300 $ la tonne pour le maïs ou 300 $ la tonne pour le soya?

Aperçu

  • Il est fort possible qu’une mauvaise saison, spécialement aux États-Unis, puisse alors faire rapidement grimper les prix du maïs et du blé
  • De bons rendements combinés à des ensemencements records en soya pourraient en faire fondre le prix, entraînant au passage ceux du maïs et du blé
  • Pour les producteurs de grandes cultures, le contexte commercial de la prochaine année est risqué

Soyons francs, la prochaine année commerciale, celle de 2017-2018, démarre d’un bien mauvais pied. Pour résumer simplement la situation actuelle, les stocks de grains américains et mondiaux sont à des sommets, et à défaut de conditions météorologiques défavorables ce printemps ou cet été, la prochaine année pourrait très bien se révéler abondante également.

Oui, les producteurs ont dans l’ensemble délaissé un peu plus les productions de maïs et de blé au profit de celle du soya. Ceci crée une certaine ambiguïté du côté de l’offre de ces céréales au cours de 2017-2018. Il est fort possible qu’une mauvaise saison, spécialement aux États-Unis, puisse alors faire rapidement grimper les prix du maïs et du blé. Par contre, pour le moment, les prévisions météorologiques à moyen terme (un mois) et à long terme (trois mois) proposent surtout un printemps chaud avec des précipitations dans les normales saisonnières.

Les prévisions météorologiques à moyen et à long terme proposent surtout un printemps chaud avec des précipitations dans les normales saisonnières

S’il y a un élément à surveiller du point de vue de la météo, ce sont les températures qui devraient rester anormalement chaudes pour les prochains mois dans pratiquement l’ensemble du Midwest et des Plaines américaines. Ainsi, le moindre manque de précipitations au cours de cette période « pourrait » assécher les cultures, et soulever certaines inquiétudes sur les perspectives de rendement à l’automne.

Avec les importantes précipitations reçues de la fin mars jusqu’au début avril, les réserves d’eau dans les sols devraient être suffisantes pour assurer un bon départ à la croissance des cultures jusqu’en juin, si ce n’est en juillet, malgré certains retards dans le début des ensemencements américains.

Bien que les prévisions météorologiques à moyen et à long terme soient à prendre avec réserve, tout indique que la prochaine saison pourrait proposer encore de bons rendements à l’automne. Ceci ne manquerait pas alors d’écraser à nouveau les prix des grains pour une autre année. Rien de bien réjouissant.

Côté perspective des prix à l’horizon, la situation a de quoi en rendre plus d’un perplexe. D’un côté, moins de maïs et de blé avec de mauvais rendements pourraient en faire bondir les prix. Il serait surprenant de voir le prix du maïs atteindre 300 $ la tonne, mais on ne s’étonnerait pas alors qu’il passe à 225 $, et peut-être même à 250 $ la tonne. À l’opposé, de bons rendements combinés à des ensemencements records en soya pourraient en faire fondre le prix, entraînant au passage ceux du maïs et du blé. Il serait aussi étonnant que le prix du soya s’enfonce à 300 $ la tonne. Par contre, un retour dans une fourchette de 350 à 400 $ la tonne reste bien possible.

Pour les producteurs de grandes cultures, le contexte commercial de la prochaine année est risqué. Et qui dit risque, et surtout bonne gestion du risque, suggère aussi qu’on le ventile à défaut de pouvoir prévoir la météo et la prochaine direction des prix. Réaliser des ventes dans les prochaines semaines si les prix bondissent en raison d’inquiétudes d’ordre météorologique serait certainement une bonne approche commerciale. 

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le rejoindre : jpboucher@grainwiz.com.