Comment se comporteront les taux d'intérêt aux États-Unis en 2016?

Les changements apportés à la politique fédérale américaine influenceront les emprunts à taux fixe pour un terme déterminé et le taux de change Canada/États-Unis, ce qui aura à son tour des répercussions sur l'agriculture canadienne. Toutefois, les fluctuations qui auront lieu en 2016 sont sujettes à interprétations. La décision de hausser le taux d'intérêt repose sur de nombreux facteurs qui pourraient changer d'ici la fin de 2016. Craig Klemmer et Leigh Anderson se prononcent sur ce qu'ils considèrent comme des fluctuations probables des taux d'intérêt aux États‑Unis en 2016.

Craig Klemmer

Les taux d'intérêt demeureront relativement stables aux États-Unis

La Réserve fédérale américaine (la Fed) maintiendra les taux d'intérêt constants tout au long de 2016 quoiqu'une hausse de 0,25 % soit possible si la croissance économique s'accélère. Investie du double mandat (en anglais seulement) d'assurer « le plein emploi, la stabilité des prix et des taux d'intérêt à long terme modérés », la Fed prend ses décisions en se fondant sur la croissance économique projetée, la vigueur du marché du travail et l'inflation.

Pour trois raisons ... 

1.La santé économique demeure terne

Les estimations du premier trimestre de la croissance du PIB américain (en anglais seulement) ont chuté à 0,8 % par rapport à la croissance au quatrième trimestre de 2015 (1,4 %). La croissance prévue de 2 % en 2016 est plus forte que celle de la plupart des économies développées, mais elle demeure relativement faible. La faiblesse de la croissance économique dans d'autres pays (p. ex., au Canada, en Chine, en Europe et au Japon) contribue à la vigueur du dollar américain. Par conséquent, la croissance aux États‑Unis accuse un ralentissement en 2016, attribuable à une baisse des exportations et à une hausse des importations. Toute hausse des taux de la Fed fera encore augmenter la valeur du dollar américain par rapport à d'autres grandes devises.

2. Le marché du travail va mieux, mais il n'est pas exceptionnel non plus

Dans l'ensemble, le marché du travail aux États-Unis a connu une nette amélioration, passant de plus de 9 % en 2009 et 2010 pour atteindre moins de 5 % en 2016. Malgré cette amélioration, le marché du travail reste amorphe. Les taux de participation à la population active (qui se situent actuellement légèrement en dessous de 63 %) demeurent inférieurs à la moyenne d'avant la récession (66 % entre 2006 et 2008). Une hausse de taux de la Fed aurait un effet dissuasif sur la création d'emplois, les États‑Unis auraient donc plus de mal à améliorer le taux de participation et le marché du travail en général.

3. Inflation

De manière générale, les banques centrales ciblent un taux d'inflation global d'environ 2 %, ce qui correspond à un niveau propice à une économie forte et stable. Puisqu'une augmentation des taux d'intérêt a tendance à freiner l'inflation, une hausse des taux est peu probable. L'inflation se situe actuellement à 1,1 %. Elle a atteint près de 2,0 % depuis octobre 2014.

Dans l'ensemble, le marché ne signale pas la nécessité de relever les taux d'intérêt en 2016.

 

Leigh Anderson

Il y aura au moins une hausse des taux d'intérêt aux États-Unis

En décembre 2015, la Fed a haussé ses taux d'intérêt pour la première fois depuis presque une décennie. Même si la Fed est demeurée initialement prudente en dépit de la reprise économique aux États‑Unis depuis la crise financière, les gains réalisés au chapitre de l'emploi et les indicateurs de l'inflation laissent croire qu'il est bientôt le temps de relever les taux.

Pour trois raisons ...

1. Les États-Unis ont créé 200 000 emplois par mois depuis 2011

Suite à la récente crise financière, l'économie américaine a enregistré des pertes d'emplois pendant presque 25 mois consécutifs, jusqu'en février 2010. Il a fallu attendre jusqu'en mai 2014 pour que l'économie regagne les quelque 8,7 millions d'emplois perdus, avec l'ajout chaque mois d'approximativement 200 000 emplois depuis janvier 2011. La croissance de l'emploi a ralenti, mais une tendance forte pourrait réapparaitre d'ici la fin de 2016.

2. On approche d'une situation de plein emploi

Le taux de chômage est présentement faible aux États‑Unis. Même si la Fed n'a fixé aucun objectif officiel concernant le plein emploi, le taux actuel est proche du taux de chômage normal médian à long terme estimé par le Comité (4,8 %).

Les États-Unis se rapprochent d'une situation de plein emploi grâce à l'ajout de 13 millions d'emplois dans les cinq dernières années. L'ajout d'autres emplois exercera une pression à la hausse sur les salaires, car la concurrence sera plus vive pour trouver des travailleurs. Une pression à la hausse sur les salaires fera grimper les dépenses à la consommation ainsi que l'inflation plus tard en 2016.

3. L'inflation de base est supérieure à la fourchette cible de 2 %

Le taux de l'inflation de base aux États-Unis a été sous la cible de 2 %, mais il augmente actuellement. Le taux de 2016 est supérieur aux niveaux enregistrés en 2015. En fait, les récentes données économiques ont renforcé la confiance de la Fed, alors que l'inflation se situe actuellement à 2,1 % et que l'on s'attend à ce qu'elle demeure au‑dessus de 2 % en 2016.

La croissance de l'économie américaine, qui devrait se poursuivre pour le reste de l'année 2016, est assez solide pour subir une hausse des taux d'intérêt. La surveillance de l'évolution des taux d'intérêt aux États‑Unis vous permet de comprendre les tendances économiques qui ont une incidence directe sur l'agriculture canadienne.