Vous pensez que la révolution industrielle a été une transformation majeure?

Vous pensez que la révolution industrielle a été une transformation majeure? Ce n’est rien en comparaison de la révolution actuelle.

Deux cents ans après que la révolution industrielle a redéfini le pouvoir économique, modifié les bases du pouvoir à l'échelle mondiale et vidé les campagnes au profit des villes, voilà que l'histoire se répète.

Seulement, le phénomène actuel est encore plus rapide, plus spectaculaire, et il se produit à une échelle sans précédent.

Essor de la classe moyenne mondiale

La réaction de l’Ouest canadien à cette évolution du paysage mondial était le sujet de la récente conférence de la Canada West Foundation (en anglais seulement) sur l’essor de la classe moyenne mondiale (en anglais seulement). Des conférenciers de la Banque mondiale et du McKinsey Institute (en anglais seulement), ainsi que le ministre Gerry Ritz, ont souligné les défis et les possibilités qui attendent tous les producteurs agricoles.

  • Il a fallu 150 ans pour que le revenu de 10 millions d'habitants du Royaume-Uni double à l'époque de la révolution industrielle; en comparaison, il a fallu 12 ans pour que le revenu d'un milliard d'habitants de la Chine double.
  • Au cours des 15 prochaines années, le nombre de consommateurs appartenant à la classe moyenne (en anglais seulement) à l’échelle mondiale augmentera de 3 milliards.

Le concept désuet des marchés émergents

Un constat s'impose : nous devons redéfinir le concept des marchés « émergents ». Les exportateurs emploient ce terme depuis des années. S’il est vrai que de nombreuses économies du monde n’ont pas encore atteint la croissance des revenus suffisante pour stimuler la consommation, l’utilisation répandue de ce terme cache une réalité importante. De nombreux conférenciers ont souligné qu'en 2015, il est juste de dire que ces nouveaux acteurs, à savoir la classe moyenne mondiale grandissante, ont véritablement émergé; ils ne sont plus « émergents ».

D’ailleurs, cette mutation incroyable se poursuit. Si nous les considérons comme des « marchés émergents », nous faisons fausse route et nous laissons passer l’occasion : ces populations se considèrent comme la classe moyenne, consomment en fonction des revenus de la classe moyenne et ont des exigences qui ont le poids et l’influence que seule une classe moyenne nombreuse et grandissante peut exercer sur les marchés.

La ville intermédiaire : le nouveau champion économique mondial

Assurément, à l'échelle des villes, il convient de parler du pouvoir économique et de la consommation de la classe moyenne. C'est d'ailleurs dans les villes (et non dans des pays entiers), que se trouveront les débouchés commerciaux futurs.

  • En 2007, 50 % du PIB mondial provenait de villes situées dans des régions développées; selon le McKinsey Institute, dans 10 ans, 100 villes de Chine se classeront parmi les 600 villes (en anglais seulement) les plus influentes du monde en générant 60 % de la croissance mondiale.
  • La prédominance des « mégapoles », soit les villes de 10 millions d’habitants ou plus, dans l’économie mondiale cédera la place à la vigueur économique des villes « intermédiaires »(en anglais seulement), qui comptent entre 150 000 et 10 millions d’habitants; d’ici 2025, les 577 villes intermédiaires représenteront plus de la moitié du PIB mondial.

Les produits alimentaires constituent l'un des premiers et des plus importants choix de produits dans les populations où le revenu disponible augmente. Grâce à leurs revenus plus élevés, les consommateurs achètent des réfrigérateurs en priorité et plus souvent qu'ils n'achètent des machines à laver. Et malgré le ralentissement de la croissance économique globale de certaines économies, comme la Chine, les répercussions se font sentir d'abord sur les importations de produits utilisés dans la construction d'infrastructures, puis sur les importations de produits alimentaires.

Dans la deuxième partie de cette série, j'examinerai certains défis auxquels sont confrontés les producteurs agricoles, dont les prévisions de la Banque mondiale qui indiquent une faiblesse des prix des produits agricoles pendant une longue période et une intensification de la concurrence exercée par un grand nombre de ces mêmes marchés.

Martha Roberts, Spécialiste, recherche économique