Ces nouveaux géants des grains

Aperçu

  • La Russie et l’Ukraine accaparent aujourd’hui 27 % des exportations mondiales de blé et 18 % des exportations mondiales de maïs 
  • La Chine représentera cette année 55 % de la consommation mondiale de soya, 22 % de celle de maïs, et 16 % de celle de blé
  • Le Brésil et l’Argentine sont des incontournables qui défient de plus en plus les États-Unis sur les marchés mondiaux

La structure du marché des grains telle qu’on la connaît aujourd’hui arrive de loin, et on est souvent porté à l’oublier. Les changements observés au cours des dernières décennies ont particulièrement ébranlé les fondements mêmes de ce qui a été longtemps tenu pour acquis par les marchés, à savoir que les États-Unis sont « le » principal point de référence à surveiller pour les prix des grains.   

On sait déjà que l’industrie de l’éthanol a grandement changé la donne au cours des années 2000, proposant un nouveau débouché qui demeure encore aujourd’hui très important pour le maïs; les États-Unis figurant toujours bon premier à cet égard. On sait également qu’au cours de cette même période, l’appétit de la Chine pour le soya aura pris un tout nouveau tournant avec la forte croissance économique du pays. 

Depuis, avec plus de 55 % de la consommation mondiale de soya prévue cette année, 22 % de celle de maïs, et près de 16 % de celle de blé, la Chine demeure à ce jour l’un de ces nouveaux piliers qui donnent le ton à la direction des prix des grains. Nul besoin d’ailleurs de souligner combien les marchés sont aujourd’hui sensibles au moindre toussotement de la Chine. 

Par contre, tranquillement, la dynamique du marché des grains change aussi à d’autres égards. On peut ici rappeler sans difficulté que le Brésil et l’Argentine sont maintenant des incontournables qui défient de plus en plus les États-Unis sur les marchés mondiaux, spécialement dans le soya, mais aussi plus récemment dans le maïs, avec la récolte brésilienne record de la dernière année.

La région de la mer Noire, avec la Russie et l’Ukraine en tête, se révèle aussi un joueur de plus en plus redoutable sur les marchés mondiaux, particulièrement dans les marchés du blé et du maïs. On retient entre autres que s’il y a une vingtaine d’années, la Russie et l’Ukraine accaparaient ensemble moins de 2 % des exportations mondiales de blé et de maïs, ils en sont aujourd’hui à respectivement 27 % et 18 % des exportations mondiales prévues pour cette année. Ce n’est pas rien…

Mondialisation 

En ce qui concerne le marché des grains et les perspectives des prix, les répercussions de cette « mondialisation » ne sont pas sans incidence. On assiste ici à une véritable diversification du « portefeuille mondial » de grains. En d’autres mots, le risque d’une mauvaise récolte de grains dans le monde se répartit sur plus d’un joueur, limitant les répercussions négatives de mauvaises conditions météo observées au cours d’une saison dans un pays en particulier.  

Heureusement, pour les prix des grains, ce changement de structure de fond du marché des grains a aussi une incidence positive. S’il est vrai que le risque de mauvaises récoltes se limite de moins en moins à un seul pays, spécialement les États-Unis, les marchés ont plus que jamais matière à s’inquiéter de mauvaises conditions météo dans plus d’un pays au cours d’une année donnée. Comme quoi, pour les producteurs de grandes cultures comme les consommateurs de grains, il devient incontournable de rester à l’affût de la situation dans les marchés, au risque de manquer le bateau en l’espace de quelques semaines, même en pleine récolte.

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le joindre : jpboucher@grainwiz.com