Coup d’œil sur les répercussions de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

Il faut s’attendre à ce que les marges du secteur canadien des cultures demeurent serrées en 2019, prévoit Financement agricole Canada dans les récentes perspectives de l’équipe de l’Économie agricole.

« Il ne fait aucun doute qu’en 2018, les producteurs de céréales, d’oléagineux et de légumineuses ont vu leurs marges se resserrer, et c’est aussi ce qui les attend cette année », indique Jean-Philippe Gervais, vice-président et économiste agricole en chef de FAC.

À moins d’une perturbation de l’offre dans une importante région du monde productrice de cultures agricoles, M. Gervais n’entrevoit pas de hausse marquée des prix des céréales et des oléagineux. Compte tenu de l’augmentation des prix des intrants agricoles, les marges bénéficiaires seront sous pression, dit-il.

Chine

L’issue des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine donnera le ton à l’année 2019, ajoute M. Gervais.

La Chine n’a pas acheté de soya des États-Unis en novembre. Elle a comblé ce déficit d’approvisionnement en achetant du soya du Brésil. Simon Briere, stratège de marché du cabinet R.J. O’Brien & Associates Canada, se demande si les échanges de soya entre ces deux pays pourraient devenir permanents si la Chine décidait que la production brésilienne comble ses besoins.

« Le Brésil accuse un retard important sur le plan des infrastructures, ce qui constitue parfois un obstacle de taille pour les livraisons, mais je sais que la Chine investit massivement dans les infrastructures du Brésil », indique M. Briere.

Par ailleurs, la sécheresse qui sévit présentement au Brésil et menace les rendements assombrit les chances de ce pays de devenir un fournisseur important de soya.

Superficie consacrée au soya aux États-Unis

Si les États-Unis règlent bientôt leurs différends avec la Chine, la superficie consacrée au soya aux États-Unis ne diminuera peut-être pas ce printemps, dit M. Gervais. Dans le cas contraire, elle pourrait diminuer de quatre, cinq, voire huit pour cent, prévoit M. Gervais.

Ce changement se traduirait par un accroissement de la superficie consacrée au maïs et au blé, ce qui exercerait de la pression sur les prix au Canada.

Si la superficie consacrée au soya aux États-Unis diminue de près de sept millions d’acres en 2019, comme l’a prévu le département de l’Agriculture des États-Unis en novembre, ces acres seront probablement réparties entre le maïs et le blé, indique M. Briere.

Il faut toutefois souligner que de nombreux producteurs n’ont pas été en mesure de préparer leurs champs en vue de la culture du maïs l’automne dernier. Ce facteur, conjugué aux prix accrus des intrants, dissuadera peut-être les producteurs de semer du maïs, si bien que la superficie de soya, en définitive, pourrait être supérieure aux attentes, nuance M. Briere.

Cela nuirait aux perspectives du soya et embellirait les perspectives du maïs et du blé.

Légumineuses

La superficie consacrée aux légumineuses au Canada ne diminuera pas, mais elle n’augmentera pas non plus, prévoit M. Gervais.

Le président de Kostal Ag Consulting, Greg Kostal, ajoute que la superficie consacrée aux pois pourrait augmenter légèrement, en particulier la superficie consacrée aux pois verts. Ce n’est toutefois pas le cas des lentilles rouges.

De façon générale, les perspectives à long terme du secteur des légumineuses sont positives, dit M. Gervais. Il prévoit une reprise des achats de l’Inde et voit d’un bon œil la Supergrappe des industries des protéines du Canada.

Un huard affaibli

Un atout important pour les producteurs est la faiblesse du dollar canadien, qui, selon les prévisions de FAC, se situera en moyenne à 0,75 $ US en 2019, comparativement à une moyenne de 0,77 $ US l’année dernière.

Un autre point positif est l’accès privilégié aux marchés de l’Asie et de l’Europe.

L’Accord departenariat transpacifique global et progressiste, par exemple, pourrait permettre au Canada d’accroître ses exportations de blé vers le Japon – au détriment des États-Unis.

« Étant donné l’abondance de l’offre à l’échelle mondiale, la demande vigoureuse à l’égard des produits que nous vendons demeure le facteur ayant l’incidence positive la plus marquée sur la rentabilité en 2019 », dit M. Gervais.

Toutefois, le différend commercial qui oppose les États-Unis et la Chine fait planer le risque d’un ralentissement économique soutenu à l’échelle planétaire, ce qui affaiblirait la demande de produits de base, souligne M. Gervais.

La demande vigoureuse de produits agricoles canadiens est le facteur qui a l’effet le plus positif sur la rentabilité en 2019.

En conclusion

Des spécialistes de l’industrie prévoient que les marges bénéficiaires seront serrées pour les producteurs de céréales et d’oléagineux en 2019 et que l’issue des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine donnera le ton à l’année qui vient.

Article par : Richard Kamchen