Des perspectives de prix encourageantes ou déprimantes?

En ce début d’année, il est de bon aloi de souhaiter une année prospère à tout un chacun. Cependant, pour les producteurs de grandes cultures, si la santé a été au rendez-vous en 2017, et je le souhaite pour vous tous et vos familles, la prospérité, au niveau du prix des grains, a été plutôt décevante.

Quelque chose d’intéressant se dessine au niveau du prix des grains pour les prochaines années qui est présentement occulté par notre vision trop à court terme. 

On ne peut que souhaiter une meilleure année financière pour tous ces hommes et toutes ces femmes qui travaillent le sol et triment dur pour offrir le fruit de leur dur labeur aux consommateurs.

L’année qui vient sera encore une fois remplie d’inconnus tant au niveau des prix que du rendement et surtout des conditions climatiques locales et internationales. Par contre, quelque chose d’intéressant se dessine au niveau du prix des grains pour les prochaines années qui est présentement occulté par notre vision trop à court terme. 

Rendements record dans le maïs en 2018

En janvier 2018, le USDA confirmera probablement des rendements record dans le maïs américain et une production record de fèves de soya. Les récoltes mondiales sont et seront toutes aussi abondantes les unes que les autres et les menaces climatiques seront très faibles pour l’année qui vient.

Par contre, ce qu’il ne faut pas oublier c’est que la demande pour ces mêmes grains croît elle aussi de façon plus importante. Dans le dernier rapport du Conseil international des céréales (en anglais seulement), on note que la production de grains à l’échelle mondiale a crû de 1,3 % entre 2014 et 2017, et ce, malgré des récoltes plus que satisfaisantes partout à travers le monde.

La production mondiale de grains est passée de 2,05 à 2,079 milliards de tonnes. Parallèlement à cette hausse de production, l’abondance des grains a incité les consommateurs à augmenter leur consommation qui est passée de 2,01 à 2,107 milliards de tonnes en 2017. Il faut donc noter une consommation supérieure à la production dès 2018.

Une consommation supérieure à la production

Ce que cela signifie en pourcentage c’est que la croissance de la production représente 1,3 %, alors que la consommation a augmenté de 4,8 % durant ces trois années. Si on décortique le rapport un peu plus, on note les choses suivantes :

  1. la croissance de la consommation de nourriture destinée aux humains : +4 %
  2. la hausse de la consommation de nourriture destinée aux animaux : +5,3 % et finalement
  3. la portion destinée aux industries de transformation (sucres/amidon, éthanol) : +9,2 %

Le nombre d’animaux d’élevage (bœuf, porc, poulet) devrait croître de près de 2 % d’après le rapport d’octobre 2017 du Foreign Agricultural Service du département de l’agriculture des États-Unis (en anglais seulement).

La croissance de la population mondiale vient ajouter à la consommation, mais c’est surtout la croissance des revenus discrétionnaires de cette population mondiale qui vient jouer un plus grand rôle dans la consommation des grains et l’ajout de protéines animales à leur diète quotidienne (viandes, œuf, lait).

Mais ce qui devrait retenir l’attention en 2018, c’est le souhait de plusieurs nations qui ont annoncé leurs désirs de produire et consommer toujours plus de biocarburant afin de réduire leur empreinte carbone et ainsi réduire la pollution et le smog des grandes métropoles. La Chine a adopté son plan de réduction des émissions de GES et souhaite maintenant incorporer 10 % d’éthanol dans l’essence vendue. Pour atteindre ce seuil, il faudrait que le pays utilise près de 45 millions de tonnes de maïs par an et implante 36 usines d’éthanol produisant 379 millions de litres chacune au cours des deux prochaines années.

L’Inde vient aussi d’annoncer un plan similaire alors que le pays veut maintenant incorporer 20 % d’éthanol dans l’essence d’ici 2030 (éthanol cellulosique surtout, mais aussi à partir de sucre).

Ces pays ne sont qu’un exemple de ce que plusieurs autres sont en train de faire : modifier leurs politiques énergiques. De plus, avec l’augmentation de la consommation de viande par habitant et l’augmentation du niveau de richesse mondiale, ces prémisses mettront sans doute une pression sur les producteurs de grandes cultures afin qu’ils produisent encore plus.

En conclusion

À défaut d’une production supérieure, il est bien possible que la pression de consommation mette fin à la baisse des prix des dernières années et puisse même engendrer une hausse plus importante que prévu.


Frédéric Hamel est présentement directeur, Stratégie commerciale chez TRT-ETGO, professeur en formation continue à l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA) de Saint-Hyacinthe et consultant en environnement et gestion des risques. Provenant du milieu rural, il a travaillé dans sa jeunesse dans plusieurs entreprises agricoles de sa région de La Vallée‑du‑Richelieu. 

Détenteur d’un baccalauréat en finance et du titre de CFA (analyste financier agréé), il a travaillé à FIMAT, à la Banque Royale et à MF Global en gestion des risques financiers pour les entreprises. En tant que gestionnaire spécialisé en produits dérivés (GSPD), titre octroyé par l’Institut canadien des valeurs mobilières, il propose différentes structures de gestion de prix (contrepartie) sur les denrées et autres produits de base à des entreprises clientes et à des producteurs agricoles. De plus, il s’intéresse activement au marché émergent des crédits carbone et autres crédits environnementaux en Amérique du Nord.