Principales tendances économiques de 2018 : Les prix de l’énergie

En ce début d’année, l’équipe de l’Économie agricole de FAC souhaite vous présenter cinq tendances économiques qui influenceront probablement l’industrie agroalimentaire canadienne cette année. 

L’énergie est la troisième tendance à surveiller en 2018 car elle peut faire grimper les coûts des intrants utilisés à la ferme et avoir des répercussions sur le dollar canadien.

Nous croyons que les coûts des intrants demeureront en général relativement semblables à ceux de 2017. Voilà de bonnes nouvelles pour les producteurs. Par ailleurs, grâce à la faiblesse relative du dollar que l’on prévoit pour l’année, la conjoncture au chapitre de l’énergie semble favorable pour l’agriculture canadienne. 

Nos prévisions

Voici les prix moyens des intrants agricoles en Alberta pour 2018 ainsi que la variation d’une année à l’autre. Il faut s’attendre à ce que les prix des intrants agricoles dans votre province évoluent dans la même direction.

  • Diesel : 0,98 $ le litre – 10 % ↑
  • Pétrole : 0,97 $ le litre – 7,5 % ↑
  • Phosphate d’ammonium : 700 $ la tonne – 2,1 % ↑
  • Urée : 500 $ la tonne – 1,5 % ↑
  • Ammoniac anhydre : 830 $ la tonne – 6 % ↓

Source : Base de données du ministère de l’Agriculture et de la Foresterie de l’Alberta (en anglais seulement)

Ces prévisions sont généralement positives or, de tels résultats pourraient toutefois perturber l’évolution des prix de l’énergie en 2018 et avoir des répercussions sur les marges des producteurs canadiens.

La Chine et les États-Unis

Ces deux superpuissances pourraient affecter les marchés énergétiques en 2018. Le cas échéant, les effets feront évoluer les marges des exploitations agricoles dans des directions opposées. 

La demande aux États‑Unis déterminera le prix des engrais en 2018, ce qui s’explique par la superficie consacrée au maïs (qui nécessite une grande quantité d’intrants) par rapport à celle consacrée au soja. En date de janvier 2018, on continuait de privilégier le soja au détriment du maïs. Par contre, la demande de maïs pourrait remonter facilement au cours de l’année. La production de maïs servant à produire de l’éthanol devrait atteindre 5,5 milliards de boisseaux, ce qui s’explique par une augmentation possible (2,1 %) de la production d’essence mélangée à de l’éthanol aux États‑Unis. 

Contrairement aux États‑Unis où la production semble s’être stabilisée, un accroissement de la production chinoise d’éthanol est possible en 2018, ce qui s’explique par la vigueur de la demande, qui est soutenue par des droits de douane élevés. Le mandat proposé par la Chine relativement à la politique sur la teneur en éthanol (E10), qui permettra d’étendre à tout le pays son programme pilote qui vise actuellement 11 provinces (les détails ne sont pas connus), pourrait avoir des répercussions profondes, en faisant grimper la demande de maïs et en réduisant la demande de pétrole. 

Plusieurs usines d’engrais à coût élevé (la principale source de combustible utilisée en Chine est le charbon dans une proportion estimée à 75 %) ont récemment fermé, ce qui a permis de ramener un certain équilibre au sein du marché mondial de l’urée, dont l’offre est excédentaire. 

La hausse des coûts de production en Chine contraste avec la baisse des coûts de production aux États‑Unis, ce qui s’explique par la faiblesse du prix du gaz naturel, qui devrait s’établir à 2,88 $ US le MMBtu en 2018. Après avoir stimulé la production et favorisé les marges agricoles en Amérique du Nord, le prix du gaz naturel devrait rester faible et les investissements dans les usines d’engrais devraient se poursuivre en 2018. La grande inconnue demeure la production chinoise d’engrais imprévue, qui pourrait ajouter une certaine incertitude aux prévisions de prix.

La production mondiale de pétrole doit équilibrer la demande

Les marchés énergétiques bien approvisionnés permettront probablement de maintenir le prix de l’engrais et les coûts du carburant agricole à un bas niveau en 2018. Nous prévoyons que le baril du pétrole brut West Texas Intermediate (WTI) se transigera autour de 55 $ US en 2018, ce qui représente une légère hausse par rapport à 2017, année où le prix du baril de pétrole s’établissait en moyenne à 50 $ US. L’OPEP a fixé des quotas de production de pétrole brut afin de gérer l’excédent actuel et possiblement de faire grimper les prix. Les États membres de l’organisation ainsi que les États non membres pourraient toutefois ne pas respecter ces quotas.

Parallèlement, la production d’huile de schiste aux États‑Unis pourrait permettre de dépasser la demande actuelle. Dans un cas comme dans l’autre, cela pourrait empêcher une hausse importante du prix du pétrole.

À l’inverse, la demande mondiale de pétrole devrait reprendre en 2018 en se fondant sur le raffermissement des économies américaine et mondiale. Une hausse des prix est possible si la demande dépasse les attentes et réduit en partie l’excédent actuel.

Une importante production de pétrole cette année pourrait limiter le raffermissement du dollar canadien. Nous prévoyons que le dollar se situera en moyenne à 0,78 $ US en 2018, ce qui préservera la compétitivité des exportations agricoles canadiennes sur les marchés mondiaux, soutiendra l’augmentation de la production et la demande d’engrais et permettra également d’accroître ou, à tout le moins, de maintenir à des niveaux élevés les coûts des intrants agricoles et des sources d’énergie importés.

Que faut-il retenir?

Les marchés de l’énergie ont une incidence sur l’agriculture canadienne. Les baisses de la production de l’OPEP pourraient réduire l’excédent de pétrole brut mondial, la superficie consacrée au maïs pourrait perturber l’équilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’engrais. Or, toute fluctuation importante des marchés de l’énergie influencera le prix des intrants agricoles et la valeur du dollar canadien. 

Notre conseil? Surveillez tous les marchés de l’énergie tout au long de l’année et pas seulement le marché du pétrole.


Leigh Anderson
Économiste agricole principal

Leigh Anderson a commencé à travailler à FAC en 2015 en tant qu’économiste agricole principal. Sa spécialité est le suivi et l’analyse du portefeuille de FAC et de la santé de l’agroindustrie ainsi que l’évaluation des risques inhérents à ces activités. Avant d’entrer au service de FAC, il a travaillé à la direction des politiques du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan.
M. Anderson est titulaire d’une maîtrise en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.

@AndersonLeigh3


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