Prévoir le pire à la ferme pour atténuer les risques

  • 30 oct. 2019

Personne n’aime y penser, mais tout le monde sait que ça peut arriver. Un incendie grave, une crue dévastatrice, une flambée épidémique incontrôlable ou le décès d’un membre de la famille. Toutes ces catastrophes peuvent plonger une exploitation agricole dans le chaos. Qui dirigera la ferme? Comment fera-t-on pour honorer les obligations financières à court terme? Comment peut-on assurer le service de la dette quand les revenus diminuent ou périclitent?

La planification en cas de catastrophe : comment se préparer au pire.

Les enjeux sont de plus en plus grands. Au Canada, les demandes d’indemnisation des dommages causés par les intempéries dépassent maintenant 1 milliard de dollars par année, comparativement à 400 millions de dollars en 2008, selon Steve Johnston, directeur principal du portefeuille national de l’agriculture chez Co-operators, à Guelph, en Ontario. Parallèlement, les demandes d’indemnisation des pertes matérielles sont de plus en plus importantes. « Les fermes ne cessent de s’agrandir et de se complexifier, et leur nombre diminue, souligne M. Johnston. Les grandes exploitations agricoles d’aujourd’hui possèdent souvent des robots et d’autres technologies, si bien qu’en cas d’incendie, les pertes sont plus lourdes. »

Améliorez votre résilience financière. Paul Hammerton, conseiller en gestion agricole de la société MNP de Swift Current, en Saskatchewan, offre à ses clients des conseils en gestion et en atténuation, depuis douze ans déjà. Il croit qu’en cas de catastrophe, rien ne remplace un coussin de sécurité à la banque ou la possibilité de vendre des actifs rapidement.

« La meilleure protection en cas de catastrophe est votre patrimoine, dit M. Hammerton. Plus votre situation financière est solide quand le malheur frappe, plus vous serez apte à vous relever. »

Intégrez la planification en cas de catastrophe au plan d’affaires de votre ferme. Terry Betker, président de la société Backswath Management de Brandon, au Manitoba, recommande aux producteurs d’intégrer la planification en cas de catastrophe à leur stratégie globale de gestion. « Déterminez tous les risques susceptibles de toucher votre ferme, dit-il. Établissez un pointage pour ces risques selon leur probabilité et leur impact, en accordant une attention particulière aux risques les plus probables et les plus menaçants. » M. Betker recommande l’exercice d’évaluation du risque offert sur le site Web de Gestion agricole du Canada.

Entretenez une relation étroite avec votre prêteur. Si vous êtes victime d’une catastrophe, votre prêteur voudra vous aider. « Nous conseillons à nos clients de tenir leur prêteur informé de leur situation, dit M. Hammerton de MNP. Cette attitude proactive a permis à certains de nos clients de conserver la confiance de leur banquier malgré une situation financière précaire. »

Examinez les différents scénarios et suivez la trace de l’argent. Qu’arriverait-il si le pire se produisait et que vos flux de trésorerie diminuaient ou stoppaient? Quelles mesures prendriez-vous, et dans quel ordre, pour assurer la poursuite des activités et le service de la dette? « Je suggère aux producteurs d’envisager un exercice théorique de restructuration de la dette, dit M. Betker. La première étape pourrait être d’utiliser le fonds de roulement disponible. Mais poussez votre réflexion un peu plus loin et demandez-vous si vous seriez prêt à vendre des actifs, et lesquels. » Consignez ces décisions dans la section de votre plan d’affaires qui vise la planification en cas de catastrophe, pour pouvoir y revenir au besoin.

Assurez-vous correctement. L’assurance vous protégera si le pire se produit, qu’il s’agisse de dommages, irrémédiables ou non, à votre demeure, à la machinerie et aux structures, de l’interruption des activités, de l’invalidité ou d’un décès, explique M. Johnston. En examinant les scénarios de risque avec un conseiller compétent, une famille peut obtenir la protection commerciale et individuelle qui répond à ses besoins. « Chaque personne est unique et possède sa propre tolérance au risque », explique M. Johnston. « Qu’il s’agisse d’une ferme familiale en train de planifier la relève par la prochaine génération ou d’une exploitation constituée en société par actions, de nombreux facteurs influencent les besoins en assurance; et notre entreprise aide justement à gérer les risques. »

Affinez votre gestion. Selon M. Hammerton, l’une des meilleures façons d’atténuer le risque en cas de catastrophe est d’exercer une saine gestion de l’exploitation agricole. « Les producteurs qui ont fixé des cibles de production réalistes, qui ont mis en place une rotation efficace des cultures et qui ont adopté de bonnes pratiques de gestion des animaux, par exemple, sont de bons gestionnaires qui font face à des risques moins élevés, dit-il. Les finances représentent le pilier de l’atténuation du risque, toutefois la production et la gestion en dépendent aussi. »

Attaquez-vous directement aux risques que vous pouvez atténuer. Même lorsque les liquidités ou le fonds de roulement sont suffisants, ou que vous détenez de bonnes assurances, le risque n’est pas entièrement écarté. M. Johnston conseille aux producteurs de faire le nécessaire pour éviter une catastrophe avant qu’elle frappe. « Demeurez vigilants, dit-il. Assurez-vous que vos systèmes électriques ont été inspectés, que l’aération est efficace, et surveillez des facteurs saisonniers comme la température et l’humidité à l’intérieur des bâtiments agricoles. »

Lorsqu’il donne des présentations lors de conférences sur la gestion agricole, Terry Betker de Backswath Management demande aux producteurs ayant un testament de lever la main.

« La plupart des mains se lèvent, fort heureusement, dit M. Betker. Puis, je demande aux producteurs si leur testament tient compte de leur situation familiale et de leurs souhaits actuels. Alors, beaucoup de mains se baissent. Il y a une différence entre se croire prêt et se savoir prêt. Je conseille à mes clients d’élaborer des plans en cas de catastrophe chaque année, ou au moins tous les deux ou trois ans. Il est essentiel de comprendre les risques auxquels vous faites face et de savoir comment les gérer. »

D’après un article de l’AgriSuccès par Kieran Brett.


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