Collaboration entre les éleveurs de bovins et les céréaliculteurs

Au cours de la dernière saison de croissance, bon nombre d’éleveurs de bovins aux quatre coins du pays ont fait des pieds et des mains pour se procurer assez d’aliments pour animaux. Plusieurs régions étaient aux prises avec du temps chaud et sec, ainsi qu’avec des pâturages desséchés et de maigres récoltes de foin. Il n’était pas rare de voir les prix du foin passer de 70 $ à 200 $ la tonne, voire plus.

Dans de telles circonstances, les producteurs font preuve de créativité. De nouvelles relations se forgent entre des éleveurs de bovins et leurs voisins céréaliculteurs. Cette collaboration peut s’avérer mutuellement avantageuse, mais quelquefois, pour diverses raisons, des occasions se perdent.

Les producteurs laitiers sont habituellement les premiers à mettre la main sur la production de foin de haute qualité, et dans les régions sujettes à des récoltes de foin et d’ensilage réduites en raison des conditions arides, bon nombre d’exploitants de fermes laitières s’assurent de conserver un stock important d’aliments pour animaux, indique Cedric MacLeod, président de MacLeod Agronomics, une exploitation combinant l’élevage de bovins et la production de cultures agricoles située dans le comté de Carleton, au Nouveau-Brunswick. M. MacLeod offre aussi des services d’expert-conseil.

Si les producteurs laitiers ont besoin de foin de haute qualité, les éleveurs de bovins de boucherie, eux, peuvent compter sur un éventail diversifié d’aliments viables pour leurs animaux, d’où les nombreuses possibilités de collaboration entre les éleveurs de bovins et les céréaliculteurs.

Des possibilités qui évoluent

Les exemples d’entraide fructueuse sont légion. Par exemple, après la récolte, il est possible de clôturer les terres céréalières en vue du pâturage. Cette option est particulièrement attrayante s’il y a eu une repousse, ou si la parcelle compte des surfaces herbeuses et offre un accès facile à des sources d’eau.

« Cette option est de plus en plus accessible grâce à l’utilisation de clôtures électriques amovibles et de panneaux solaires portatifs », indique Sandy Russell de la Spring Creek Land and Cattle Company, à Outlook, en Saskatchewan. En plus d’être conseillère auprès de l’industrie du bœuf, Mme Russell pratique l’élevage de bovins de boucherie avec sa famille.

L’évolution des pratiques agricoles crée de nouvelles possibilités. Dans de nombreuses régions, les plantes de couverture gagnent en popularité. Celles-ci continuent à pousser, par exemple, après la récolte d’une céréale.

« Nous cherchons toujours à déterminer dans quelle mesure la révolution des plantes de couverture peut soutenir l’industrie de l’élevage », dit M. MacLeod.

Après une tempête de grêle, la coupe et la mise en balle représentent peut-être la meilleure option sur certaines terres cultivées. Et, bien entendu, les éleveurs de bovins peuvent mettre la paille en balle si les céréaliculteurs acceptent de la déposer en rangs plutôt que de la déchiqueter et de l’épandre derrière la moissonneuse-batteuse.

L’importance de la communication...

Si certaines fermes produisent à la fois des céréales et des bovins, les exploitations sont de plus en plus spécialisées. Souvent, les céréaliculteurs n’ont pas pleinement conscience des besoins de leurs voisins éleveurs en matière d’aliments pour animaux et, de ce fait, ignorent les possibilités d’entraide.

« Nous sommes coincés dans nos traditions et dans nos façons de travailler », résume Mme Russell.

« Il est important d’établir une relation à long terme », souligne M. MacLeod. En effet, un dialogue soutenu permet de saisir les possibilités qui se présentent.

… et des retombées économiques

Dans un contexte de pénurie d’aliments pour animaux, un céréaliculteur peut entrevoir l’occasion de réaliser des profits tandis qu’un éleveur-naisseur espérera constituer des réserves gratuitement. Ce fossé doit être comblé afin que tout le monde trouve son compte.

« Même la paille et la paillette ont une valeur », explique M. MacLeod. Et cette valeur augmente au cours des années où les réserves d’aliments pour animaux sont maigres. Par contre, les céréaliculteurs doivent comprendre que les éleveurs de bovins cherchent à profiter des options les plus économiques en tenant compte du facteur temps, de la main-d’œuvre et du transport.

« Renseignez-vous sur la valeur des aliments pour animaux, dit Mme Russell, et mettez vos ententes par écrit afin d’éviter les malentendus. »

Outre les conditions économiques, le côté pratique entre aussi en ligne de compte. Un céréaliculteur peut craindre que les balles de foin ne soient pas retirées de son champ à temps ou que des bovins s’échappent dans une cour de ferme, d’où l’importance de maintenir le dialogue et de conclure des ententes.

Demandez conseil

Lorsque les prix du fourrage sont élevés, il arrive que la valeur économique d’une céréale cultivée à des fins fourragères dépasse la valeur céréalière. Il faut savoir déterminer la valeur de l’utilisation de rechange. Il peut être difficile d’estimer avec précision le rendement et la valeur d’une céréale par rapport au nombre de tonnes qu’une culture fourragère va générer. Pour ce faire, n’hésitez pas à solliciter de l’aide, notamment de la part de spécialistes du fourrage des secteurs public et privé.

Le calcul doit aussi tenir compte des économies de coûts que réalisera le céréaliculteur du fait qu’il n’aura pas à récolter, à transporter et à entreposer le grain.

Si les producteurs doivent faire preuve de créativité au cours des années où il y a pénurie d’aliments pour animaux, il existe aussi des possibilités de collaboration avantageuse pour les éleveurs de bovins et les céréaliculteurs au cours des années où les précipitations et les aliments pour animaux sont abondants.

D’après un article de l’AgriSuccès (janvier 2019) par Kevin Hursh.