Les cultures-abris gagnent en popularité

Plan for safety like production

Aperçu

  • L'utilisation des cultures-abris devient de plus en plus fréquente dans l'industrie agricole
  • Les cultures-abris viennent contrer la pression environnementale liée à des questions comme la qualité des eaux de surface
  • Il existe un outil qui tient compte de la multitude d'options et d'objectifs et qui aide les producteurs à faire des choix éclairés

Blake Vince, producteur de cultures commerciales de l’Ontario, se rappelle le moment où les cultures-abris ont vraiment éveillé son intérêt.

Il y a quelques années, M. Vince participait à une réunion de producteurs agricoles aux États-Unis, et c’est là qu’il a commencé à comparer ses résultats avec ceux de David Brandt, producteur de l’Ohio. Ce dernier tentait de le persuader qu’il existait une technique d’agriculture plus efficace, fondée sur le travail réduit du sol et sur une utilisation accrue des cultures-abris.

Issu d’une famille d’agriculteurs connue dans la région comme étant une pionnière de la culture sans labour, M. Vince s’est intéressé à cette pratique, sachant que l’utilisation des cultures-abris était le fondement même du système de culture sans labour. Mais ce sont les résultats nets par rapport à des rendements similaires qui ont vraiment captivé son attention.

Un nombre considérable de producteurs semblent être désireux d'améliorer la vie utile et la santé globale de leur sol. Ils considèrent les cultures-abris comme un moyen d'y arriver.

« M. Brandt épandait cent livres d’azote dans ses champs, alors que moi j’en épandais 180 pour obtenir des rendements à peu près équivalents, relate M. Vince. Je me suis alors rendu compte que de nous deux, c’est lui qui encaissait les meilleurs profits. »

Les avantages des cultures-abris

De retour en Ontario, M. Vince a procédé à une analyse détaillée de la ferme familiale de 1 300 acres située près de Merlin, où l’on produit du maïs, du soja et du blé, et il a compris que toute stratégie qui lui permettrait d’utiliser moins d’engrais serait avantageuse.

En plus d’améliorer sa rentabilité, cela viendrait contrer la pression environnementale grandissante liée à des questions comme la qualité des eaux de surface.

M. Vince est en train de diversifier sa rotation grâce à une gamme de cultures-abris, qui comprend 17 espèces de plantes. Il les sème habituellement au cours de la première ou de la deuxième semaine d’août, soit après la récolte du blé d’hiver.

Ces cultures aident à retenir la couche arable et à prévenir l’érosion et le ruissellement, tout en ayant un effet favorable sur le biote du sol (les organismes vivants comme les bactéries bénéfiques et les champignons mycorhiziens qui établissent des associations mutuellement avantageuses avec les racines des cultures, leur permettant d’absorber plus efficacement les éléments nutritifs), en assurant la croissance permanente des tissus végétaux vivants dans ses champs.

« Je ne cherche pas à obtenir le rendement le plus élevé possible, explique M. Vince. Je souhaite obtenir le rendement le plus avantageux du point de vue économique et écologique. »

M. Vince constate les résultats chaque saison et est ravi de voir que sa stratégie fonctionne. Ses rendements sont stables, son utilisation d’engrais est à la baisse et ses bénéfices nets ne cessent de croître. Plus important encore, la santé globale du sol s’améliore.

M. Vince compte parmi les producteurs innovateurs de plus en plus nombreux à adopter cette technique, indique Mme Laura Van Eerd, scientifique en science du sol au campus de Ridgetown de l’Université de Guelph.

Mode passagère ou tendance?  

« Nous avons maintenant dépassé la phase d’adoption précoce, et cette technique a commencé à se démocratiser, dit-elle.

Il y a environ un an, on m’a demandé si les cultures-abris étaient une mode passagère ou une tendance, et je ne savais trop que répondre. Aujourd’hui, après une autre année d’expérience, je suis convaincue qu’elles représentent une tendance et pas une simple mode. »

Les producteurs de légumes de l’Ontario utilisent les cultures-abris depuis de nombreuses années. Les légumes requièrent habituellement un travail intensif du sol, en particulier les cultures racines à l’étape de la récolte, mais ces dernières années, des producteurs de cultures commerciales comme M. Vince ont adopté cette pratique dans des champs où cette méthode n’a jamais été utilisée auparavant.

Techniques utilisées en cultures-abris

« À l’heure actuelle, les producteurs essaient différentes choses et cherchent à comprendre les propriétés agronomiques des cultures-abris », dit Mme Van Eerd.

Notamment, ils étudient le moment de l’ensemencement et tentent de déterminer si une culture peut faire l’objet d’un semis sous couverture et quels types de cultures-abris sont appropriés. Une technique qui suscite beaucoup d’intérêt est l’ensemencement dans des champs de maïs et de soja longtemps avant la récolte. Pour ce faire, le moment doit être choisi avec soin, et les producteurs étudient quelques pratiques différentes.

Certains producteurs utilisent une seule espèce, que ce soit une légumineuse ou une culture-abri spéciale comme le Tillage RadishMD. D’autres, comme M. Vince, visent une plus grande diversité et utilisent plusieurs espèces à la fois. Cette façon de faire est peut-être plus coûteuse, mais elle s’avère aussi plus rentable du point de vue du coût financier, du temps investi et de la gestion.

L’espèce de culture-abri privilégiée dépend de l’objectif du producteur. Les cultures-abris sont arrivées sur le marché en Ontario vers la fin des années 1980, grosso modo. À cette époque, on les utilisait principalement pour lutter contre l’érosion, mentionne Mme Van Eerd. Aujourd’hui, les objectifs sont beaucoup plus variés. »

Récemment, Mme Van Eerd a dirigé un projet visant à adapter un outil d’aide à la prise de décisions concernant les cultures-abris pour les producteurs de l’Ontario. Cet outil tient compte de la multitude d’options et d’objectifs et aide les producteurs à affiner leur réflexion et leurs choix.

« Le producteur est invité à indiquer ses objectifs et les avantages qu’il recherche, et l’outil filtre les diverses cultures-abris à la lumière de cette information, explique Mme Van Eerd. Supposons qu’un producteur cherche une culture qui aide à lutter contre les mauvaises herbes. L’outil attribue une note de 1 à 4 aux cultures-abris, selon leur aptitude à  lutter contre les mauvaises herbes, et toutes celles qui obtiennent une note inférieure à 2 sont retirées de la liste. »

Mme Van Eerd étudie les cultures-abris depuis 2004, époque où elles étaient généralement perçues comme une étrangeté. « En 2007-2008, nous avons commencé à examiner les cultures-abris dans le cadre de l’étude d’une rotation à long terme au campus Ridgetown, et nous commençons maintenant à constater certains de leurs effets bénéfiques à long terme sur la santé globale du sol. »

Ce genre d’étude à long terme aidera les chercheurs et les producteurs qui mettent en pratique leurs résultats à mieux comprendre l’intérêt véritable des cultures-abris dans un système de production.  

D'après un article de l'AgriSuccès (mai/juin 2016) de Gord Gilmour.