L’importance du secteur de la transformation alimentaire au Canada

La balance commerciale actuelle du secteur de la transformation alimentaire, dans le rouge de 6,5 milliards de dollars, indique que l’environnement a changé. En comparaison, en 2004, le déficit commercial atteignait à peine 1 milliard de dollars.

Ce nouveau contexte est-il précurseur de périodes plus difficiles?

Des recherches récentes, présentées fin janvier à Ottawa lors de la Conférence sur les politiques agricoles canadiennes, signalaient qu’il y avait beaucoup de pain sur la planche afin d’assurer la pérennité de l’industrie de la transformation, et qu’en cours de route, on pouvait s’inspirer d’expériences fructueuses.

David Sparling, de l’Ivey Business School, a souligné, entre autres changements dans le secteur, les pressions qui s’exercent de toutes parts. La fermeture des usines de Heinz et de Kellogg est d’ailleurs symptomatique des défis auxquels fait face le secteur.

Les recherches de David Sparling répondaient à la question suivante : le portrait du secteur que les fermetures d’usines évoquent est-il juste? Comment se porte le secteur en général?

  • Contrairement aux revenus des autres fabricants canadiens, les revenus du secteur canadien de la transformation alimentaire augmentent toujours de manière progressive. Des disparités régionales existent, mais globalement, les revenus et l’emploi sont à la hausse.
  • La transformation alimentaire est le plus grand employeur du secteur secondaire au Canada.
  • La rentabilité du secteur s’améliore progressivement.

Le secteur agroalimentaire canadien a connu des difficultés en 2007, mais s’améliore depuis. Une petite minorité de transformateurs (16 %) fournit 83 % de la production totale du secteur. Les études de Sparling montrent que les usines qui ferment sont vieilles, petites et peu productives et qu’elles appartiennent à des multinationales en cours de restructuration qui cherchent à être plus concurrentielles. Les activités ne sont pas nécessairement délocalisées, mais plutôt relocalisées ailleurs au Canada afin de créer de l’efficience.

De nos jours, les transformateurs alimentaires canadiens livrent concurrence à l’ensemble de la planète. La demande intérieure croissante, découlant d’une population de plus en plus diversifiée sur le plan ethnique, ainsi que la demande mondiale, soutenue par l’augmentation de la population et de la richesse, créent de nouveaux marchés. Les présentations au cours de la conférence ont montré que la capacité du secteur canadien à faire concurrence sur ces marchés dépendait des efforts continus visant la réduction des coûts unitaires, la réorganisation des activités et le développement de nouveaux produits et processus.

Les pressions sur le secteur se sont accrues, mais les réussites existent aussi. Brynn Winegard, du Schulich Executive Education Centre, a avancé que les transformateurs n’ont pas à attendre de modifications réglementaires qui changeraient le contexte, ni même à compter sur ces modifications. La concurrence des exportations canadiennes dépend de la communication entre dirigeants, de la différenciation et de la qualité des liens entre entreprises.

Bob Seguin, du George Morris Centre, a affirmé que davantage de bonnes études étaient nécessaires afin de soutenir l’élaboration d’un modèle pour l’industrie de la transformation alimentaire. Il a aussi mis l’accent sur le besoin d’innover, de changer et de s’adapter. Les recherches en cours menées à l’Institut canadien des politiques agroalimentaires (ICPA) sont un pas dans la bonne direction.

Le voyage s’annonce peut-être difficile sur la voie du succès, mais il n’est pas irréalisable.  

Martha Roberts, Spécialiste en recherche économique