L'esprit entrepreneurial d'une famille derrière 14 entreprises

Famille Berthiaume

Aperçu

  • À mesure que les ressources humaines et les activités d’une ferme se multiplient, la structure d’entreprise peut poser problème
  • La famille Berthiaume réussit à gérer 14 entreprises distinctes
  • Cette structure complexe permet la participation de plusieurs membres de la famille et de leurs entreprises et de profiter de l'ensemble des programmes financiers

À mesure que les ressources humaines et les activités d’une ferme se multiplient, la structure d’entreprise peut poser problème. Dans la région de la Beauce, au sud de Québec, les entreprises familiales Berthiaume sont en train de passer à la troisième génération, mais la structure organisationnelle de ce groupe familial ne ressemble plus du tout à l’idée d’une ferme que se faisaient les membres de la première génération.

Les actionnaires de la deuxième génération, Cécilien et Sylvie, Mario et Solange, ainsi que le troisième frère Marco, ont su lier les sociétés qu’ils possèdent individuellement même si elles font partie de secteurs bien différents, grâce à la construction d’une meunerie. Celle-ci a permis au groupe de fermes familial, d’une part de redistribuer la plus-value générée par la meunerie aux autres entreprises, et d’autre part, de saisir les occasions offertes sur le marché. La relève a adopté cette vision avant-gardiste et a continué dans le même sens! Et la deuxième génération a déjà franchi plusieurs étapes dans le processus de passation de la société à la troisième génération.

Plusieurs membres de la famille ainsi que leurs entreprises respectives peuvent participer au groupe de fermes et optimiser de façon stratégique le soutien de l’ensemble des programmes financiers.

Un groupe de fermes composé d’entreprises très diversifiées et cloisonnées

Lori-Anne et François, frère et sœur, ainsi que leurs cousins, Alex et Yan, deux frères, possèdent maintenant la meunerie qui permet aux 14 sociétés de profiter d’économies importantes. Lori-Anne et François sont actionnaires, avec leur père Cécilien, de plusieurs entreprises principalement porcines et ils sont également propriétaires immobiliers. Pour leur part, Alex et Yan sont copropriétaires avec leurs parents, Solange et Mario, ainsi qu’avec leur oncle Marco, de nombreuses autres sociétés dont les activités comprennent la production laitière, l’élevage de poulets à griller et de porcs et même des services de comptabilité adaptés pour les producteurs agricoles.

Pourquoi adopter une structure aussi complexe pour exploiter une ferme? En somme, c’est pour permettre la participation de plusieurs membres de la famille au groupe de fermes, avec leurs propres entreprises respectives très variées, et pour optimiser de façon stratégique le soutien de l’ensemble des programmes financiers.

Tout d’abord, chacun y trouve sa place, non seulement en tant que propriétaire, mais aussi par le travail qu’il accomplit. Lori-Anne, par exemple, pensait au départ que son diplôme en finances l’amènerait à travailler ailleurs, mais elle met aujourd’hui ses compétences financières au service de toutes les sociétés faisant partie du groupe de fermes familial, même si elle ne va pas tous les jours dans les bâtiments d’élevage.

Ensuite, cette structure permet d’ajouter (ou d’éliminer) des secteurs d’activité ou de procéder à des acquisitions sans répercussion sur les autres sociétés, tout en intégrant uniquement les personnes qui sont directement concernées. Ainsi, Alex et Yan sont les deux seuls actionnaires de LaitPorc MC, l’exploitation laitière et acéricole, alors que Mario et Solange sont les actionnaires des Encans Sélect Gène, une entreprise de vente aux enchères de bétail et de machinerie, avec quatre autres partenaires sans lien familial.

Enfin, comme les membres de la famille ont appris des fluctuations marquées du cycle des prix du porc ces dernières années, le fait d’avoir une structure dans laquelle chaque société est une entité distincte atténue le risque qu’une entreprise peu performante porte atteinte aux autres. Ainsi, même si une carte tombe du château, celui-ci tient debout.

