Ça refoule!

Les couleurs dans les arbres sont disparues, le temps est gris, il fait noir le matin quand on se rend au boulot et il fait encore noir quand on en ressort. C’est facile de tomber dans la déprime et on pourrait croire que les fantômes de l’Halloween hantent encore la bourse de Chicago. Le conflit politique et économique entre les deux premières économies mondiales a pesé fortement sur les prix. La situation est très éloquente dans le cas des fèves soya. Explorons.

L’exportation en panne

Pour une quatrième semaine de suite, les exportations américaines de soya sont médiocres. Habituellement, à cette période de l’année, les Américains exportent massivement la fève. En fait, c’est une denrée très saisonnière. À l’automne, les États-Unis contrôlent l’exportation pour six mois, ensuite c’est le tour de l’Amérique du Sud, lorsqu’ils récoltent leur production au printemps. Un véritable tandem. En ce moment, non seulement les stocks ne sortent pas, mais le carnet de commandes presque vide donne lieu de s’inquiéter pour l’avenir. Dans son rapport offre-demande d’octobre, l’USDA prévoit une diminution d’à peine 3 % de l’exportation par rapport à l’an dernier, soit de 2,129 milliards à 2,060 milliards de boisseaux. Le hic c’est qu’à l’heure actuelle, le carnet de commandes est en baisse de 29 %.

Impact sur les stocks

Naturellement toutes les fèves qui ne sont pas exportées devront rester sur le marché domestique, déjà saturé. Depuis quelques mois, chaque fois que l’USDA réduit le programme d’exportation, les stocks grimpent d’une quantité presque équivalente. La dernière projection concernant les stocks en fin de campagne pour le soya américain est époustouflante! Les stocks ont pratiquement doublé par rapport à l’an passé et atteignent un niveau record. De 438 millions de boisseaux, la dernière projection s’établit maintenant à 885 millions de boisseaux et il est fort possible de voir ce chiffre grimper si l’exportation est (encore) revue à la baisse!

Pas juste une question de Trump

Jeter tout le blâme sur le président américain et le conflit commercial ne suffit pas afin d’expliquer à 100 % les conditions du marché en ce moment. Oui, évidemment, la guerre commerciale n’aide en rien, mais il ne faut pas négliger le fait que les rendements sont phénoménaux cette année. Des rendements records et une récolte massive. Le rendement atteint 53,1 boisseaux à l’acre et c’est une hausse de 8 % par rapport à l’an dernier. Bref, conflit commercial ou pas, les prix auraient peut-être été sous pression cet automne, simplement à cause de la taille de la récolte.

En conclusion

Une récolte record de fèves de soya aux États-Unis et un conflit commercial qui fait fuir l’acheteur numéro un ont contribué à créer des stocks jamais vus aux États-Unis. Plusieurs attendent de voir si le conflit va se résoudre, mais cela ne règle pas tous les défis au niveau du bilan offre-demande pour les fèves. Le premier impact sera l’augmentation de la part de marché brésilienne sur le plan mondial, tandis que les États-Unis prévoient déjà réduire significativement les superficies d’ensemencement au printemps prochain.

Prochaine étape à surveiller dans la saga du prix du soya : la récolte brésilienne.

Simon Briere est un stratège de marché qui travaille avec RJO Canada, une filiale de R.J. O’Brien & Associates, LLC (RJO) de Chicago, spécialisée dans les contrats à terme et les options. RJO est le plus ancien et le plus important cabinet indépendant de courtage aux États-Unis.

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