À la recherche de la prévision météorologique la plus fiable

Au Canada, la météo est une véritable obsession, en particulier chez les agriculteurs et les grands éleveurs. Bon nombre d’entre nous ne sauraient engager une conversation sans parler de la pluie et du beau temps.

Selon l’application météo sur votre téléphone intelligent, de 20 à 25 millimètres de pluie sont attendus jeudi. « Tant mieux », songez-vous, on a cruellement besoin de pluie en ce moment.

Votre conjointe, de son côté, a entendu à la station de radio locale qu’il n’y a que 60 % de probabilité d’averses jeudi. Votre voisin, qui est abonné à un service de prévision météorologique agricole, soutient qu’on n’annonce aucune précipitation jeudi.

Quelle prévision est la plus exacte? Et comment formule-t-on les prévisions, au juste?

Prévisions issues de vastes modèles météorologiques

Certains services météorologiques ne font que régurgiter les prévisions du système public. Ils n’emploient pas nécessairement de météorologue.

Par contre, de nombreux services privés comme MétéoMédia et World Weather Inc. ont leurs propres météorologues et formulent leurs propres prévisions. Toutefois, il importe de souligner que leur travail s’appuie sur les prévisions des organismes publics qui utilisent des superordinateurs gigantesques et ultra-coûteux pour élaborer des modèles de prévision.

Le service météorologique canadien fait partie d’Environnement et Changement climatique Canada. Les États-Unis, l’Union européenne et le Japon possèdent leurs propres services qui produisent des prévisions mondiales. Chaque système surveille le travail des autres, et chacun a ses forces et ses faiblesses.

Les météorologues du secteur privé se fondent sur les données publiques et y greffent leurs propres interprétations. Quelquefois, il s’agit de localiser l’information disponible ou de la personnaliser pour la rendre plus conviviale pour un groupe d’intérêt donné comme le milieu agricole.

Les entreprises privées peuvent aussi s’éloigner des modèles publics de prévision et accorder plus ou moins de poids à certains paramètres.

« Il est important de comprendre que chaque service météorologique ne va pas réinventer la roue », indique Bruce Burnett, directeur, Conditions météorologiques et Marchés, de la société Glacier FarmMedia. Pendant des années, M. Burnett a surveillé les conditions météorologiques mondiales et les marchés internationaux pour la Commission canadienne du blé. « Les prévisions sont nombreuses, mais il y a peu de transparence quant à la provenance de l’information. »

Andy Nadler de Peak HydroMet Solutions est d’accord pour dire que la plupart des gens ignorent tout du processus de prévision météorologique. « Beaucoup de prévisionnistes du secteur privé formulent des prévisions pour de petites régions géographiques, mais ces prévisions ciblées ne sont pas nécessairement plus précises », indique M. Nadler, qui fournit des services liés aux conditions météorologiques et au climat à plusieurs entreprises agricoles.

Quelle prévision est la meilleure?

MM. Nadler et Burnett sont aussi d’accord pour dire que, de façon générale, les prévisions sont de plus en plus précises, mais ni l’un ni l’autre ne saurait dire avec certitude quelle prévision est la plus exacte.

« Comment mesure-t-on la précision? » demande M. Nadler, pour la forme. Il souligne que les prévisions tendent à converger au fil du temps. Les différentes prévisions peuvent varier considérablement pour la septième journée d’une période de prévision de sept jours. Toutefois, la veille de cette septième journée, il est probable qu’elles soient à peu près concordantes.

« Nos prévisions de 24 heures sont exactes à 95 % », affirme la météorologue Terri Lang d’Environnement et Changement climatique Canada. « Cependant, les gens ont tendance à se rappeler les 5 % d’erreur. »

Les prévisions d’Environnement Canada pour les 48 premières heures proviennent à la fois d’une analyse humaine et des modèles établis par les superordinateurs. Au-delà de deux jours, la prévision est dérivée exclusivement des données du modèle sans aucune interprétation.

Mme Lang ne croit pas qu’il y ait beaucoup de place à l’amélioration des modèles informatiques. À un moment donné, les données supplémentaires ne deviennent qu’une surdose d’information, même pour des superordinateurs. Toutefois, elle se réjouit des améliorations prévues au réseau de radars météorologiques d’un bout à l’autre du pays.

Personne ne peut prévoir avec exactitude la trajectoire des orages d’été, mais grâce aux radars météorologiques, n’importe qui peut surveiller la formation des orages et les suivre en temps réel. Ce réseau est devenu un outil précieux pour les producteurs et n’ira qu’en s’améliorant à mesure que les nouvelles stations radars entreront en service.

Modernisation des radars météorologiques

La modernisation du réseau de radars météorologiques du Canada a commencé cette année. Selon Environnement Canada, les 31 stations radars du pays seront remplacées au rythme de quatre à sept par année.

Les nouveaux systèmes permettront aux prévisionnistes de mieux faire la distinction entre la pluie, la neige, la grêle et la pluie verglaçante, ce qui se traduira par des veilles et des avertissements météorologiques plus précis et plus opportuns. Les nouvelles stations auront aussi une portée élargie pour la détection du temps violent.

La structure des radars est composée d’un pylône en acier à treillis ouvert surmonté d’un radôme de 12 mètres de diamètre. La hauteur totale varie d’un site à l’autre, mais peut atteindre jusqu’à 40 mètres, soit l’équivalent d’un immeuble de 12 étages.

Les prévisions de précipitations aux États-Unis englobent le Canada

Vous avez peut-être déjà vu des cartes de prévision à code de couleurs du service météorologique national des États-Unis concernant les précipitations en Amérique du Nord. Ces cartes sont nommées « QPF Maps » pour Quantitative Precipitation Forecast, ou « prévision quantitative de précipitations ». Des prévisions de cinq et de sept jours sont offertes, mais comme celles des organismes canadiens, elles ne sont pas toujours exactes.

Pour consulter ces cartes de prévision, cherchez « U.S. QPF ».

Prévisions saisonnières peu fiables

Environnement Canada et de nombreux prévisionnistes du secteur privé publient des prévisions à long terme ou saisonnières, mais leur exactitude demeure approximative. Les prévisions à long terme concernant les températures le sont un peu plus, mais les prévisions concernant les précipitations ne valent guère mieux qu’un coup de dé.

« Trop de facteurs entrent en ligne de compte lorsqu’il s’agit des prévisions saisonnières, ce qui rend leur formulation très délicate », explique Mme Lang.

Malgré tout, les Canadiens demeurent avides de prévisions à long terme et adorent en discuter.

D’après un article de l’AgriSuccès (novembre 2018) par Kevin Hursh.