Risque de persistance des herbicides dans le sol

Un automne humide dans les Prairies pourrait aider à diluer les herbicides dans le sol, mais il faut envisager la possibilité que les conditions sèches enregistrées l’été dernier et les températures fraîches actuelles des sols entraînent leur persistance jusqu’à l’année prochaine.

Les conditions sèches enregistrées durant la saison de croissance 2018 et les températures fraîches actuelles des sols dans l’Ouest canadien pourraient entraîner la persistance d’herbicides en 2019.

« Les précipitations donneront un coup de main, mais elles arrivent à un moment avancé de la saison où les sols sont frais », indique Jeff Schoenau, agronome et professeur de sciences du sol à l’Université de la Saskatchewan. « La décomposition et la dissipation des herbicides dans le sol diminuent lorsque le sol est sec et froid. »

La récolte 2018 en Saskatchewan, en Alberta et au Manitoba a eu lieu dans des conditions particulièrement fraîches et humides, après une saison de croissance aride.

Harry Brook, spécialiste des cultures au ministère de l’Agriculture de l’Alberta, ajoute que la chaleur et l’humidité accélèrent la décomposition des produits chimiques contenus dans les herbicides, mais que des températures inférieures à 10 degrés freinent ce processus.

Les précipitations récentes accentueront probablement le lessivage des herbicides dans le sol.

« Tout ce qui entraîne une circulation d’eau contribue à diluer l’herbicide, mais si les sols sont froids ou gelés, la dégradation est assez faible parce que les microbes sont inactifs », explique Robert Gulden, professeur au Département de phytologie de l’Université du Manitoba.

Répercussions

La persistance d’un composé touche généralement certaines cultures plus que d’autres, ou n’en touche aucune, et l’année suivante, les producteurs peuvent choisir une culture différente qui est insensible aux composés susceptibles d’être restés dans le sol, souligne M. Schoenau.

En revanche, l’ensemencement de cultures sensibles pourrait se traduire par des dommages aux plants, voire par une baisse de rendement, prévient M. Gulden.

Les producteurs peuvent aussi envisager d’utiliser d’autres herbicides l’année prochaine afin d’éviter l’accumulation dans le sol, conseille M. Brooks.

« Il faut être conscient des effets additifs potentiels découlant de la présence de traces de différents herbicides du même groupe ou ayant le même mode d’action », souligne M. Schoenau.

Conseils

Les producteurs doivent prêter une attention particulière aux directives en matière de remise en culture et aux restrictions formulées par le fabricant du produit, dit M. Schoenau.

Il est aussi utile de tenir des registres précis des doses d’application et des dates des traitements, ainsi que des précipitations reçues dans les champs. En outre, M. Schoenau recommande aux producteurs de consulter les guides provinciaux de protection des cultures, qui renferment de l’information sur la persistance des herbicides dans le sol.

Les trois experts préconisent aussi la conduite d’essais biologiques (en anglais seulement) avant l’ensemencement.

« Par exemple, la culture de plants dans une bande d’essai ou le prélèvement de sol dans des zones représentatives traitées et non traitées peuvent s’avérer utiles lorsqu’on ne dispose d’aucune information, affirme M. Schoenau. En cas de doute, n’hésitez pas à consulter le fabricant du produit. »

En conclusion

Compte tenu du risque accru de persistance d’herbicides dans le sol cette année, on recommande vivement aux producteurs de suivre de près les directives en matière de remise en culture et de procéder à des essais biologiques du sol.

Article par : Richard Kamchen