La dynamique du marché du soya change, et c’est tout à l’avantage des producteurs

Analyse du marché

Aperçu

  • Les producteurs américains et même nord-américains ont décidé de semer plus de soya en 2017
  • Le marché du soya reste néanmoins surprenant et fougueux
  • Avec une récolte record américaine à l’horizon pour les prochains mois, le marché du soya demeure toujours à risque d’un recul important

C’est maintenant pour ainsi dire chose faite : pour 2017, les producteurs américains et même nord-américains ont décidé de semer plus de soya. Résultat, la pression monte dans le marché du soya, et pas de manière positive pour les prix.

Déjà, on ne peut dire qu’ils sont à la hauteur de ce qu’ils étaient il n’y a pas si longtemps, affichant depuis le début de l’année un recul à la Bourse de Chicago de l’ordre de -0,40 à 9,60 $ US/boisseau (-20 à 470 $ CA la tonne à 0,75 $ CA).

Rien de surprenant cependant sachant qu’entre la fin 2016 et aujourd’hui, la récolte de soya prévue pour le Brésil est passée de 102 à un record de 111 millions de tonnes. C’est neuf millions de tonnes de plus de soya qui inondent déjà les marchés. Comment ne pas alors s’inquiéter des retombées négatives d’une éventuelle récolte record aux États-Unis?

Les États-Unis demeurent toujours un incontournable producteur de soya, mais l’attention des marchés se porte de plus en plus sur l’Amérique du Sud.

Le marché du soya reste néanmoins surprenant et fougueux. En plusieurs occasions au cours des dernières années, d’importantes récoltes auront menacé de faire fondre les prix. Pourtant, à l’exception de la fin 2015 où il est passé sous la barre de 9 $ US/boisseau à Chicago, il sera généralement toujours parvenu rapidement à se sortir de son impasse. Ceci n’a d’ailleurs pas manqué de surprendre en plusieurs occasions les analystes.

Pourtant, ce n’est cependant pas si étonnant qu’il n’y paraît.

D’un côté, la Chine demeure le nerf de la guerre du côté de la demande en soya. Pour cette année, elle devrait à nouveau avoir la part du lion avec 30,4 % de la consommation mondiale pour 62,8 % des importations mondiales prévues. Par comparaison, il y a 10 ans, la Chine représentait 22 % de la consommation mondiale de soya. C’est dire combien l’appétit des Chinois pour la fève ne démord pas d’année en année.

 

Fait cependant intéressant, une analyse sommaire des projections de la demande chinoise anticipée chaque mois par le USDA permet d’établir que l’instance américaine a une propension à la sous-évaluer. Par exemple, l’an dernier, pour l’année de récolte 2015-2016, le USDA prévoyait initialement une consommation chinoise de 89,25 millions de tonnes. En bout de course, la consommation aura été de 95 millions de tonnes. Il s’agit d’un écart considérable de 5,75 millions de tonnes de plus.

Pour cette année, le USDA prévoit une consommation chinoise de 101,1 millions de tonnes. Il s’agit à nouveau d’une hausse annuelle très intéressante. Sauf que si le jeu de coulisses des projections mensuelles du USDA se confirme, ce chiffre pourrait encore grimper. Ceci ne manquera pas alors de soulever l’enthousiasme des marchés et, bien entendu, de supporter les prix au passage.

D’un autre côté, la dynamique de production du soya a grandement évolué au cours des deux dernières décennies. Au début des années 2000, les États-Unis produisaient 75 millions de tonnes de soya, le Brésil et l’Argentine ensemble produisaient 67 millions de tonnes. Mais depuis, l’Amérique du Sud a fortement pris les devants. L’an dernier, les États-Unis ont produit 117 millions de tonnes de soya alors que le Brésil et l’Argentine ont récolté un record de 167 millions de tonnes.

Les États-Unis demeurent toujours un incontournable producteur de soya, mais l’attention des marchés se porte de plus en plus sur l’Amérique du Sud.

Dans cet ordre d’idée, bien que le marché du soya pourrait souffrir dans les prochains mois suite à une autre récolte record américaine, la situation pourrait malgré tout rapidement changer à l’automne. C’est en effet à ce moment que les ensemencements sud-américains débutent. La nervosité des marchés se fera alors sentir concernant la météo en Amérique du Sud. La situation sera d’autant plus intéressante si, d’ici là, le marché du soya revisite des creux. Les marchés s’inquiéteront alors aussi de la possibilité que les producteurs sud-américains choisissent d’en semer moins.

Avec une récolte record américaine à l’horizon pour les prochains mois, le marché du soya demeure toujours à risque d’un recul important. Par contre, il y a fort à parier qu’à moyen terme, il peut toujours proposer des prix intéressants. La demande chinoise ne démord toujours pas et ne cesse de s’apprécier d’année en année. Plus que jamais, la production de la fève de soya repose sur le succès de la récolte américaine, mais aussi des deux récoltes qui se succèdent au printemps en Amérique du Sud, puis ensuite à l’automne, en Amérique du Nord. À défaut de prévoir la météo, le marché du soya est donc aujourd’hui condamné à demeurer nerveux pratiquement tout au long de l’année, ce qui ne manquera pas de créer également de multiples opportunités de ventes et de supporter davantage les prix.

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le rejoindre : jpboucher@grainwiz.com.