Le juste équilibre entre les œufs et la vie

À partir de la gauche : Kara, Aaron, Gailand et Carol Law

À la faveur d’une série fortuite de choix de vie et d’importants changements aux activités de la ferme, une exploitation familiale de production d’œufs de consommation du Nouveau‑Brunswick est solidement établie et prête à passer aux mains de la prochaine génération. Mais il n’a pas toujours été évident que les choses se dérouleraient de cette façon.

La ferme Law’s Horizon Egg Farm, exploitée par Gailand et Carol Law ainsi que leur fils Aaron et leur belle-fille Kara, est située à Kars, à environ 70 kilomètres au nord de Saint John.

Conciliation travail-famille : un défi pour les propriétaires-exploitants

Les parents de Gailand se sont établis dans cette région dans les années 1940 et y ont fondé une exploitation agricole mixte. Au fil des ans, ils se sont spécialisés dans la production, le classement et la commercialisation des œufs. Plus tard, ils ont ajouté un couvoir enregistré.

Le frère aîné de Gailand, Bruce, a choisi de quitter la ferme, mais Gailand est resté prêter main‑forte à son père après avoir obtenu son diplôme. Bruce est revenu travailler à la ferme pendant une vingtaine d’années avant de prendre sa retraite. Gailand et Carol lui ont racheté sa participation en 1996.

À cette époque, les Law ont décidé de cesser d’exploiter le couvoir. Étant donné les conditions du marché et les investissements nécessaires pour améliorer les installations, la décision de mettre fin aux activités du couvoir s’imposait, explique Gailand. La famille a décidé de se concentrer sur la production, le classement et la commercialisation des œufs, ainsi que sur l’élevage de poulettes et la fabrication d’aliments à la ferme.

Au fil des ans, les détaillants ont resserré leurs exigences en matière de certification par les programmes nationaux de salubrité des aliments et les programmes déjà en place. La nécessité imminente d’investir dans de nouveaux équipements pour se conformer à la réglementation, conjuguée au désir de diminuer leur charge de travail, a convaincu Gailand et Carol de fermer le poste de classement en 2005.

Parallèlement, Aaron et son frère ont grandi à la ferme et sont partis étudier l’ingénierie; chacun se destinait à travailler dans cette industrie. Toutefois, par un concours de circonstances, Aaron est revenu à la maison.

« L’occasion s’est présentée à l’époque parce que mon père et ma mère envisageaient de prendre leur retraite et de vendre la ferme en dehors du cercle familial, relate Aaron. Mon retour à la ferme n’était pas prémédité. J’ai simplement saisi une occasion qui s’est offerte alors que j’étais en transition sur le plan professionnel. »

Aaron prévoyait de travailler avec ses parents pendant environ un an, mais en fin de compte, ils ont travaillé ensemble pendant trois ans. « Je n’arrivais pas à me décider : avais-je envie ou non d’acheter l’entreprise et de poursuivre dans cette voie? »

Désir de voler de ses propres ailes

Aaron ne cache pas qu’il a hésité à se consacrer à la ferme. « J’avais vu mes parents travailler d’arrache-pied lorsqu’ils avaient l’entreprise de classement et de production, et je ne voulais pas nécessairement travailler comme eux pendant les 20 ou 30 prochaines années. Je craignais de ne plus avoir de liberté, avoue-t-il. J’adore l’agriculture, mais j’aime aussi une foule d’autres choses. »

Une série de décisions opportunes à la ferme a aidé Aaron à faire un choix et à s’assurer qu’il aurait le temps de mener une vie en dehors de la ferme. Les Law ont démantelé leurs deux poulaillers vieillissants et en ont bâti un nouveau doté d’un système de surveillance informatisée.

Ils ont aussi trouvé un moyen de renouer avec le classement des œufs sans accroître leur charge de travail en s’associant avec l’entreprise Maritime Pride Eggs, un poste de classement des œufs appartenant à des producteurs, qui dessert le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle‑Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard. Situé à Amherst, en Nouvelle-Écosse, ce poste de classement des œufs est le plus grand à l’est de Québec, selon Aaron. Les 230 000 œufs produits chaque semaine par les 34 000 poules de la famille Law y sont acheminés pour être classés, vendus et distribués à des détaillants allant des grandes chaînes de supermarchés aux petites épiceries du coin, partout dans les Maritimes.

Ces changements ont permis à Aaron de jouir de la liberté dont il rêvait.

Naissance d’une passion pour la sensibilisation

En 2016, Aaron a passé un mois au Swaziland avec les Producteurs d’œufs du Canada, partenaires du Projet Canaan de l’organisme Heart for Africa. Ce vaste projet de développement de 2 500 acres permet de produire une abondance de produits alimentaires, dont des œufs, pour stimuler l’économie locale. Il vient aussi en aide aux orphelins et aux enfants vulnérables.

Dans le poulailler à pondeuses avant l’arrivée du premier troupeau, Aaron a participé à la formation des travailleurs inexpérimentés, leur expliquant les rouages de l’exploitation avicole selon la méthode canadienne, des soins au poulailler à la tenue de registres en passant par la manipulation des poules.

Fort de cette expérience enrichissante, Aaron se sent revigoré depuis son retour, et il a pris pleinement conscience de « l’abondance à laquelle nous, les Canadiens, avons accès ».

Cette expérience a aussi attisé son désir de sensibiliser les gens. Animé par cette passion, il se fait maintenant ambassadeur de l’agriculture et s’emploie à instruire les gens qui ne font pas partie de l’industrie sur le travail des agriculteurs. Aaron utilise activement les médias sociaux et participe aussi à des conférences. Et, à l’instar de son père, il préconise d’accueillir des visiteurs à la ferme. Tandis qu’Aaron a une approche de la sensibilisation axée sur la technologie, Gailand privilégie les conversations en personne.

Il arrive souvent que des voisins ou amis avouent ignorer ce qui se fait dans un poulailler. Lorsque cela se produit, il s’empresse d’inviter les curieux à faire une visite. « Il y a des gens qui n’ont pas la moindre idée de ce que nous faisons, et lorsqu’on commence à leur parler de notre travail, ils sont tout à fait surpris », affirme Gailand.

Les choix de vie et les choix professionnels importants se présentent parfois sans prévenir, mais dans le cas de la famille Law, tous les éléments étaient réunis au bon moment pour ouvrir la voie à un avenir prometteur.

D’après un article de l’AgriSuccès (juin 2018) d’Allison Finnamore.


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