Les ressources humaines et la technologie évoluent constamment

Le groupe de fermes actuel qui amalgame les entreprises agricoles des Berthiaume continue d’évoluer à mesure que les intérêts et la participation des membres de la famille changent et que de nouvelles possibilités se présentent. C’est ce qui s’est produit avec Construction Solupro, l’entreprise de construction qui détonne avec les autres et qui a été créée lorsque Cécilien, Sylvie, François et Lori-Anne ont vu l’occasion d’aménager une propriété dans le village de Saint-Elzéar.

Cette décision d’affaires reflète bien l’esprit entrepreneurial de la famille Berthiaume.

Même si huit membres de la famille jouent des rôles actifs dans les différentes exploitations agricoles, la main-d’œuvre demeure le plus gros défi des Berthiaume. « Il est difficile de trouver des gens dans la région qui sont prêts à accomplir les tâches physiques et à accepter le type d’horaire que la ferme exige », explique François. Le jeune homme sort son téléphone intelligent pour montrer le système informatisé de surveillance des enclos utilisé dans la porcherie : l’une des nombreuses innovations technologiques que la famille a adoptées pour demeurer productive et réduire son besoin en main-d’œuvre. Malgré l’adoption de technologies, la famille a dû embaucher deux travailleurs du Guatemala.

La communication et l’éducation sont la clé du succès

Comment les Berthiaume ont-ils réussi à assembler toutes les pièces de cet énorme casse-tête? Une communication efficace a été essentielle, dit Lori-Anne, qui souligne que l’esprit d’ouverture a toujours fait partie de la culture familiale.

Yan ajoute que ses parents voulaient avoir la certitude que le transfert intergénérationnel serait couronné de succès. « Mes grands- parents seraient fiers de ce que nous avons accompli, tout comme ils l’ont été lorsqu’ils ont transféré avec succès leurs fermes à nos parents. »

L’éducation a été un autre facteur important pour ces jeunes agriculteurs. Tous les quatre ont mené des études postsecondaires, mais Alex souligne que ce n’est pas tellement le contenu spécifique de la formation reçue qui est important, que ce soit en agriculture ou dans un autre domaine. « Notre éducation nous a permis d’être mieux organisés et de réfléchir davantage à ce que nous voulions faire », dit-il.

Lori-Anne, qui partage cet avis, est sur le point de terminer une maîtrise en administration des affaires, ce qui lui a permis d’affermir les bases de son diplôme en finances et d’acquérir une perspective plus globale des activités. « Je me rends compte que j’approfondis davantage chaque question, que je mène des recherches plus poussées et que j’ai acquis une vision totalement différente. »

Les principaux facteurs qui ont favorisé l’établissement de la structure de ces entreprises, qui demeure une exploitation familiale, sont ceux-là mêmes qui assurent la rentabilité des entreprises. Les producteurs agricoles évaluent constamment l’avantage d’acheter plus de terres, de nouvelles machines ou de nouveaux bâtiments, et c’est en discutant de ces questions que la relève Berthiaume continue à exploiter la vision de leurs parents, comme lorsqu’ils ont acheté La meunerie Berthiaume en 2013, l’entreprise commune à toutes les autres entités qui font partie du groupe de fermes.

Les Berthiaume estimaient pouvoir rentabiliser plus rapidement le capital investi dans la meunerie, en contrôlant les coûts et la qualité des aliments pour animaux tout en réduisant le besoin en main-d’œuvre, comparativement à l’achat de nouvelles terres, dont la valeur de marché est actuellement très élevée.

L’acquisition de nouvelles terres est un sujet fréquent à la table des Berthiaume et lorsqu’ils tiennent des réunions de gestion, car ils sont conscients qu’ils auront besoin d’une plus grande superficie s’ils continuent de prendre de l’expansion; toutefois, ils n’accordent pas plus d’importance à la question des terres qu’aux autres possibilités. Qu’il s’agisse de diversification ou d’approches de production, ils évaluent régulièrement les options à mesure qu’évolue le modèle d’entreprise collective de leur groupe de fermes familial.

D'après un article de l'AgriSuccès (mars/avril 2016) de Hugh Maynard.