Qu’est-ce qui influence le nombre de fermes canadiennes en 2016?

Les données du Recensement de l’agriculture seront publiées le 10 mai 2017, y compris les données les plus récentes sur le nombre de fermes. Ces chiffres indiqueront si le rythme de variation du nombre de fermes canadiennes a ralenti ou augmenté.

Entre 1996 et 2011, le nombre de fermes a chuté d’environ 10 % à l’échelle nationale à chaque période quinquennale de recensement. Mais ce taux global de déclin occulte certains détails importants.

Entre 2006 et 2011, le nombre de fermes a diminué dans toutes les catégories de taille à l’échelle nationale, sauf dans le cas des plus grandes fermes (> 3 520 acres), qui ont connu une croissance de 10,1 %. De leur côté, les petites fermes (< 10 acres) n’ont diminué que de 1,3 %. Dans certaines provinces, le nombre de fermes très petites ou très grandes a augmenté. Dans le présent billet, je traite de certains des facteurs qui ont clairement influé sur le rythme de variation du nombre de fermes canadiennes, dont la fusion de nombreuses fermes afin de tirer profit des économies d’échelle, et l’émergence de fermes plus petites qui répondent à la demande des consommateurs pour des produits spéciaux ou pour des fruits et légumes frais. 

La concurrence et les économies d’échelle accélèrent le rythme des fusions

Le déclin historique du nombre de fermes illustre le recours aux économies d’échelle et les pressions concurrentielles qui s’exercent dans le secteur agricole. Entre 2006 et 2011, les fermes de taille moyenne du Canada (de 560 à 2 240 acres) ont connu le déclin le plus marqué en ce qui a trait à leur nombre.

Les économies d’échelle sont définies comme la capacité d’abaisser le coût de production moyen en augmentant la production. Par exemple, une ferme peut étaler des coûts fixes sur un nombre accru d’unités de production, ce qui génère d’importantes économies. Une ferme peut également être plus efficiente lorsqu’elle prend de l’expansion. Les économies d’échelle ne se rapportent donc pas simplement aux coûts fixes. Ce point est important dans les secteurs où les marges sont étroites.

Deux facteurs sont à l’origine de la fusion de fermes :

  • Les pressions concurrentielles croissantes pour obtenir un plus grand nombre d’acres. Les gains de production et les coûts plus faibles qui en résultent, lesquels sont en partie attribuables à la taille, sont à même de générer de la valeur au sein d’une exploitation. Cette vérité s’applique notamment aux exploitations de céréales et d’oléagineux qui produisent une marchandise normalisée.
  • Les avancées technologiques dans l’équipement. Un équipement plus gros et plus efficace couvre plus d’acres. En général, l’adoption d’une nouvelle technologie diminue les coûts de production par acre, en particulier (mais pas seulement) lorsque le nombre d’acres augmente également. 

L’agriculture à valeur ajoutée aide à accroître le nombre de petites fermes canadiennes

Les préférences alimentaires de plus en plus raffinées des résidents des régions urbaines ont créé une occasion pour certaines fermes de se concentrer sur la fourniture de produits à valeur ajoutée à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. 

Les préférences alimentaires évoluent pour de nombreuses raisons, y compris les changements démographiques (une population canadienne vieillissante, l’immigration, etc.), le désir de connaître la provenance de la nourriture, un accent sur la santé et le mieux-être, et un besoin de commodité. Des préférences alimentaires plus nombreuses et variées permettent aux exploitations de plus petite taille de réaliser des profits en visant des marchés à créneaux.

Dans les chaînes d’approvisionnement spécialisées, l’objectif est de répondre aux besoins uniques des acheteurs, tout en s’efforçant de maîtriser les coûts de production. Mais dans ces cas-là, l’échelle de production qui sous-tend les décisions d’affaires des très grandes fermes n’est pas le principal moteur de la capacité à offrir les aliments recherchés par ces consommateurs.

Il y a eu une tendance à la hausse du nombre de petites fermes (de moins de 10 acres) entre 2006 et 2011. Cette tendance a été observée dans plusieurs provinces, dont la Colombie-Britannique et le Québec. En Colombie-Britannique, les quelque 12 000 fermes de moins de 10 acres qui existaient en 2006 sont passées à presque 13 000 en 2011.

Par ailleurs, en Nouvelle-Écosse, le nombre total de fermes a augmenté, passant de 3 795 à 3 905, et le nombre de fermes de moins de 10 acres a connu une hausse de 27,3 %. Le nombre de fermes de 10 à 129 acres était plus élevé en Nouvelle-Écosse en 2011 qu’en 2006. 

Qu’attendons-nous du recensement de 2016?

Les économies d’échelle contribuent à expliquer la tendance à la fusion des fermes canadiennes, une tendance qui a engendré une baisse du nombre de fermes de taille moyenne et une hausse du nombre de très grandes fermes. Nous nous attendons à ce que le Recensement de l’agriculture de 2016 montre que cette tendance s’est poursuivie, possiblement au même rythme qu’au cours des 20 dernières années. Les fermes de 1 100 à 2 500 acres risquent d’afficher le plus gros déclin, puisque les pressions concurrentielles et les changements technologiques les forcent à s’agrandir ou à fusionner avec d’autres exploitations. 

Le développement de différentes préférences alimentaires et la proximité de plus grandes populations ayant des intérêts alimentaires plus diversifiés ont également façonné le paysage agricole canadien. Ces facteurs ont donné lieu à la multiplication des petites fermes spécialisées. Cependant, le besoin de réaliser des économies d’échelle s’appliquera ici aussi, quoique dans une moindre mesure. Le recensement de 2016 pourrait montrer un déclin plus important du nombre de fermes de plus petite taille (celles de moins de 10 acres) et possiblement une augmentation du nombre de fermes de 10 à 69 acres. Les très petites fermes seront en mesure d’accroître leur superficie en raison de l’évolution continue du marché.