Les prix du blé dur oscillent entre 335 $ US et 345 $ US la tonne métrique

Analyse du marché

Aperçu

  • La volonté d'accepter des grades inférieurs témoigne de la sensibilité aux prix et s'inscrit dans le processus de diminution de la demande
  • Il semble que les prix ont abouti dans une impasse temporaire, et les utilisateurs ont choisi d'attendre de voir ce qu'il adviendra
  • Le Canada continuera probablement à constituer lentement des mélanges utilisables au cours des prochains mois

La semaine dernière, l'Algérie a présenté une offre pour l'achat de plus de 200 000 tonnes de blé dur à un prix variant entre 335 $ US et 345 $ US la tonne métrique (livré en Algérie). Ce blé dur proviendrait à la fois du Canada, des États‑Unis et du Mexique. Les renseignements sur les grades négociés n'ont pas été dévoilés, mais le blé dur provenant des États‑Unis serait du blé dur ambré no 2 contenant au moins 75 % de grains vitreux durs, et le blé dur canadien serait du blé dur ambré de l'Ouest canadien (DAOC) no 3 contenant au moins 60 % de grains vitreux durs ou du blé DAOC no 2 contenant au moins 65 % de grains vitreux durs.

Même si, en théorie, il devrait y avoir assez de stocks de blé dur à sélectionner, à nettoyer ou à mélanger, la difficulté de constituer des stocks de mouture assez rapidement devrait contribuer à maintenir une certaine léthargie au chapitre des prix offerts à l'exportation au Canada pendant encore un bon moment.

D'ordinaire, l'Algérie achète du blé DAOC no 2 contenant au moins 75 % de grains vitreux durs. La volonté d'accepter des grades inférieurs témoigne de la sensibilité aux prix et s'inscrit dans le processus de diminution de la demande. Ce prix offert devrait se traduire par un blé DAOC no 2 générique (livré au silo en Saskatchewan) à environ 8 $ le boisseau, et à environ 7,50 $ le boisseau pour le blé DAOC no 3.

En août dernier, le prix du blé DAOC no 3 générique se négociait à hauteur de 255 $ la tonne métrique (livraison en Tunisie), ce qui signifie que le prix a augmenté de 80 $ US la tonne métrique depuis. La détermination des prix est étroitement liée au respect d'un faible taux de vomitoxine, taux qui ne peut dépasser 1,75 partie par million (ppm) en Europe. Après cette offre, les prix semblent avoir abouti dans une impasse temporaire, et les utilisateurs ont choisi d'attendre de voir ce qu'il adviendra, se tournant vers toutes les sources possibles de blé, y compris l'Australie et le Mexique.

Les perspectives du blé dur sont atypiques et dépendent principalement d'une variable : la rapidité avec laquelle le Canada pourra ou voudra constituer des stocks de mouture utilisables immédiatement par le marché d'ici le printemps prochain. S'il n’accélère pas la cadence, les utilisateurs seront probablement contraints d'exercer à nouveau des pressions accrues en 2017, mais cela accentuera le choc à venir parce que les caractéristiques de la demande s'éloigneront encore davantage de la nécessité d'avoir du blé de haute qualité et d'acheter la plus grande quantité possible de blé dur d'origine canadienne pour survivre. Si le Canada est capable de constituer plus rapidement des mélanges utilisables et que les offres s'intensifient, les prix fléchiront alors lentement.

Alors, que se passera-t-il? Voici le scénario le plus plausible :

Le Canada continuera probablement à constituer lentement des mélanges utilisables au cours des prochains mois, et ce, pour deux raisons. D'abord, un mélange et un nettoyage modestes doivent être effectués pour que le blé de mouture soit attrayant en raison du volume inhabituel de produits bruts contenant plus de 1,75 ppm de vomitoxine.

Ensuite, les exportateurs doivent être vigilants et adopter une marge de risque appropriée à l'égard de la manutention pour justifier l'exercice. Étant donné que le problème lié à la vomitoxine est reconnu à l'échelle mondiale et que le risque de variabilité lié à l'échantillonnage est élevé à l'intérieur d'une même cargaison, les stocks négociés livrés sont probablement biaisés dans un contexte où l'on fait preuve d'un excès de prudence en ce qui a trait au taux de vomitoxine (p. ex., 1,5 ppm dans les cargaisons à destination de l'Europe). Le risque de refus de cargaison est trop coûteux.

En résumé, même si, en théorie, il devrait y avoir assez de stocks de blé dur à sélectionner, à nettoyer ou à mélanger, la difficulté de constituer des stocks de mouture assez rapidement devrait contribuer à maintenir une certaine léthargie au chapitre des prix offerts à l'exportation au Canada pendant encore un bon moment, ce qui a pour effet de reporter une tendance de prix négative. Le passage du temps et la persistance d'importants écarts de prix liés à la qualité peuvent conduire à ce résultat. La solution peut aussi s'opérer sous l'effet complémentaire de la demande passive, qui comporte vraisemblablement une réduction d'un million de tonnes métriques (soit 20 %) de la demande traditionnelle de blé de mouture d'origine canadienne.

Parallèlement, tout réside dans la qualité et dans la façon dont le marché et les producteurs perçoivent la capacité de fabriquer un produit suscitant l'intérêt en vendant ou en achetant adéquatement le produit possédant les bonnes caractéristiques. Ce facteur est plus pertinent que les prix uniformes élevés du blé de haute qualité dont il est grandement question.

Gardez à l'esprit que les échanges commerciaux et les évaluations sont subjectifs. Le blé dur de faible qualité contenant des taux divers de vomitoxines (ppm) réussit à trouver preneur chez nous ou sur les marchés étrangers. Avec le recul, nous serons sans doute surpris de la rapidité avec laquelle il se sera écoulé sournoisement.

Greg Kostal du cabinet Kostal Ag Consulting Ltd offre des perspectives sur les marchés des produits de base et des conseils en marketing. Pour obtenir de plus amples renseignements, consultez le www.gregkostal.com (en anglais seulement).

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