Un plan d’affaires modifié entraîne un franc succès

Aperçu

  • South Ridge Maple Co. Ltd. pourrait bien être le plus gros producteur de sirop d’érable au monde, avec une production de 900 000 livres de sirop en 2017
  • Après une tempête post-tropicale, les Hargrove ont réussi à transformer une véritable catastrophe en un réel succès
  • L’entreprise South Ridge Maple Co. s’est inspirée des industries du lait et du gaz naturel pour mettre en place un système de canalisations de collecte d’eau d’érable à la fine pointe

Seulement deux ans après avoir démarré l’entreprise South Ridge Maple, Zak et Karen Hargrove croient bien qu’ils pourraient être les plus gros producteurs au monde de l’emblématique sirop sucré canadien.

Lors de la récolte 2017, leur entreprise a produit 900 000 livres de sirop d’érable conjointement avec Canadian Organic Maple (en anglais seulement), ce qui équivaut à environ 900 000 canettes de boisson gazeuse.

Les Hargrove vivent à Florenceville-Bristol, où se trouve le siège social mondial des Aliments McCain, non loin de la frontière entre le Maine et le Nouveau-Brunswick. Située au cœur du pays de la pomme de terre, cette région rurale est couverte d’épaisses forêts inexploitées. Celles-ci s’étendent sur plus de 15 millions des 18 millions d’acres de la province, dont environ la moitié est la propriété de la Couronne.

Dérapage du plan d’affaires

Le plan d’affaires initial du couple prévoyait l’acquisition de Canadian Organic Maple, l’entreprise acéricole des parents de Zak, Gus et Sandra. Ceux-ci avaient démarré l’érablière en 1999 et maintenu une croissance appréciable. Zak et Karen avaient préparé un contrat d’achat et amorcé le processus de relève lorsqu’à peine quelques semaines plus tard, la tempête post-tropicale Arthur a déferlé sur les Maritimes.

L’endroit où est située l’entreprise Canadian Organic Maple, Divide, a été balayé par des vents en rafales, des mini-tornades et de fortes pluies; cocktail météo qui s’est soldé par le déracinement d’arbres dans toutes les directions. Au total, Canadian Organic Maple a perdu environ 38 000 de ses 140 000 entailles et les dégâts étaient si importants que les deux générations de Hargrove ont réévalué leurs plans d’affaires.

Après de longues discussions, la famille a décidé de reporter l’achat de l’entreprise et de reconstruire l’exploitation, constatant qu’ils devaient unir leurs efforts ainsi que ceux de tous leurs ouvriers et avoir recours à la plus grande partie de leurs ressources pour tout remettre en état. Ensemble, ils ont dégagé des arbres renversés, réparé des canalisations, assuré la gestion de la paie et des stocks, et ce, tout en maintenant les relations avec les clients.

Cette expérience a créé des débouchés, et l’engagement de Zak et de Karen envers l’industrie s’en est trouvé renforcé. En 2015, ils ont réussi, dans le cadre d’un processus d’adjudication, à décrocher une parcelle de terre publique à des fins de production acéricole, et c’est ainsi qu’est née South Ridge Maple. Les leçons tirées de leur expérience à Canadian Organic Maple ont immédiatement été mises en application par le couple pour leur propre exploitation.

« Nous avons décidé de combiner les éléments qui fonctionnaient et de créer une entreprise acéricole à rendement élevé », explique Zak. Sa conjointe et lui ont aussi étendu leurs recherches à d’autres secteurs, désireux d’en apprendre le plus possible sur les installations de traitement des liquides.

« En plus des aspects propres à la qualité alimentaire nous nous sommes renseignés sur les conduites de gaz naturel, les systèmes d’irrigation […], les méthodes de nettoyage des canalisations, la pression d’air et la taille des réservoirs, explique Zak. Le plus gros réservoir dont nous disposions pour la sève avait une capacité de 25 000 gallons, alors nous nous sommes mis à la recherche de plus gros réservoirs. »

Ces recherches ont conduit le couple vers des exploitations laitières, où Zak et Karen en ont appris sur les processus de nettoyage, qu’ils ont mis en œuvre dans leur exploitation, ainsi que sur les systèmes à vide, qu’ils utilisent pour accroître l’extraction de sève durant la période de production. « Nous avons glané des informations pour les examiner attentivement », résume le jeune homme.

Quand production rime avec innovation

Comme la plupart des cultures agricoles sont disposées en rangs soigneusement ordonnés, Zak et Karen ont reproduit ce système dans la forêt. Lorsqu’ils ont installé les tubes de collecte de sève entre les arbres de Canadian Organic Maple et de South Ridge Maple, ils les ont disposés en rangs pour faciliter l’accès aux arbres. Et, tout comme les conduites de gaz naturel, les canalisations principales de collecte d’eau d’érable sont enfouies, ce qui présente plusieurs avantages.

Tout d’abord, réduire le nombre de canalisations exposées diminue le risque de dommages en cas de tempête. Ensuite, pour parer à l’éventualité d’une accumulation de bactéries (scénario qui met fin à la période de production pour la plupart des acériculteurs), l’enfouissement des canalisations à South Ridge Maple freinerait considérablement la croissance de bactéries grâce au refroidissement naturel, prolongeant ainsi la production.

Les Hargrove n’ont pas cessé de multiplier les innovations. Les canalisations installées dans l’érablière, totalisant 3 000 kilomètres, sont cartographiées par GPS, détaillées et catégorisées. De plus, des postes de contrôle informatisés conçus par le frère de Zak, Levi, qui est ingénieur biomédical, fournissent des données en temps réel à un gestionnaire au centre de transformation qui surveille la pression à vide, les températures et le niveau des réservoirs de collecte de la sève d’érable. En cas de problème, un ouvrier est dépêché sur le terrain pour effectuer les réparations.

Zak estime que l’optimisation des améliorations technologiques est cruciale pour la croissance dans cette industrie hautement imprévisible.

Dans l’avenir, les Hargrove envisagent de continuer à accroître leur production, de finaliser l’achat de Canadian Organic Maple, d’augmenter le nombre d’entailles et de nouer des relations d’affaires avec leurs voisins pour leur acheter de la sève. Zak estime que l’optimisation des améliorations technologiques est cruciale pour la croissance dans cette industrie hautement imprévisible.

« Il y a deux absolus, explique Zak. Il faut absolument que dame nature collabore pour ce qui est des températures, et il faut absolument que les chalumeaux soient installés au bon endroit. Tout le reste n’est que détail, de l’inclinaison des canalisations au contrôle des bactéries. En fin de compte, il s’agit de recueillir la sève de chaque arbre jusqu’à la dernière goutte et de veiller à ce qu’elle devienne du sirop d’érable. » 

D’après un article de l’AgriSuccès (novembre 2017) d’Allison Finnamore