Bilans et états des résultats : perspectives pour 2018

Les taux d’intérêt quittent lentement leurs creux historiques et l’équipe de l’Économie agricole de FAC veut vous aider à fortifier la santé financière de votre exploitation agricole. Tout au long du mois de mars, nous publierons des billets pour vous aider à situer les données financières de votre exploitation agricole pour 2018 dans un contexte plus large. Nous vous expliquerons également à quoi les principaux outils financiers peuvent vous servir. Consultez notre blogue chaque semaine pour suivre l’évolution de l’agriculture canadienne et apprendre comment garder une longueur d’avance.

Voyons maintenant la différence entre l’état des résultats et le bilan des exploitations agricoles canadiennes et ce que nous réserve 2018.

L’économie agricole du Canada a repris un nouvel essor en 2017 : qu’en est-il de l’état des résultats des exploitations agricoles?

Nous estimons à 62,3 milliards de dollars canadiens le total des recettes agricoles monétaires canadiennes en 2017. Cela représente une hausse de 3,3 %, et ce, en dépit d’une baisse d’approximativement 1 % sur douze mois du prix moyen des produits agricoles de base. Toutefois, bien que l’on estime que les dépenses d’exploitation ont également grimpé au cours de la même période, nous estimons que le revenu monétaire net du secteur pour 2017 (revenus – moins dépenses d’exploitation) s’élève à 16,3 milliards de dollars canadiens, soit un solide 6 % de plus que la rentabilité record enregistrée en 2016.

Si l’on se tourne vers l’avenir, les revenus agricoles canadiens devraient être généralement stables en 2018, augmentant de 0,5 % par rapport au niveau estimé en 2017. La stabilité des revenus agricoles, combinée à de faibles hausses des dépenses, produira en 2018 un résultat net qui, selon nos prévisions, sera à peu près égal à celui de la moyenne enregistrée en 2016‑2017, soit 15,8 milliards de dollars.

Ce que cela signifie pour vous

Les revenus de 2018 seront principalement attribuables à la force soutenue de la demande mondiale d’exportations canadiennes et à la faiblesse du dollar canadien, qui devrait demeurer sous la barre des 0,80 cents américains.

La rentabilité sera toutefois soumise à des pressions. Les dépenses d’exploitation totales devraient augmenter de 2 % pour s’établir à 46,7 milliards de dollars canadiens en 2018. Il est toutefois peu probable qu’elles augmentent rapidement. Les cours du pétrole devraient osciller autour de 60 dollars américains le baril et les prix des principaux engrais ne devraient pas augmenter de manière importante.

De plus, l’offre mondiale de produits agricoles risque d’augmenter plus rapidement que la demande de nombreux produits de base du Canada. Sachant cela, vous serez toutefois en mesure d’anticiper les changements qui risquent d’influencer votre état des résultats et de déterminer les gains d’efficience nécessaires pour faire face à la stabilisation des revenus prévue en 2018.

La valeur globale des actifs et l’endettement devraient augmenter en 2018

La terre est habituellement l’actif agricole le plus important.

Notre analyse laisse entendre que la valeur des terres et des bâtiments agricoles s’est appréciée en 2017, peut-être jusqu’à concurrence de 5 à 6 %. Nous prévoyons que les terres agricoles canadiennes augmenteront en moyenne de 2 à 3 % en 2018, parallèlement aux gains annuels moyens de productivité dans les secteurs des cultures et de l’élevage. Ceci permettra à la valeur des terres agricoles canadiennes de poursuivre sa tendance à la hausse, mais à un rythme moins soutenu que dans les années précédentes.

Ces projections demeurent toutefois incertaines jusqu’au 23 avril, moment où FAC publiera les données réelles sur l’évolution de la valeur moyenne des terres agricoles. Une certaine ambiguïté entoure notre projection en raison du délai entre le moment où la Banque du Canada modifie les taux et le moment où ces changements sont pleinement reflétés dans l’économie. Même si la Banque du Canada a haussé les taux d’intérêt à deux reprises en 2017, ces hausses ont eu lieu dans la deuxième moitié de l’année. Ces hausses n’ont donc peut-être pas eu comme effet de limiter l’achat de terres durant cette période. Les choses pourraient être différentes en 2018.

La progression anticipée de la valeur des actifs agricoles en 2017 et en 2018 explique pourquoi, dans son rapport de décembre 2017, FAC a augmenté légèrement ses projections de la dette agricole pour les deux années. Les données qui seront bientôt connues devraient confirmer que l’encours de la dette agricole a augmenté d’au moins 6 % en 2017, et devrait augmenter encore de 4 à 5 % en 2018. Ce ralentissement du taux de croissance s’explique par une hausse des coûts d’emprunt. 

La dette a probablement augmenté plus rapidement que la valeur des actifs en 2017, ce qu’on devrait aussi constater en 2018. Toutefois, la valeur nette (les capitaux propres, c.-à-d. l’actif moins le passif) de l’ensemble de l’industrie agricole canadienne devrait continuer d’augmenter. C’est habituellement une bonne nouvelle parce qu’elle témoigne de la résilience et de l’optimisme de l’industrie. Les capitaux propres du secteur agricole canadien ont poursuivi leur croissance en dépit du fléchissement des prix des produits de base, grâce notamment à l’effet modérateur du huard sur les revenus globaux.

J’ajouterais cependant un bémol : la baisse du revenu net total prévue dans l’industrie agricole canadienne en 2018, doublée de la croissance des capitaux propres pour l’ensemble de l’industrie, laisse entrevoir un recul du taux de rendement des capitaux propres en 2018. La hausse des taux d’intérêt et la baisse des recettes peuvent affecter le taux de croissance des capitaux propres, en particulier pour les fermes qui sont lourdement endettées.

Aidez votre exploitation à demeurer rentable dans le contexte actuel de stabilité des revenus agricoles et de hausse d’intérêt. Continuez à nous lire au cours des prochaines semaines, nous analyserons la performance financière de l’agriculture canadienne. 

Savez-vous comment utiliser les états financiers pour mieux gérer votre exploitation? Un bon point de départ serait de discuter avec votre comptable ou avec un directeur des relations d’affaires de FAC.

Jean-Philippe Gervais
Vice-président et économiste agricole en chef

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

@jpgervais