En attendant le jour J

Analyse du marché

Aperçu

  • La demande de grains est en augmentation
  • Les conditions d'une prochaine remontée des prix se mettent tranquillement en place
  • Le bilan de l'offre et de la demande de grains est toujours à la merci d'imprévus météorologiques

Une autre récolte qui s'achève, une autre année qui s'amorce, et les prix des grains sont toujours au plus bas. Déprimant, vous dites? Difficile de dire le contraire… Pourtant, tranquillement, sous la surface, les conditions d'une autre remontée très intéressante des prix se mettent en place.

Dans son dernier rapport mensuel publié en octobre, le département de l'Agriculture des États‑Unis (USDA) a révélé un élément important : la demande de grains reprend sérieusement du poil de la bête actuellement. Il en va ainsi non seulement du maïs, mais aussi du soja.

 

Comme le montrent clairement les graphiques ci-dessus, les incroyables années où les prix ont atteint des records, de 2006 jusqu'à leur apogée en 2012, année caractérisée par une sécheresse historique aux États‑Unis, ont eu l'effet escompté. Une fois que la vague de demande de la part du secteur de l'éthanol a été endiguée, en 2010, la pression exercée par les prix inégalés a bel et bien écrasé la demande (zone en rouge sur les graphiques).

Les consommateurs n'ont pas encore réussi à faire fondre les stocks de grains à des niveaux suffisamment bas pour causer de l'inquiétude et faire progresser plus fermement les prix. Nous sommes pourtant à l'aube d'un changement de cap important.

Bien entendu, on ne peut en dire autant des chiffres du côté de la production. Qui ne voudrait pas produire du maïs à 300 $ la tonne et du soya à plus de 600 $ la tonne? Les prix records observés de 2006 à 2012 auront tranquillement propulsé les récoltes américaines et mondiales vers de nouveaux sommets de 2010 à 2016.

Or, forte production et ralentissement de la demande ne font jamais bon ménage. Résultat : les prix ont chuté de façon marquée jusqu'à des creux que nous n'avons pas observés depuis sept à 10 ans. Voilà où nous en sommes aujourd'hui.

Avec les prix planchers qui sont le premier signe que le vent commence à tourner, les stocks de grains disponibles suscitent maintenant une demande insatiable. C'est ce que révèle très bien la forte hausse de consommation qui a pris forme depuis maintenant quatre ans (zone verte sur les graphiques).

Compte tenu de la production record de grains des dernières années, les consommateurs n'ont pas encore réussi à faire fondre les stocks de grains à des niveaux suffisamment bas pour causer de l'inquiétude et faire progresser plus fermement les prix. Nous sommes pourtant à l'aube d'un changement de cap important.

En effet, dans une perspective globale, les cultures ont bénéficié de bonnes conditions ces dernières années. Bien sûr, tout n'a pas été parfait. Nous avons connu, par exemple, une fin de saison en queue de poisson au printemps dernier en Amérique du Sud. Mais, dans l'ensemble, il ne s'est rien produit d'assez menaçant pour faire reculer considérablement les productions américaines et mondiales de grains. En fait, chez nos voisins du Sud, premier producteur mondial de maïs et de soya, ce sont d'excellentes années qui se sont succédé depuis 2013.

Pourtant, tandis que la saison 2016 tire à sa fin et que les prix sont à leur plus bas, les marchés portent déjà tranquillement leur regard sur 2017. Et, s'il est très tôt pour entrevoir des problèmes au cours de la prochaine saison, il faut noter que la demande en grains est en forte progression. Qu'arrivera‑t‑il alors si de mauvaises conditions météorologiques viennent vraiment amputer les rendements en 2017? Rien ne garantit non plus que les producteurs voudront, par exemple, semer davantage de maïs alors que son prix est particulièrement faible comparé à celui du soya? Ceci viendrait alors créer un goulot d'étranglement très intéressant du côté du maïs…

S'il est vrai que les prix n'ont rien de reluisant actuellement, une succession d'imprévus pourrait facilement et rapidement faire grimper les prix au cours des prochains mois. La fermeté de la demande actuelle signifie que, tôt ou tard, un contexte explosif viendra les faire bondir. La question est de savoir quand sera ce jour J. 

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l'hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co‑fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le rejoindre: jpboucher@grainwiz.com.

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