Le lait coule à flots pour une ferme laitière au Québec

Aperçu

  • La ferme Massicotte Holstein a vu le jour après une séparation difficile de la compagnie mère
  • Grâce à un financement de FAC, le père et le fils ont constitué un nouveau troupeau
  • Le secret de leur réussite : produire le plus de lait possible, au plus bas coût de production possible

« Je rentre dans n’importe quelle étable et j’identifie les meilleures vaches en un clin d’œil »,  reconnaît Pier-Luc Massicotte. Il faut croire que le jeune éleveur de 28 ans a l’œil. Les ventes de génisses d’une seule de ses vaches de race Holstein, payée 4 200 $, lui ont rapporté quelque 250 000 $. Sa passion pour la génétique, qui a débuté en 2009, lui permet aujourd’hui de gérer un troupeau d’élite de 118 bêtes en lactation dont la moyenne de production est de 12 400 kg par vache, soit un tiers de plus que la moyenne nationale.

Rencontré au bureau de Massicotte Holstein à Champlain, un petit village situé sur la rive nord   du fleuve Saint-Laurent au Québec, Pier-Luc décrit sa passion pour la génétique et l’élevage sous le regard admiratif de son père, Roger Massicotte, ex-président de Holstein Québec. En raison de la récente croissance du marché laitier canadien et de la disponibilité de quota, la demande pour de bonnes vaches est en plein boum. Et le commerce d’animaux représente 30 % du chiffre d’affaires de la jeune entreprise père-fils, née du divorce d’avec la compagnie mère, Ferme Paul Massicotte et Fils et de sa filiale Massibec.

« Mes deux plus jeunes frères m’ont dit qu’il n’y avait pas de place pour Pier-Luc, à moins de lui céder la mienne. Je me suis levé en disant que je quittais le navire »

Les Massicotte ont transmis leur ADN des affaires depuis leur arrivée dans la région, il y a cinq générations. Paul Massicotte, le père de Roger et grand-père de Pier-Luc, a fondé Massibec   en 1984 pour intégrer ses quatre fils et leurs familles. Le clan diversifie ses activités à plein régime, si bien que la production laitière n’occupe plus que 30 % du chiffre d’affaires. Soixante-dix pour cent du revenu de la ferme Paul Massicotte et Fils est généré par la production et la transformation alimentaire – salades de choux, tartes maison –, vendues dans les supermarchés de la province.

Mais la relève pousse et on doit songer à la façon de l’intégrer dans l’entreprise. Pier-Luc y est préparé depuis le berceau. En 2008, à l’âge de dix-neuf ans, il obtient un diplôme en production laitière (DEP) à l’École d’agriculture de Nicolet. Puis, pour acquérir de l’expérience, le jeune homme part travailler neuf mois en Alberta, dans l’entreprise Morsan Farms qui compte  1 500 vaches. Toutefois, au printemps 2009, lorsque la question d’intégrer Pier-Luc dans la ferme Paul Massicotte et Fils est soulevée au conseil d’administration, la réponse est venue comme une gifle.

« Mes deux plus jeunes frères m’ont dit qu’il n’y avait pas de place pour Pier-Luc, à moins de lui céder la mienne. Je me suis levé en disant que je quittais le navire », raconte Roger, un trémolo dans la voix.

Cultiver la flamme entrepreneuriale

Les Massicotte nous font part de leur approche quant à la mise en œuvre d’un plan de transition équilibré et efficace.

Un nouveau départ

À quarante-six ans, Roger Massicotte décide de recommencer à zéro, en pariant sur son expérience et la jeunesse « électrisante » de son fils. La nouvelle entreprise, Massicotte Holstein Inc., n’est pour le moment qu’un nom couché sur une feuille de papier. Il lui faut du quota, des animaux, une terre, une étable, les permis de construction… et on la veut en activité dès le début 2010. Entre- temps, les tractations pour se séparer du vaisseau mère sont difficiles et douloureuses. Dans l’arrangement final, Roger obtient un prix pour 20 % de ses actions, soit 25 vaches, 24 génisses, 27 kg de matière grasse de quota, et une parcelle des 100 hectares de terre située à moins d’un kilomètre de l’entreprise originale.

Pas de place pour l’erreur

« J’avais un million de dollars d’actif, mais je demandais 3,5 millions de dollars pour financer mon plan d’affaires », relate Roger. Dans ce plan, on a fait le choix d’investir dans des actifs productifs : du quota et de la terre. Pas question d’acheter de la machinerie agricole, car la superficie de terre ne justifie pas de tels investissements. Tous les travaux, semis, épandages de fumier, récoltes seront faits à forfait, y compris le foin pour nourrir les bêtes.

Celles-ci logeront dans une étable entravée plutôt qu’à stabulation libre, parce que cette dernière coûte deux fois plus cher, à cause des investissements requis dans des robots de traite. Pas question non plus d’investir dans un dispendieux système de ration totale mélangée (RTM). On préfère alimenter les vaches en distribuant le foin provenant de grosses balles carrées à la main et distribuer la moulée avec un petit robot. « La machinerie qui s’use le plus ici, ce sont deux fourches », dit Maryse Carre, la mère de Pier-Luc qui participe à l’entrevue.

« Deux des trois institutions bancaires ont ri de nous, sauf une, Financement agricole Canada, qui nous a fait confiance », ajoute-t-elle. Leur financement en poche, père et fils visitent une dizaine d’éleveurs dans la province pour acheter leurs bêtes et constituer leur nouveau troupeau. « C’est la plus belle période  de tout ce processus », précise Pier-Luc.

Avec un taux d’endettement élevé, il n’y a aucune marge d’erreur. Sept ans plus tard, ce taux a baissé et ils ont acquis 80 kg de matière grasse de quota, 50 vaches, 80 génisses, 15 hectares de terre, et construit un bâtiment froid pour les animaux. Deux autres projets sont en ce moment sur la table, doubler la capacité de l’étable actuelle et acheter une autre ferme. Le secret de leur réussite : produire le plus de lait possible, au plus bas coût de production possible.

Planifier la relève le plus tôt possible

Pour Roger, le refus d’intégrer Pier-Luc dans la ferme brisait un pacte familial non écrit selon lequel la gestion quotidienne des affaires est faite en fonction de ce que l’entreprise soit transférée de génération en génération. « Ma stratégie aurait été différente si j’avais su le déroulement de l’histoire il y a trente ans », raconte-t-il.

D'après un article de l'AgriSuccès (septembre 2017) de Nicolas Mesly


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