Principales tendances économiques de 2019 : le plafonnement du revenu agricole net

  • 29 janv. 2019

À quoi vous attendez-vous pour 2019? Voici le dernier article de blogue d’une série de cinq présentés en janvier qui se penchent sur les principales tendances économiques susceptibles d’influer sur le secteur agroalimentaire canadien cette année.

Statistique Canada a signalé une baisse de 1,6 % des recettes monétaires par rapport à l’année précédente, pour les neuf premiers mois de 2018. L’instabilité des prix de la viande rouge et de certaines cultures a été plus marquée en 2018 et les coûts des intrants ont également été plus élevés dans l’ensemble : l’indice des prix des entrées dans l’agriculture a progressé de 2,8 % au T1 de 2018 par rapport au T1 de 2017 et il a augmenté encore plus au T2 de 2018 par rapport au T2 de 2017.

À quoi peut-on s’attendre pour 2019? La production de viande rouge se redresse légèrement et les prix sont incertains. La croissance devrait être forte pour la volaille, mais ralentie pour les produits laitiers, et les deux secteurs devraient connaître des prix légèrement à la hausse. Les problèmes de production en 2018 (temps humide à la récolte, DON, etc.) vont peser sur les recettes des cultures en 2019. Nous croyons aussi que les dépenses vont continuer leur ascension, mais à un rythme plus modéré qu’en 2018. Le revenu monétaire net pourrait subir quelques pressions, ou en tout cas plafonner.

Facteurs imprévisibles

Les taux d’intérêt, le pétrole et le dollar canadien

Au moment de la publication de ce billet, les marchés estiment que la Banque du Canada aura du mal à relever son taux à un jour en 2019 étant donné la conjoncture économique. Si les taux augmentent, ce sera seulement au deuxième semestre. Et, si c’est le cas, ils entraîneront une hausse des coûts d’emprunt, ce qui pourrait rogner les flux de trésorerie et peut-être raffermir le huard par rapport au dollar américain. Le dollar canadien devrait se situer en moyenne à 0,75 $ US tout au long de 2019, mais toute variation inattendue des prix du pétrole ou des taux d’intérêt pourrait changer la donne.

Les répercussions des tensions entre les É.-U. et la Chine

Faute de règlement des tensions commerciales en cours, les prix des produits de base pourraient rester bas cette année. Les droits de douane sur les exportations américaines sont une occasion de combler les lacunes sur les marchés d’exportation, mais les risques de perte sont plus probables. Le différend entre la Chine et les É.-U. n’étant pas résolu, il est presque certain qu’un ralentissement économique va frapper tous les marchés mondiaux, et cela pourrait freiner la demande d’aliments et de produits agricoles en 2019.

La croissance de l’économie mondiale pourrait ralentir en 2019. Selon les projections de la Banque du Canada, le PIB réel progressera de 3,4 %, soit une progression inférieure à celle de 3,7 % enregistrée en 2018. Cela peut se traduire par un nombre d’acheteurs plus restreint sur les marchés mondiaux. Dans une année où les prix ne favoriseront pas la croissance des revenus, seul un gros volume des ventes pourra soutenir les revenus. Mais un ralentissement économique pourrait empêcher cela.

La météo : un facteur toujours imprévisible

Il sera important de surveiller les conditions météorologiques en Inde, en Amérique du Sud, en Europe et dans les régions de la mer Baltique pour connaître leurs effets sur les productions de ces contrées en 2019. Un phénomène El Niño en 2019 n’a pas encore été officiellement déclaré, mais les conditions actuelles pourraient avoir des répercussions sur la production agricole en Australie, en Amérique du Sud et au Canada, surtout si le phénomène persiste après le mois de mars.

Que faut-il retenir de tout cela?

Le plafonnement du revenu net pourrait entraîner un ralentissement de la croissance des valeurs des terres agricoles, mais, étant donné la formidable croissance de ces dernières années, le revenu monétaire net peut marquer le pas en 2019 sans causer trop de perturbation.

Jean-Philippe Gervais
Vice-président et économiste agricole en chef

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

@jpgervais


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