Trois tendances contradictoires en matière de consommation alimentaire

Voir la dernière Chronique économique FAC : Trois facteurs à surveiller maintenant que la Réserve fédérale des États-Unis a annoncé qu'elle maintiendra son taux directeur inchangé.

Ce n'est pas tous les jours que vous verrez les principaux dirigeants des quatre plus importants détaillants en alimentation en Amérique du Nord (Loblaws, Metro, Sobeys et Whole Foods Market) réunis sur une même scène afin de discuter des tendances en alimentation. J'ai eu le plaisir récemment de servir de modérateur lors de leur discussion au forum Stratégie d'affaires organisé par le Conseil de la transformation alimentaire du Québec.

Les échanges animés entre les détaillants en alimentation portaient sur l'évolution des tendances des consommateurs et mettaient l'accent sur leurs attentes envers leurs fournisseurs. Pendant qu'ils parlaient, je me suis rendu compte que les principales tendances actuelles en alimentation sont à l'origine de contradictions importantes :

1.       Local ou mondial?

De plus en plus de consommateurs veulent connaître l'histoire derrière leurs aliments. Le nombre de points de vente en marketing direct, de la ferme au consommateur, a augmenté aux États‑Unis et au Canada, ce qui a pour effet d'établir un lien entre les consommateurs et leur collectivité. Toutefois, les consommateurs veulent pouvoir apprécier les différentes saveurs mondiales. Cette tendance planétaire est non seulement influencée par la naissance d'un segment solide d'aliments ethniques à mesure que l'immigration grimpe en flèche, mais elle est aussi le résultat de la mondialisation et des nombreuses interrelations que le monde a maintenant à offrir.

2.       Santé ou indulgence?

L'obésité et les maladies cardiovasculaires sont les principaux problèmes de santé du monde occidental. Les consommateurs réagissent à ce problème en modifiant leurs habitudes alimentaires afin d'y inclure des aliments plus sains et plus frais. Cependant, les recherches menées par les détaillants en alimentation révèlent constamment une forte demande pour les aliments qui procurent du plaisir et qui sont riches en calories (c. à d. en sucre et en gras).

3.       Prix ou qualité?

Cette contradiction ne date pas d'hier. Les consommateurs préfèrent des ingrédients de qualité élevée dans la nourriture qu'ils consomment. Mais la qualité a un coût. Et les Canadiens demeurent des acheteurs très observateurs, ce qui force les détaillants à collaborer avec leurs fournisseurs pour offrir de fréquentes promotions afin d'attirer des clients.

Alors que font les détaillants pour relever le défi que posent ces tendances contradictoires? Ils ont décidé de privilégier :

·         La simplicité : en offrant un choix clair aux consommateurs – les meilleurs aliments ou les moins coûteux

·         L'efficience : en réduisant les coûts de manière draconienne pour se donner un avantage concurrentiel

·         La rapidité : en réagissant rapidement aux besoins des consommateurs afin de fidéliser leur clientèle

Tirez profit de ces tendances

À l'avenir, les transformateurs alimentaires et les producteurs agricoles qui connaîtront le plus de succès seront les innovateurs – ceux qui offrent de nouveaux produits alimentaires alignés sur au moins une des tendances émergentes en matière d'aliments. Pour donner aux consommateurs ce qu'ils veulent, il faut établir des liens avec les producteurs. Après tout, l'ensemble du processus commence par le choix du bon produit agricole.

Les liens demeurent aussi importants pendant toute la durée du processus. Pas étonnant que les contrats de marketing et de production soient maintenant davantage répandus dans les secteurs du bétail et des cultures. Les contrats facilitent la distribution efficace des produits les plus demandés par les consommateurs canadiens et aident à créer des chaînes d'approvisionnement efficaces. Seule la coordination dans l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement permettra à l'agriculture canadienne de tirer profit des immenses possibilités qu'offre notre clientèle nationale.

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef