Les économistes américains ne prévoient pas d'augmentation prochaine des prix des produits agricoles

J'ai participé à la conférence annuelle de l'Agricultural and Applied Economics Association (AAEA – en anglais seulement) qui s'est tenue la semaine dernière, à Boston. Les conférences de ce type sont toujours influencées par l'actualité. Pas étonnant, donc, que les temps difficiles que connaît en ce moment l'agriculture aux États‑Unis aient dominé les conversations.

Ce que cela implique pour l'agriculture au Canada, selon moi

        1. Les marges seront plus serrées pour la plupart des secteurs au cours des 12 prochains mois

Maïs : Bien que la demande soit en légère croissance, la possibilité d'une récolte record aux États Unis en plus d'une augmentation de la production mondiale indique que les prix du maïs des États‑Unis seront plus bas qu'en ce moment.

Blé : Une offre abondante de blé signifie que la remontée du prix dépend de la solidité de la demande des exportations. Les opinions sont mitigées quant à la réalisation de cette éventualité.

Soja : Il est difficile de prévoir la production en Amérique du Sud : 1. Des réformes en Argentine à la fin de 2015 pourraient renverser un déclin à long terme des secteurs des cultures céréalières ensemencées aux dépens du soja; 2 : Les producteurs du Brésil font face à des contraintes de liquidité, ce qui pourrait limiter leur possibilité de production. Par conséquent, les stocks pourraient être plus serrés l'an prochain, soutenant ainsi des prix raisonnables. Le soja pourrait représenter la seule exception au resserrement des marges.

Bovins : On note des signes que l'expansion du troupeau des États‑Unis ralentit (p. ex. l'augmentation de l'abattage de génisses en juin). On prévoit une augmentation de 4 % de la production de bœuf aux États‑Unis, ainsi qu'une autre augmentation en 2017.

Porcs : L'avenir immédiat pourrait présenter des difficultés pour les producteurs de porcs des États‑Unis puisque les prévisions indiquent des rendements au seuil de rentabilité ou légèrement inférieur à ce dernier.

Produits laitiers : L'offre continue d'augmenter aux États‑Unis, entraînant une légère augmentation possible du prix du lait en 2017. On prévoit que les prix du lait écrémé en poudre demeureront faibles.

        2. La demande alimentaire mondiale augmente. Mais encore?

Nous connaissons l'histoire : La croissance de la population et l'augmentation des revenus (principalement dans les pays en développement) signifient que la production agricole doit augmenter afin de répondre à la consommation alimentaire croissante.

L'enjeu le plus pertinent pour les producteurs : quelle direction prendront les prix? Pour répondre à cette question, il faut comparer les prévisions du rythme de croissance de la production à celui de la demande. Si la demande augmente plus rapidement, les prix devraient aussi augmenter afin d'attribuer plus de ressources (terres, main&#nbsp;d'œuvre, etc.) à la production agricole.

Une étude présentée à la conférence (en anglais seulement) soutient que l'incertitude par rapport aux prix futurs vient du rythme de l'augmentation de la productivité des cultures. Le scénario le plus vraisemblable est que, malgré les prévisions selon lesquelles les récoltes mondiales vont presque doubler au cours des 50 prochaines années, les prix en 2050 demeureront sensiblement les mêmes qu'aujourd’hui (après un ajustement en raison de l’inflation).

La situation est semblable pour les prix du bétail, mais on prévoit encore plus d'incertitude par rapport aux prix à long terme de ce côté.

Qu'est-ce que tout cela signifie?

À long terme, il semble risqué d'établir des plans d'affaires en partant du principe que les prix des produits agricoles augmenteront. Les prix actuels sont probablement un point de référence raisonnable pour prévoir les tendances futures des prix. À court terme, le faible dollar canadien continuera d'offrir un rempart contre les pressions demandant des prix moins élevés aux États‑Unis, appuyant ainsi les marges des producteurs canadiens.