Les banques centrales du monde et les très locales recettes à la ferme

Il s’en passe, des choses intéressantes sur la scène financière mondiale – du moins, pour un mordu de l’économie comme moi.

La Réserve fédérale américaine oriente maintenant sa politique monétaire dans une direction différente de celle qui fut la sienne au cours des cinq dernières années. Elle vise, à terme, à mettre fin aux mesures de relance monétaire au moyen de l’assouplissement quantitatif, voire à inverser ces efforts.  La Banque centrale européenne s’ouvre également à un changement dans sa politique monétaire en adoptant, toutefois, une orientation opposée à celle actuellement envisagée par son homologue américain. Enfin, les banques centrales du Japon, de la Chine et du Canada poursuivent toutes des politiques et des objectifs différents.  

Les décisions prises par les banques centrales du monde découlent de motivations différentes propres aux spécificités économiques de chaque banque, mais les gestes qu’elles posent vont généralement entraîner le raffermissement de la devise américaine, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour l’agriculture canadienne. Un billet vert plus fort fait grimper le prix payé par les acheteurs dans leur devise nationale, ce qui entraîne un repli de la demande de produits de base et mène, à terme à un baisse des prix.

Cependant, dans ce cas-ci, les raisons de l’appréciation du dollar américain pourraient avoir un effet positif sur les prix obtenus par les producteurs canadiens. 

Par exemple, en injectant des liquidités dans son économie, la Banque centrale de Chine assouplit les conditions de crédit, ce qui stimule la croissance économique. Cela signifie une demande plus forte pour des produits de base, compensant ainsi pour la diminution du pouvoir d’achat attribuable à une hausse du dollar américain.

Et ce n’est pas tout. À mesure que la devise américaine s’apprécie, le huard chute. On obtient donc plus de dollars canadiens pour les produits de base dont les prix sont libellés en dollars américains, et ce, grâce à l’amélioration des niveaux de base.   

Le résultat?

Nous pouvons nous attendre à ce que le dollar américain s’apprécie par rapport aux principales devises mondiales, incluant la nôtre. Cette situation pourrait se poursuivre jusqu’à ce que les perspectives économiques canadiennes s’améliorent au point où nous pourrons soutenir le rythme de l’économie américaine, qui fait définitivement meilleure figure que la nôtre pour l’instant. Le dollar canadien risque de perdre encore de la valeur tant que les perspectives économiques continueront de diverger. Cette situation ne durera toutefois pas indéfiniment.

Le fait d’espérer une faiblesse du dollar canadien pendant une période prolongée paraît être une stratégie à long terme douteuse. La meilleure avenue à envisager semble plutôt être une réduction des coûts. Nous vous tiendrons au courant de ce que fait le reste du monde.

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef