Comment prévenir la prolifération des champignons dans le grain entreposé

  • 24 oct. 2019

Les mycotoxines peuvent altérer rapidement une récolte de grain qui, autrement, serait de bonne qualité. Compte tenu des conditions généralement humides qui ont prévalu dans les Prairies au cours de la dernière saison de récolte, le risque de prolifération des mycotoxines dans les cellules à grain est supérieur à la normale.

Une source de préoccupation, selon Céréales Canada, est l’ochratoxine (ou OTA), une souche virulente qui se développe dans des conditions très humides.

D’après des spécialistes en phytoprotection, toutefois, les producteurs peuvent prendre plusieurs mesures pour atténuer leur risque.

Conserver le grain au frais et au sec

Nous sommes préoccupés par le volume anormalement élevé de grains humides qui est entreposé cette année.

« L’OTA n’est pas une maladie des plantes de grande culture », dit Krista Zuzak, chef de la protection des végétaux au ministère de l’Agriculture de l’Alberta. « C’est un problème lié à l’entreposage du grain. Nous sommes préoccupés par le volume anormalement élevé de grains humides qui est entreposé cette année. »

Dans l’idéal, les producteurs devraient avoir accès à des dispositifs de séchage du grain qui permettent à la fois de chauffer et d’aérer les cellules d’entreposage. S’il est impossible d’utiliser le séchage à air chaud, les producteurs doivent aérer régulièrement le grain pour prévenir la propagation de l’OTA.

Ces mesures doivent toutefois être mises en œuvre de façon stratégique.

Comme l’OTA prolifère dans des conditions chaudes et humides, le fait d’introduire de l’air chaud et humide de l’extérieur dans le grain peut en fait accroître le risque. Cet air chaud peut aussi former de la condensation sur les surfaces froides, comme les parois intérieures, et cette condensation finit par ruisseler et former des poches d’humidité.

En cas de variations marquées entre l’atmosphère intérieure et l’atmosphère extérieure de la cellule à grains, il vaut mieux laisser les ventilateurs à l’arrêt.

« Assurez-vous que votre cellule à grains est parfaitement étanche, que les évents sont bien installés, que la pluie ne s’infiltre pas et qu’il n’y a pas de condensation », dit Mme Zuzak.

Adapter la commercialisation et la manutention du grain

Mitchell Japp et Barb Ziesman, respectivement spécialiste des céréales et phytopathologiste au ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan, rappellent qu’il est possible de freiner la prolifération fongique et l’accumulation de l’OTA et d’autres mycotoxines en gardant le grain au frais et au sec. Toutefois, M. Japp recommande aux producteurs de commercialiser leurs céréales hâtivement pour limiter la durée d’entreposage et, ce faisant, la période de croissance du champignon qui produit l’OTA.

On remarque que cette année, par rapport aux années précédentes où les conditions de récolte ont été humides, plus de producteurs ont envisagé de se doter d’une capacité de séchage à la ferme.

Des spores fongiques peuvent être présentes dans les résidus de cultures de l’année précédente, ainsi que dans le sol, ajoute Mme Zuzak. Il est donc important de veiller à la propreté de l’équipement afin de réduire le risque. M. Ziesman partage cet avis et ajoute que les producteurs doivent s’efforcer de retirer le plus de matière verte possible avant l’entreposage.

Répercussions sanitaires et économiques de l’OTA

L’OTA, comme d’autres mycotoxines, peut avoir des effets nocifs sur la santé des humains et des animaux. Elle est soumise à une réglementation stricte en Union européenne et fait l’objet d’une surveillance par des utilisateurs finaux comme Santé Canada et la Food and Drug Administration des États-Unis. La contamination par l’OTA peut donc avoir des répercussions considérables sur les échanges commerciaux.

« Les mesures visant à lutter contre l’OTA dans le grain contribuent à préserver notre réputation de producteur de grain de haute qualité », dit Mme Zuzak.

De façon générale, M. Japp croit que les efforts déployés par les producteurs canadiens pour atténuer les risques liés à l’OTA portent leurs fruits.

« Je pense que grâce à la vigilance des producteurs, nous conservons un bilan plutôt positif ».

En conclusion

Il est essentiel d’empêcher la prolifération de l’OTA dans le grain entreposé pour préserver les marchés. Les producteurs peuvent atténuer les risques liés à la présence de mycotoxines dans les céréales en gardant le grain au frais et au sec, en vendant leurs céréales hâtivement pour réduire la période d’entreposage et en assurant la propreté de l’équipement, disent des experts.

Article par : Matt McIntosh