Les marchés émergents ont émergé : et maintenant, quels facteurs stimuleront les exportations?

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Aperçu

  • L'agriculture canadienne est bien placée pour répondre à l'évolution de la demande en protéines
  • Une intensification des échanges commerciaux ciblée permettrait aux exportateurs canadiens de se concentrer sur la variété des préférences alimentaires
  • La deuxième génération (G2) en Chine a les moyens d'acheter les exportations canadiennes
  • Les exportateurs canadiens doivent répondre à la demande des consommateurs qui attachent plus d'importance à leur santé et à leur bien-être

Les curiosités alimentaires sont une tradition à l’Exposition nationale canadienne, et l’édition 2016 n’a pas fait exception. Les mets qui ont attiré les foules les plus nombreuses étaient « grouillants » de protéines : tacos de grillons, boissons fouettées aux coléoptères, et tarte croustillante à la lime et aux grillons du Bug Bistro. On pouvait croire qu’il s’agissait d’un stratagème, mais derrière ces plats se trouvait un facteur clé de la production alimentaire moderne : la demande de sources de protéines de substitution. Et bien qu’ils soient peu ragoûtants, les insectes sont une excellente source de protéines naturelles.

Les agriculteurs canadiens sont portés à consacrer beaucoup plus d’énergie à lutter et à pester contre les insectes qu’à faire l’éloge de leur teneur protéique. Et cela risque peu de changer. Toutefois, en dehors du milieu agricole, l’histoire montre que les choix en matière de protéines évoluent. Par exemple, à mesure que de nouvelles économies émergent, les consommateurs ont tendance à troquer les protéines végétales pour des protéines animales.

Ne parlons pas de la Chine comme d’une économie émergente. C’est une économie qui a déjà émergé, et les Chinois ont les moyens d’acheter des produits canadiens de haute qualité.

Le secteur canadien de l’élevage, qui est soutenu par une abondance relative de terres, d’aliments pour animaux et de ressources naturelles, tire parti de ce facteur économique. La demande de protéines animales devrait s’accroître à mesure que les sociétés s’enrichiront. Pour le Canada, il s’agit d’un moteur économique solide et fiable.

Faut-il se concentrer sur les relations commerciales ciblées?

D’autres facteurs font les manchettes de façon plus remarquée. Par exemple, les accords commerciaux internationaux comme le Partenariat transpacifique sont des cibles publiques faciles pour les politiciens à l’étranger et font ressortir une opposition généralisée à la mondialisation, et ce, même lorsque ces accords semblent ancrés dans notre culture, comme l’Accord de libre-échange nord-américain. Certains accords politiques peuvent être renégociés à l’occasion.

Cette volatilité suscite un malaise chez Jean- Philippe Gervais, vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Il se demande si on ne devrait pas consacrer plus d’énergie à l’établissement de relations commerciales en ciblant un ou deux pays – voire certaines villes particulièrement peuplées – plutôt qu’essayer de conclure des accords avec plusieurs pays à la fois.

« Une intensification des échanges commerciaux ciblée permettrait aux exportateurs canadiens de se concentrer sur les caractéristiques que les acheteurs recherchent véritablement chez un fournisseur, dit-il. Après tout, les préférences alimentaires sont très variées, même à l’intérieur d’un pays donné. »

Les consommateurs chinois G2 ont les moyens d'acheter des produits de qualité

Des relations commerciales ciblées, ajoute M. Gervais, créeraient des possibilités d’exportation plus prévisibles et probablement tout aussi lucratives à long terme. Dans cette optique, la Chine vient immédiatement à l’esprit.

Quarante villes en Chine comptent plus d’un million d’habitants. Selon le McKinsey Global Institute (en anglais seulement) de New York, qui s’intéresse de près à la Chine, la dynamique des populations et la prospérité croissante des villes de l’arrière- pays sont des éléments clés de toute discussion économique. M. Gervais abonde dans ce sens.

« Ne parlons pas de la Chine comme d’une économie émergente, dit-il. C’est une économie qui a déjà émergé, et les Chinois ont les moyens d’acheter des produits canadiens de haute qualité. »

Le McKinsey Global Institute et d’autres organismes s’intéressent tout particulièrement aux consommateurs « de la deuxième génération » (G2) en Chine. Ce groupe désigne les consommateurs qui, aujourd’hui, sont à l'adolescence ou au début de la vingtaine, grandissent dans une époque de relative abondance et sont influencés par la culture occidentale. 

Le secteur alimentaire canadien sait assurément comment répondre aux goûts du monde occidental. Toutefois, les consommateurs G2 en Chine sont comme les jeunes des autres continents qui participent à des campagnes et à des mouvements ciblant l’agriculture moderne, comme les campagnes anti-technologie et les mouvements en faveur des aliments sans OGM. Ils réclament une alimentation qu’ils considèrent comme plus nutritive et mieux équilibrée.

Un impératif nutritionnel et alimentaire qui stimulera la demande et les exportations

Selon le professeur Evan Fraser, directeur de l’Institut des aliments de l’Université de Guelph (en anglais seulement), cet impératif nutritionnel et alimentaire va stimuler la demande et les exportations partout sur la planète. « Les gens sont de plus en plus sensibilisés et enclins à choisir une alimentation qui correspond à leur définition de nutrition et d’équilibre, fait-il valoir. Cela rend aussi l’éducation au sujet de l’alimentation plus importante que jamais. »

M. Fraser, qui est l’un des dix principaux chercheurs participant à un nouveau projet de recherche de 77 millions de dollars sur l’agriculture durable intitulé Alimentation réfléchie (en anglais seulement), mené à l’Université de Guelph, préconise le changement. Il recommande entre autres une réorientation majeure de la production, qui serait davantage axée sur les fruits et les légumes, et sur les produits riches en protéines comme les légumineuses.

M. Fraser et son équipe de recherche indiquent qu'à l'heure actuelle sur le plans des calories, le sucre représente environ un quart de tous les aliments produits à l'échelle mondiale – rappelons que l’apport quotidien recommandé en sucre est de moins de 5 %. En outre, il se produit deux fois plus de céréales et trois fois plus d’huiles végétales que la quantité recommandée pour une alimentation saine. Parallèlement, la production de fruits et de légumes correspond à seulement un cinquième de la consommation recommandée.

« La correction de ce déséquilibre est peut-être la stratégie la plus logique qu’on puisse adopter pour fournir, de façon équitable, des aliments nutritifs à une population mondiale de neuf milliards d’habitants », estime M. Fraser.

Mme Zenia Tata, établie au Colorado et directrice générale du développement international pour le compte de l’organisation XPrize (en anglais seulement), qui gère des concours encourageant  la recherche de solutions à des problèmes mondiaux tenaces ou difficiles, comme la faim et les émissions de carbone, applaudit le point de vue de M. Fraser.

Elle estime que la créativité des acteurs sur le terrain, soit les chercheurs et responsables du développement spécialisés en phytologie ainsi que les producteurs de végétaux, influencera grandement la demande d’aliments canadiens à l’étranger. Aux yeux de Mme Tata, il s’agit d’améliorer la valeur nutritionnelle des productions végétales et animales, de manière à fournir les protéines et les acides aminés nécessaires à une bonne santé.

« Le Canada possède des terres et de l’eau en abondance, souligne Mme Tata. Le défi pour les agriculteurs canadiens est d’utiliser ces ressources afin d’apaiser la faim, mais de le faire de manière saine. C’est ce dont les gens ont besoin, et le Canada peut y parvenir. » 

D'après un article de l'Agrisuccès (numéro spécial de 2017) d'Owen Roberts (@TheUrbanCowboy)