L'avenir appartient à ceux qui sont rapides

Jim carroll

Aperçu

  • La mise au point d'un système phonique de détection des mauvaises herbes représente un pas en avant pour la gestion des cultures
  • Soyez ouvert et prudent avant de considérer l'adoption d'une nouvelle technologie
  • La science évolue de plus en plus vite et elle aura de grandes répercussions sur l'agriculture

Considéré comme l’un des plus importants futurologues de la planète, Jim Carroll possède une vaste clientèle de premier ordre et livre  des discours-programmes partout dans le monde. Il dirige sa propre société de conseil, J.A. Carroll Consulting, depuis 1989.

Quelles innovations entrevoyez-vous dans le domaine de l’équipement agricole au cours des prochaines années?

À l’Université de l’Illinois, on a mis au point une technologie appelée « AgAnt ». Il s’agit d’un prototype de robot automatisé qui est capable d’évaluer et de détecter le stress, les maladies, les mauvaises herbes, l’état du sol et les ravageurs. À l’Université Edith Cowan, on est en train de mettre au point un « système photonique de détection des mauvaises herbes ». Ce système dirige une série d’impulsions laser vers le champ. Ces impulsions sont réfléchies vers un détecteur de lumière qui analyse l’information reçue et indique à un cylindre et à une soupape de pulvérisation à quel endroit effectuer un traitement.

La science est réelle. La science est rapide. La science évolue de plus en plus vite. Et l’agriculture n’est-elle pas aussi une science?

Je trouve qu’il est de plus en plus difficile de demeurer au fait de nombreuses tendances, pour la simple raison qu’elles évoluent très vite. Il y a à peine cinq ans, je prononçais une conférence à Las Vegas au sujet d’une nouvelle idée futuriste et fascinante : l’impression 3D. Puis, un an plus tard, j’étais sur scène devant un groupe de professionnels du secteur dentaire, en train de leur parler du fait que l’impression 3D d’implants dentaires, de couronnes et d’autres implants allait arriver dans l’industrie très rapidement. Cette technique devrait avoir des répercussions sur l’agriculture également. Par exemple, votre concessionnaire d’équipements local pourrait, dans certains cas, être en mesure  d’« imprimer » une pièce de rechange dont vous avez besoin.

Vous avez dit que certaines prédictions incroyablement mauvaises ont été faites dans les dernières décennies. Si nous examinons l’éventail des prévisions actuelles, comment devrions-nous départager les bonnes et les mauvaises?

Difficile de répondre. La prédiction que nous n’enverrions jamais de fusée sur la lune ou le commentaire de Bill Gates indiquant que 640 Ko de mémoire devrait suffire pour tout le monde pourrait bien remporter la palme des mauvaises prédictions. Pourtant, certaines personnes y vont de prédictions encore plus invraisemblables, comme cette idée que nous pourrons bientôt prendre un ascenseur qui nous mènera dans l’espace ou sur la lune. Alors, comment pouvons-nous faire le tri entre ce qui est réaliste et ce qui est fantaisiste? Il s’agit d’être à la fois ouvert et prudent.

Vous dites qu’une indécision perpétuelle freine souvent l’innovation dans les entreprises. Pourquoi tant d’indécision?

Durant le ralentissement économique de 2001-2002, j’ai remarqué que bon nombre de mes clients, tous secteurs confondus, ne semblaient plus savoir quelle direction prendre. Pour tout dire, ils avaient décidé de ne plus prendre de décisions. Et ils semblaient s’en contenter. Lorsque cela se produit, on obtient une économie dans laquelle tout le monde semble piétiner, n’ayant ni la volonté ni la capacité d’aller de l’avant.

Pourquoi évite-t-on de prendre des décisions? En partie à cause de la peur de l’inconnu. Le monde de l’agriculture n’y échappe pas. De nombreux producteurs ont peur de prendre des décisions, parce que le prochain événement imprévu pourrait avoir des conséquences négatives.

Que faire alors? Demeurer indécis ou faire preuve d’audace afin d’assurer un avenir qui ne peut qu’être favorable pour l’agriculture? Je suis dans le deuxième camp.

Premièrement, il faut surveiller les signaux d’alarme : un état d’esprit qui redoute tout type de risque, l’absence de nouveaux produits ou de nouvelles initiatives de commercialisation, ou une entreprise qui s’enlise dans une ornière, les roues tournant dans la boue, personne n’ayant même décidé d’appeler une dépanneuse.

Deuxièmement, il faut comprendre qu’en raison de l’indécision perpétuelle, vous devrez   probablement réagir plus vite que jamais aux pressions externes. Cela s’explique par le fait que les gens ont appris qu’ils peuvent attendre à la toute dernière minute, mais réussir quand même à s’en sortir. Il en résulte un cycle d’affaires qui comporte de longues périodes d’attente frustrante, suivies de périodes foisonnantes d’activité au cours desquelles l’entreprise s’empresse de satisfaire les clients qui exigent une action immédiate.

Troisièmement, il faut être prêt à prendre des décisions audacieuses. Vous voulez mettre cette approche à l’épreuve? Pensez à la grande décision que vous reportez depuis le plus longtemps, et tranchez dans un sens ou dans l’autre. Faites-le tout de suite.

Les changements technologiques ont été rapides au cours des deux dernières décennies. Le rythme des changements va-t-il se ralentir, se stabiliser ou s’accélérer au cours des prochaines années?

Il va certainement s’accélérer, et c’est pourquoi je dis que « l’avenir appartient à ceux qui sont rapides ». De nombreuses raisons expliquent cette accélération. Assurément, le principe de la « réflexion participative » a une incidence énorme. En effet, dans cette ère de l’Internet, nous disposons d’un outil de réflexion collective et de recherche qui transcende toutes les frontières.

La science elle-même évolue de plus en plus vite. Le nouvel esprit mondial génère de nouvelles connaissances à un rythme effréné. Par exemple, nous passerons de 19 millions de substances chimiques connues à 80 millions d’ici 2025, et à 5 milliards d’ici 2100. C’est la découverte d’une simple substance chimique qui a permis à Apple de miniaturiser un disque dur pour créer le premier iPad, ouvrant un nouveau marché de plusieurs milliards de dollars.

Les progrès rapides de la science ont des répercussions profondes sur l’agriculture, parce qu’elle est en grande partie tributaire de la science. Pensons à la biogénomique. Le coût du séquençage des génomes humains, animaux et végétaux décroît au même rythme que l’a fait celui des puces informatiques.

La science est réelle. La science est rapide. La science évolue de plus en plus vite. Et l’agriculture n’est-elle pas aussi une science?

D'après un article de l'AgriSuccès (jullet/août 2016)

À REGARDER : Innovations en matière d'équipements au Farm Progress Show du Canada