Qu’est-ce qui explique le vaste potentiel inexploité de l’Inde?

Chacun sait que la Chine est maintenant un moteur important des marchés agricoles. Mais vous ignorez peut-être que l’Inde a déjà été proclamée puissance d’importance égale sur les marchés agroalimentaires. Entre 2000 et 2010, le produit intérieur brut de l’Inde a progressé à un rythme annuel de près de 8 %, mais cette croissance a diminué à 5 % entre 2010 et 2013.

Que s’est-il passé? Et qu’adviendra-t-il de l’influence de l’Inde sur les marchés agroalimentaires?

Les Perspectives agricoles 2014-2023 de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), que nous avons examinées dans le dernier Regard économique FAC, indiquent que la crise financière de 2008 a frappé durement les économies des grands pays, y compris l’Inde. Toutefois, contrairement à d’autres pays émergents, l’Inde s’est embourbée dans l’inertie. À l’exception possible de l’agriculture, la plupart des secteurs de l’économie ont battu de l’aile.

L’Inde maintient une balance commerciale positive sur le plan des produits agricoles et alimentaires grâce aux rendements accrus des cultures et à une intensité culturale qui a stimulé la croissance de la production agricole nationale. En outre, la population a encore une alimentation principalement végétarienne et le taux d’urbanisation n’est pas aussi rapide dans les autres marchés émergents.

L’influence future de l’Inde sur les marchés alimentaires internationaux dépendra de sa croissance économique globale.

Chose certaine, l’important ralentissement économique fait douter d’un retour aux taux de croissance précédents. L’inflation qui demeure élevée, conjuguée à une faible productivité, rend l’Inde non concurrentielle dans l’économie mondiale.

La part du revenu consacrée à l’alimentation ne cesse de diminuer parce que les consommateurs dépensent plus pour combler des besoins non alimentaires. L’évolution du régime alimentaire indien déterminera l’ampleur des répercussions de l’Inde sur les marchés internationaux des produits de base. Les céréales continuent de représenter plus de 50 % de l’apport protéique, pourcentage qui est sensiblement le même en milieu rural et en milieu urbain.

Les exportations de blé et de céréales secondaires varient d’une année à l’autre, selon les conditions météorologiques. Les exportations de tourteau de protéines sont à la hausse; l’Inde est aujourd’hui le deuxième exportateur de viande de bovins au monde, grâce à ses exportations de viande de buffle.

L’Inde continue d’occuper la première position pour ce qui est de la production et de la consommation de légumineuses, et la consommation devrait excéder la production. Parallèlement, l’Inde devrait demeurer le principal importateur d’huiles comestibles et de légumineuses au monde, ce qui représente des débouchés appréciables pour les entreprises canadiennes.

Des négociations sont en cours au sujet d’un accord de partenariat économique global avec l’Inde, mais elles avancent lentement. Même si la conclusion de l’entente n’est sans doute pas pour demain, un accord économique de cette nature pourrait créer d’autres possibilités d’accroître le flux des échanges commerciaux entre le Canada et l’Inde.

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef à FAC