Trois grandes leçons à tirer des perspectives économiques mondiales du FMI

Plus tôt cette semaine, le Fonds monétaire international (FMI) a dévoilé ses dernières perspectives de croissance de l’économie mondiale, qui contiennent des projections que j’avais en partie anticipées, pour ce qui est des plus probables. Ces perspectives sont en fait une mise au point sur ce que nous appelons les relations mondial-local, c’est-à-dire la situation de l’économie mondiale et ses répercussions sur les marchés agricoles.

1. Je mentionnais la semaine dernière que les prévisions des PIB seraient revues à la baisse et que cette projection donnant matière à réflexion varierait dans une certaine mesure. J’avais raison sur ce point.

Les révisions à la baisse ne sont pas une surprise. Un bon exemple est la Chine, qui, selon les prévisions, ne devrait pas atteindre son objectif de croissance de 7,5 %. Mais devrait-on s’en inquiéter?

Probablement pas. Même en tenant compte de cette diminution, la tendance à la baisse n’est pas assez forte pour influencer de façon importante la vigueur de sa demande agricole.

En revanche, les perspectives de l’Inde sont plus favorables. Après les difficultés qu’elle a connues lors de la récession mondiale, l’économie de l’Inde est en bonne voie de réaliser son potentiel en tant que moteur de croissance des marchés agricoles. Non seulement les marchés des légumineuses risquent de profiter à long terme de la puissance économique croissante de l’Inde, mais la hausse des revenus pourrait entraîner l’adoption d’un régime alimentaire plus occidentalisé.

2. Les risques géopolitiques et financiers augmentent à l’échelle mondiale.

L’économie de la Russie a connu une diminution notable des investissements et des sorties majeures de capitaux depuis le début de la crise. Cela a nui à ses perspectives économiques et à celles de ses voisins, les retombées étant limitées à la région de la Russie et de l’Ukraine.

D’autres risques sont toutefois présents y compris celui d’une déflation pure et simple. La déflation guette les pays lourdement endettés en augmentant le fardeau de leur dette. Ainsi, la faiblesse persistante de l’inflation en Europe suscite des craintes.

Le risque « d’excès financiers » (une faiblesse des taux d’intérêt qui pousse les marchés financiers à prendre de plus grands risques dans l’espoir d’obtenir de meilleurs rendements) demeure présent. Cette situation expose l’économie mondiale à un ralentissement si des chocs importants devaient survenir, comme une hausse des prix du pétrole ou une montée subite et importante des taux d’intérêt aux États-Unis.

3. Le FMI exhorte les économies émergentes et développées à « rehausser leur potentiel ».

Les risques mondiaux amoindrissent et peuvent continuer à miner les attentes en matière de croissance économique. Le FMI exhorte les pays à contrer ces risques actuels en particulier en adoptant des politiques qui optimisent le potentiel économique. Une recommandation du même genre pourrait également s’appliquer aux producteurs agricoles.

Des marges bénéficiaires solides et soutenues dans le secteur de l’élevage pourraient mener à une augmentation de la production et permettre par conséquent de « rehausser le potentiel ». Toutefois, le risque – dans ce cas-ci, le risque de marché – demeure. L’augmentation de la production doit être évaluée en tenant compte du risque que les profits reviennent à des niveaux plus normaux à long terme.

Pour en savoir plus sur les risques et sur la façon de les gérer, consultez nos billets. Vous y trouverez l’information dont vous avez besoin.

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef