Notions élémentaires sur la prise de décisions

decision making 101

Aperçu

  • Agriculteur : Évitez de vous empêtrer dans les analyses et fixez-vous un échéancier
  • Agriculteur : Prenez en compte tous les aspects liés à l'acquisition
  • Expert-conseil : Déterminez le stade du cycle économique dans lequel se trouve l'industrie agricole
  • Professeur : Évaluez la façon dont la décision s'inscrit dans votre plan d'affaires

Chacun prend ses décisions à sa manière. Certains sont des analystes disciplinés qui ont recours à une approche systématique. D’autres se fient à leur intuition. Beaucoup de gens, voire la plupart, combinent ces deux approches à divers degrés.

Y a-t-il des pratiques exemplaires en matière de prise de décisions que les agriculteurs peuvent adapter à leur situation particulière? Voici les points de vue d’un agriculteur, d’un expert-conseil auprès d’agriculteurs et d’un professeur de commerce qui est également agriculteur.

Méthode d’un agriculteur

Si l’on considère l’éventail des activités agricoles et commerciales de Jeff Carlson, il apparaît évident qu’il a pris de nombreuses décisions judicieuses au fil des ans.

Je pense qu’un producteur est plus susceptible de regretter la terre qu’il n’a pas achetée.

M. Carlson et sa famille exploitent 19 000 acres dans la région de Trochu, dans le centre de l’Alberta, ainsi qu’en Saskatchewan. Ils possèdent notamment une exploitation d’élevage bovin de grande envergure, qui englobe l’élevage-naissage, l’engraissement et la semi-finition. Ils dirigent aussi un groupe de trois détaillants d’engrais et de produits chimiques.

M. Carlson est le premier à admettre qu’il possédait un bagage des plus solides avant même de devenir agriculteur.

« Je représente la quatrième génération de notre ferme, dit-il. Elle existe depuis 120 ans, alors il va sans dire que j’ai été témoin des avantages que procure une réflexion fondée sur une vision à long terme, qui s’étend sur une et même deux générations. »

Parallèlement à cette tradition bien ancrée d’agriculture et de propriété foncière, M. Carlson use d’une stratégie décisionnelle systématique. Cette stratégie fonctionne pour ses décisions agronomiques quotidiennes, mais il l’emploie aussi lorsqu’il porte un regard sur les années, et même les décennies à venir.

Fixez-vous un échéancier. Dans le cas d’une décision comme l’achat d’une terre, M. Carlson croit qu’il est important de se fixer un échéancier. « Sinon, vous risquez de vous empêtrer dans les analyses, de consulter les mêmes données encore et encore sans que rien de concret se produise », fait-il valoir.

Sollicitez des points de vue. M. Carlson sollicite les conseils de son avocat et de son comptable, ainsi que de ses amis et de ses partenaires d’affaires actuels et précédents.

« En raison de leur formation, votre comptable et votre avocat sont vigilants, dit M. Carlson, qui est lui-même avocat. Cette attitude est louable, mais un excès de prudence entraîne l’immobilisme. »

Menez des recherches sur l'environnement commercial. M. Carlson lit de nombreuses publications traitant d’agriculture et d’affaires. Il assiste aussi à des conférences de l’industrie et à des salons commerciaux et est ouvert aux idées de ses collègues experts-conseils. Les renseignements qu’il obtient ainsi reflètent le climat dans lequel il prendra des décisions.

Tenez compte de la portée de la décision. Propriétaire de 19 000 acres, M. Carlson s’y connaît en matière d’achat de terre. En vertu de sa stratégie décisionnelle, par exemple, il considère qu’une acquisition éventuelle de terre comporte au moins trois aspects à étudier attentivement et en détail.

Le premier est d’ordre financier : le coût de la terre cadre-t-il avec son plan financier? Le deuxième porte sur la productivité : vaut-il la peine d’exploiter cette terre? Le dernier est d’ordre personnel : dans quelle mesure cette terre s’insère-t-elle dans la vision d’avenir de la famille selon une perspective à long terme?

Tâchez de rallier les membres de la famille. Bien entendu, M. Carlson ne doit pas fonder ses décisions uniquement sur sa propre analyse. Après tout, il exploite une ferme familiale, à titre de successeur d’une famille qui pratique l’agriculture en Alberta depuis la fin du XIXe siècle.

À son avis, le conjoint ou la conjointe de l’agriculteur doit être d’accord avec toutes les décisions majeures. Évidemment, si d’autres membres de la famille participent activement à l’exploitation agricole, il faut les consulter et les écouter, eux aussi. M. Carlson estime qu’il est important de mobiliser tous les intervenants pour susciter l’adhésion. Mais en fin de compte, la décision vous appartient.

Au fil des ans, M. Carlson a constaté que l’un des principaux points forts de sa famille est la façon dont ses membres se concertent pour prendre de grandes décisions. « Il arrive que nous ne soyons pas d’accord, dit-il, mais, de façon générale, nous sommes capables d’adopter une stratégie d’affaires officielle, et nous nous efforçons de mettre de côté nos émotions. »

Suivez votre intuition. Si le processus décisionnel de M. Carlson est systématique, cela ne signifie pas pour autant qu’il aborde les décisions de façon froide et à la manière d’un automate. Les facteurs subjectifs sont aussi pris en considération. Si votre intuition est en contradiction avec les données, elle n’est pas nécessairement mauvaise pour autant.

