L'opportunité des mauvais prix des grains

Analyse du marché

Aperçu

  • Apprendre à maximiser le prix de vente de ses grains
  • Il y a encore de bonnes occasions pour tirer son épingle du jeu
  • Lorsque le prix de référence à Chicago s'effondre, celui de la base grimpe

Difficile de ne pas broyer du noir quand on voit les prix des grains à Chicago s'enfoncer, sauf, bien entendu, si nous sommes acheteurs de grains, ou si nous œuvrons dans le secteur de la production animale.

Cette situation est encore plus pénible lorsqu'on songe au fait qu'il n'y a pas si longtemps, les prix frisaient des records. Plusieurs voyaient en ces prix un signe des temps que les mauvais jours étaient chose du passé et que le meilleur était à venir. Malheureusement, le marché des grains est cyclique, et les dernières années sont là pour le rappeler cruellement.

Depuis trois ans, les prix ne rendent certainement pas justice au travail des producteurs de grandes cultures. Cependant, il y a encore de bonnes occasions de tirer son épingle du jeu. Le défi est de savoir mieux établir ses prix de vente et sa commercialisation.

Tout le défi est de surveiller notre prix de référence à Chicago, et de saisir la balle au bond quand on juge qu'on a une combinaison gagnante : une bonne base ET un bon prix à Chicago.

Ce n'est un secret pour personne : généralement, on aime les chiffres magiques. Par exemple, au cours de la dernière année, le premier objectif de plusieurs producteurs de maïs aura été de vendre au prix de 200 $ la tonne et plus.

Si cet objectif est sensé pour plusieurs, ceux qui sont plus avisés quant à la commercialisation de leurs grains savent que ce n'est pas un prix « optimal ».

L'un des phénomènes les mieux connus dans le monde de la commercialisation des grains est que le prix dépend de deux éléments : le contrat à terme, qui est la valeur de référence à Chicago, et la base, qui nous permet de ramener cette valeur de référence à notre réalité à nous, soit celle du marché local.

Ce qui frappe ensuite le plus l'imaginaire en ce qui a trait à ces deux composantes qui nous permettent d'obtenir notre prix de 200 $ la tonne, c'est la relation généralement inverse qui existe entre le comportement de la base et celui du prix de référence à Chicago.

Comme l'illustre notre graphique, bien souvent, lorsque le prix de référence à Chicago s'effondre, celui de la base grimpe, et vice‑versa. Si on prend par exemple les dernières années, on peut difficilement ignorer que parallèlement aux prix déprimants à Chicago, la base elle‑même a grandement profité de ce recul. Ainsi, le pendant positif d'un effondrement des prix à Chicago est que la base gagne en valeur.

Maintenant, qui a dit qu'un producteur agricole devait vendre absolument à un prix déterminé, par exemple à 200 $ la tonne? Pourquoi ne pas plutôt se fixer un objectif sur la base et patienter le temps que le marché à Chicago joue en notre faveur? Même durant les mauvaises années, tôt ou tard, il se produit une remontée comme ce fut le cas en juin dernier.

De la même manière qu'un prix évolue et atteint des niveaux qui répondent à nos attentes, la base évolue et il est possible d'obtenir une « bonne base ». Tout le défi est de surveiller notre prix de référence à Chicago, et de saisir la balle au bond quand on juge qu'on a une combinaison gagnante : une bonne base ET un bon prix à Chicago. On obtient ainsi un prix « optimal » qui, avec un bon suivi et une touche de stratégie, nous permet ensuite de dépasser plus facilement, et parfois de beaucoup, l'objectif de 200 $ la tonne.

Déjà, plusieurs producteurs travaillent de cette manière pour bien vendre leurs récoltes. Cette stratégie était appropriée lorsque les prix étaient à des sommets, mais elle représente surtout un défi qui, bien souvent, nous permet de sortir la tête de l'eau lors de mauvaises années.

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l'hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co‑fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le joindre : jpboucher@grainwiz.com.