Comprendre les répercussions au Canada de la Loi agricole américaine

La production et la superficie agricoles aux États-Unis ne sont pas près de reculer, et ce, même dans un contexte où les prix des récoltes fléchissent.

Ce phénomène est attribuable à la nouvelle mouture de la Loi agricole américaine ou Farm Bill.

Après de longues discussions parfois acrimonieuses, les membres du Congrès américain sont parvenus à s’entendre sur une loi cette semaine.

Seulement, ils n’ont pas réussi à changer, et encore moins à révoquer, la mesure obligatoire d’étiquetage du pays d’origine (EPO). On s’attend donc à plus de contestation de la mesure devant l’Organisation mondiale du commerce. Et donc, à plus de délais avant l’ouverture des frontières au transit d’animaux vivants entre le Canada et les États-Unis.

De nombreux produits de base agricoles canadiens voient leur prix établi à l’étranger. Ces prix fluctuent fortement en fonction de l’offre et de la demande aux É.-U. Ainsi, une hausse de la production américaine d’une culture en particulier fera chuter les prix du produit, de même que les revenus des producteurs canadiens. Cela a été récemment le cas pour le maïs.

C’est pourquoi il est important de surveiller de près la nouvelle Loi agricole.

Par ailleurs, le contexte économique actuel aux États-Unis nécessite une réduction des dépenses gouvernementales. Les coupes dans les programmes d’aide aux producteurs de produits de base, prévus par la Loi, étaient inévitables. Elles ont pris la forme d’une abolition des versements garantis aux producteurs américains de grandes cultures et engendreront des économies annuelles estimées à 4,5 milliards de dollars.

Cette subvention profitant aux producteurs et propriétaires terriens n’a pas été versée en raison des prix du marché ou de la production réelle. Cependant, si la nouvelle loi supprime les versements garantis, elle étend la protection offerte par les programmes d’assurance agricole et assure aux producteurs qu’ils obtiendront des prix et des revenus supérieurs à des seuils précis. Cette dernière mesure est au fond une assurance-revenu.

La production américaine (en volume ou en type de culture) prendra désormais une réelle importance. En contrepartie de subventions moins généreuses, les producteurs seront maintenant moins exposés à certains risques. Cela pourrait se répercuter sur la production et les prix mondiaux, particulièrement si les prix des produits de base poursuivent leur baisse à des prix inférieurs à ceux des dernières années.

Certains soucis à propos des marges de profit en production laitière sont aussi à la base de réformes. Les politiques antérieures en la matière ne garantissaient aucune protection en cas d’augmentation du coût des aliments pour animaux. Les producteurs laitiers américains peuvent à présent se mettre à l’abri du rétrécissement de leurs marges en payant des primes d’assurance subventionnée.

Si les conditions du marché se détériorent, les États-Unis trouveront la Loi agricole chère, car les versements aux producteurs s’effectueront et pourraient dépasser les économies mentionnées précédemment. À l’inverse, si elles se maintiennent, les répercussions seront minimes des deux côtés de la frontière.

Revenez consulter la Tribune agroéconomique! Dans les prochaines semaines, nous analyserons d’autres aspects de la nouvelle Loi agricole américaine

 - Jean-Philippe Gervais, Economiste agricole en chef