Contrats à terme et bases - la suite

Pour faire suite à mon article du mois précédent au sujet des contrats à terme, des bases et de la mise en marché, il est important de rappeler que la commercialisation demeure un sujet délicat puisque les pièges peuvent être multiples. Parfois, des facteurs psychologiques entrent en jeu et le plan imaginé au départ et mis en place prend le chemin des oubliettes assez rapidement. Il faut bien évidemment garder la tête froide et revoir ses objectifs de départ. On peut modifier des choses dans le plan et celui-ci doit pouvoir s’ajuster avec les circonstances des marchés physiques au comptant et futurs. 

Changement dans les bases

Les bases ont maintenant chuté à +0,18 $ US/boisseau pour un prix de 204 $/tonne métrique

Le mois dernier, je vous disais que les bases dans le maïs étaient, en décembre 2017, autour de +0,35 $ US/boisseau pour la livraison de maïs en mars 2018 et pour le prix au comptant autour de 196 $ (données prises sur le site du SRDI de www.pgq.ca – semaine du 18 décembre). Les bases ont maintenant chuté à +0,18 $ US/boisseau pour un prix de 204 $/tonne métrique.

Les calculs

Décortiquons une fois de plus l’effet des différents facteurs sur le prix. La perte de la base représente en fait 0,17 $, ce qui représente 6,70 $ US/tonne métrique. Au même moment, le contrat à terme du mois de mars a grimpé de 0,25 $ US/boisseau (en moyenne) ce qui représente un gain de 9,80 $ US/tonne métrique. De façon surprenante, dans la dernière semaine de février, le dollar canadien est revenu au même niveau que durant la semaine du 18 décembre 2017 (moyenne).

Par conséquent, si on calcule les gains et les pertes des fluctuations précédentes, on arrive à un résultat près de 200 $/tonne métrique (calculs : 196 $ en décembre + gains sur contrat à terme – pertes sur base). Le prix correspond donc au prix coté sur le SRDI qui propose des livraisons en mars 2018 à 200 $ CA/tonne métrique.

Je reviens donc à mon exemple de décembre 2017. Si un producteur avait « vendu » la base pour livraison en mars 2018 à +0,35 $ US/boisseau et livrait maintenant ce grain chez un consommateur ou un élévateur, il obtiendrait un prix de 208 $ CA/tonne métrique. Ce prix correspond donc à 4 % de plus que le prix au comptant présentement (versus 200 $). Ce gain semble négligeable, mais il peut encore être amélioré si les cours continuent à grimper ce printemps à la Bourse de Chicago. Un producteur peut donc ainsi améliorer ses prix de vente marginalement et « battre » les modèles de vente de grains établis par la Financière agricole par exemple.

En conclusion

Avec la situation qui se dessine en Amérique du Sud ce printemps, les récoltes risquent d’être bien mauvaises dans le maïs. Les stocks mondiaux devraient aussi baisser de plus de 10 % et se situer sous le niveau de 200 millions de tonnes. En fait, la baisse des stocks mondiaux cette année constitue la plus forte baisse depuis 1988. Pour finir, les ensemencements américains en maïs s’annoncent en baisse par rapport à l’an dernier et les conditions de semis ne semblent pas optimales. Il reste cependant du temps avant les premiers semis en sol américain, mais les producteurs de grandes cultures doivent être attentifs aux signes de la reprise qui vient.


Frédéric Hamel est présentement directeur, Stratégie commerciale chez TRT-ETGO, professeur en formation continue à l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA) de Saint-Hyacinthe et consultant en environnement et gestion des risques. Provenant du milieu rural, il a travaillé dans sa jeunesse dans plusieurs entreprises agricoles de sa région de La Vallée-du-Richelieu.

Détenteur d’un baccalauréat en finance et du titre de CFA (analyste financier agréé), il a travaillé à FIMAT, à la Banque Royale et à MF Global en gestion des risques financiers pour les entreprises. En tant que gestionnaire spécialisé en produits dérivés (GSPD), titre octroyé par l’Institut canadien des valeurs mobilières, il propose différentes structures de gestion de prix (contrepartie) sur les denrées et autres produits de base à des entreprises clientes et à des producteurs agricoles. De plus, il s’intéresse activement au marché émergent des crédits carbone et autres crédits environnementaux en Amérique du Nord.