Encore plus de maïs

Il y a peu de statistiques aussi attendues à cette époque de l’année que le rapport produit par le département américain de l’Agriculture appelé World Agricultural Supply and Demand Estimates (WASDE). Le rapport du 9 novembre survient au moment où les récoltes sont presque terminées dans les champs de maïs, aux États-Unis et au Canada. En date du 7 novembre, près de 70 % des récoltes de maïs étaient terminées alors que ce chiffre était de 12 % au Québec au début octobre. Pas étonnant alors que les marchés financiers aient les yeux fixés sur le rapport qui détaille les dernières prévisions concernant le rendement et la production des principales céréales comme le maïs et le soja.

Une surprise

Le rapport du 9 novembre dernier a cependant causé une surprise de taille qui pourrait avoir un impact à long terme sur les prix. Alors que plusieurs experts misaient sur une réduction de la production de soja, le USDA a relevé considérablement ses estimations concernant la production de maïs. Cette dernière devrait atteindre un nouveau record de 175,4 boisseaux l’acre pour une production totale de 14,578 milliards de boisseaux de maïs. Le record précédent a été enregistré l’an dernier à 174,6 boisseaux l’acre. Les deux plus importants États producteurs de maïs, l’Iowa et l’Illinois, ont vu leur rendement moyen haussé de six boisseaux l’acre, comparativement à octobre.

La production américaine de maïs devrait atteindre un nouveau record de 175,4 boisseaux l’acre pour une production totale de 14,578 milliards de boisseaux.

Cette nouvelle prévision dépasse largement celle faite un mois plus tôt. Le département prévoyait plutôt 14,250 milliards de boisseaux sur un rendement moyen de 171,8 boisseaux l’acre. Les analystes tablaient pour leur part sur une production se situant entre 14,250 et 14,459 milliards de boisseaux, accompagnée d’un rendement de 171,7 à 174 boisseaux l’acre.

Estimations dépassées

C’est la quatrième année de suite que la production dépasse les estimations. C’est aussi la troisième fois en quatre ans, soit depuis 2012, que la production se situe au-dessus des 170 milliards de boisseaux.

Il semble que malgré des printemps difficiles au point de vue des semis, le beau temps automnal permet de finir en beauté des saisons qui promettaient des résultats couci-couça. C’est d’ailleurs ce genre de scénario qu’on a vu cette année au Québec. Les records de chaleur de septembre et le temps sec ont sauvé une saison qui s’annonçait catastrophique. En conséquence, les rendements s’annoncent très bons également au Québec.

Toute cette abondance n’est cependant pas très bon signe quand vient le temps de parler prix. Les prix déjà faibles auront de la difficulté à remonter et une hausse sera difficile à justifier dans les prochains mois. 

Les stocks de fin de saison

Dans son rapport, le département américain de l’Agriculture a de plus indiqué que les stocks de fin de saison sont maintenant évalués à 2 487 milliards de boisseaux de maïs, soit 147 millions de boisseaux de plus qu’en octobre. Les quantités estimées pour les exportations et l’utilisation pour les élevages ont été rehaussées à 75 millions de boisseaux chacune. Certains analystes sont toutefois sceptiques devant ces prévisions puisque les réserves ont atteint aux États-Unis leur niveau le plus élevé depuis 1987-1988. Le prix du boisseau de maïs a d’ailleurs terminé la journée à 3,41 $ US, près de son niveau le plus bas de l’année de 3,4075 $ US.

Il faudra donc surveiller de près certaines tendances qui pourraient influencer les prix dans le futur. La première concerne les cultures en Amérique du Sud. Après un début difficile, les cultures semblent sur la bonne voie. Un phénomène La Niña a cependant été confirmé pour cet hiver. Bien que faible, il pourrait affecter les cultures puisque La Niña se traduit par du temps plus humide dans l’hémisphère Sud, ce qui pourrait affecter les rendements des pays producteurs de maïs tels que le Brésil et l’Argentine. 

Les faibles cours du maïs

Les faibles cours du maïs pourraient aussi maintenir les ventes américaines à l’étranger, mais seulement si le dollar américain reste une devise accessible par rapport aux devises des autres pays producteurs. Les nouvelles étaient encourageantes à ce sujet puisque les exportations ont atteint un niveau record pour la première semaine de novembre à 93 millions de boisseaux.

En conclusion

La production d’éthanol pourrait également bénéficier d’une matière première aussi abondante, mais le lobby des hydrocarbures joue dur en ce moment à Washington pour reprendre le haut du pavé, d’autant que le prix du baril de pétrole tourne aux environs de 50 $ US. À qui l’administration Trump donnera-t-elle finalement son aval? Le statu quo pourrait bien basculer dans les prochaines semaines. De quoi donc rester sur le qui-vive pour les mois d’hiver qui débutent.

Journaliste depuis plus d’une vingtaine d’années, Céline Normandin s’est spécialisée en finance et en économie. Elle collabore depuis plusieurs années à de nombreuses publications agricoles québécoises à titre de journaliste à la pige.