« Il m’est arrivé à de nombreuses reprises de prendre une décision même si je ne détenais pas toute l’information nécessaire, affirme M. Carlson. Assurément, il arrive que la famille ou les associés doivent simplement se serrer les coudes et sauter le pas, à condition de le faire ensemble. »

Processus décisionnel simplifié d’un expert-conseil concernant l’achat d’une terre

Le téléphone sonne. C’est votre voisin qui appelle pour vous annoncer la nouvelle que vous attendiez avec impatience. Il a décidé de vendre une partie de terre adjacente à la vôtre.

Devriez-vous l’acheter? Selon Rob Saik, fondateur de la société d’experts-conseils spécialisée en agronomie Agri-Trend de Red Deer, en Alberta, cette décision pourrait marquer un tournant décisif dans la carrière d’un agriculteur, et il n’y a pas deux producteurs qui  aborderont cette question exactement de la même façon. Il a souvent été témoin de cette situation.

« Agri-Trend constitue des groupes de pairs agriculteurs, explique M. Saik. En grande majorité, les producteurs se répartissent en deux catégories : ceux qui souhaitent accroître leur fonds de terre et ceux qui veulent optimiser la production de la terre qu’ils possèdent. »

À force de conseiller ces producteurs et d’observer leur processus de réflexion, M. Saik en est venu à élaborer une méthode en deux temps pour prendre une décision éclairée en matière d’achat de terre.

D’abord, il faut déterminer le stade du cycle économique auquel se trouve l’industrie agricole. Ensuite, il faut établir le stade du cycle agronomique auquel vous vous trouvez.

M. Saik croit que le cycle économique se trouve à un stade moins vigoureux qu’il y a quelques années.

« Lorsque les producteurs agricoles sont en mode d’expansion rapide et que les cultures sont lucratives, il est difficile de ne pas songer à acheter des terres, concède-t-il. C’est plus difficile à l’heure actuelle. Je vois un nombre croissant de producteurs qui souhaitent atténuer le risque et obtenir un rendement agronomique accru de la terre qu’ils possèdent. Il est important de savoir à quel cycle votre exploitation se trouve (à un stade d’expansion ou à un stade d’optimisation agronomique), parce qu’il n’est pas vraiment possible de vous concentrer sur les deux aspects en même temps. »

Toutefois, compte tenu de la nature unique d’une terre agricole, qui est un investissement et un actif productif, mais qui revêt aussi une valeur affective, il y a une décision qu’un producteur  peut  souvent  regretter.

« À long terme, dit-il, je pense qu’un producteur est plus susceptible de regretter la terre qu’il n’a pas achetée; l’occasion qu’il a laissée échapper. Ce regret peut vous accompagner longtemps. »

Liste de contrôle de la prise de décisions stratégiques, version MBA

Le terme « stratégie » vous intimide? Soyez rassuré! Selon Glen Whyte, professeur de commerce à l’Université de Toronto, il s’agit d’un  terme savant pour une notion toute simple.

« En réalité, une décision stratégique est une décision importante qui a des conséquences à long terme et qui, une fois prise, est difficile à modifier », résume M. Whyte, dont la famille exerce l’agriculture dans la région de Peterborough, en Ontario.

Si vous étiez étudiant à la maîtrise en administration des affaires (MBA) dans la classe de M. Whyte, la prise de décisions stratégiques vous donnerait des maux de tête pendant des mois et des années. Mais pour ses confrères agriculteurs canadiens, il la résume en cinq questions essentielles à se poser, et qui représentent ce qu’il appelle la résolution de problème intégrée.

Quels buts essayez-vous d'atteindre? Évaluez comment la décision s’inscrit dans votre plan d’affaires global et demandez-vous si d’autres options pourraient aussi vous aider à atteindre vos buts.

Votre analyse est-elle rigoureuse? « Il est peut-être dans la nature humaine de prendre une décision, puis de faire marche arrière et de trouver des arguments qui la justifient, explique M. Whyte. Assurez-vous de faire cette analyse en premier lieu. »

Comment la décision influe-t-elle sur le niveau de risque de l'entreprise? « Même s’il existe des moyens d’atténuer ces risques, vous voudrez peut-être accepter un niveau de risque plus élevé, et non l’inverse, à condition que ce risque vous rapporte des avantages suffisants », fait valoir M. Whyte.

Si la démarche s'avère infructeuse, quelle en est la cause? Avant de déclencher le processus décisionnel, M. Whyte vous recommande d’effectuer une « analyse hypothétique ».

« Il s’agit d’un exercice d’imagination ou de gymnastique mentale. Projetez-vous dans un an et imaginez que la décision a mené à un désastre. Essayez de trouver les raisons de l’échec. » Cet exercice vous permet de déceler les risques inhérents à la décision avant même de la prendre, et pourrait vous aider à mettre au jour des risques que vous n’aviez pas entièrement pris en compte.

En cas d'échec, quelles sont les prochaines étapes? « D’ordinaire, lorsque nous échouons, au lieu d’adopter un autre plan d’action, nous redoublons d’ardeur à employer une stratégie qui ne fonctionne pas. » Le fait d’avoir un plan B et de prévoir le moment où vous le mettrez en œuvre vous aidera à gérer les répercussions d’une décision qui ne produit pas les résultats escomptés.

D'après un article de l'AgriSuccès (septembre/octobre 2016) de Kieran Brett

Saviez-vous que nous offrons des événements d'apprentissage sur ce genre de sujets partout au Canada? Trouvez un événement près de chez vous.