à des entreprises clientes et à des producteurs agricoles. De plus, il s’intéresse activement au marché émergent des crédits carbone et autres crédits environnementaux en Amérique du Nord.