Les cinq tendances économiques pour l'agriculture en 2016

Pour une mise à jour des tendances, consultez Les principaux facteurs économiques à surveiller en 2017.

Janvier est un moment opportun pour faire un retour sur l'année précédente et se pencher sur les défis et les possibilités qu'apportera la nouvelle année. Dans cet esprit, voici les cinq plus importantes tendances économiques que vous devriez surveiller en 2016.

1. Le secteur agricole fait face à un faible risque lié au taux d'intérêt

Dans l'ensemble, la conjoncture économique devrait être favorable aux exploitations agricoles, aux agroentreprises et aux transformateurs alimentaires en 2016. Considérez ce qui suit

  • Les taux d'intérêt devraient demeurer bas, malgré la possibilité d'une légère pression à la hausse en ce qui concerne les taux hypothécaires fixes de trois et de cinq ans.
  • La faiblesse soutenue des prix du pétrole et les perspectives différentes sur les taux d'intérêt au Canada et aux États‑Unis continueront de faire fléchir le dollar canadien, lequel devrait toutefois se raffermir au second trimestre.
  • La croissance économique ralentira en Chine alors qu'elle s'accélérera en Inde. La demande de produits agricoles de base demeurera forte dans ces deux pays.

2. L'accroissement des stocks nuira à la rentabilité

Les prix de l'ensemble des produits agricoles de base devraient diminuer en raison d'une offre mondiale abondante qui risque de croître davantage. Il y a quand même de bonnes nouvelles: la faiblesse du dollar canadien continuera de soutenir les producteurs canadiens. Voici ce que vous pouvez attendre des marchés agricoles:

Céréales et oléagineux

  • Les importants stocks mondiaux créeront une pression à la baisse sur les prix.
  • Les marges demeureront positives, mais elles seront sensibles aux fluctuations du dollar canadien.

Bétail

  • Les coûts plus faibles des aliments pour animaux soutiendront les marges dans le secteur de l'élevage.
  • La baisse des prix du bœuf se reflétera sur les prix des bovins, resserrant les marges des parcs d'engraissement.
  • Malgré le recul des prix des bovins, les marges des exploitations vache‑veau devraient demeurer solides.
  • Les producteurs de porc devraient enregistrer des profits comparables à ceux de la moyenne des cinq dernières années, tirant parti de la forte demande en Chine.
  • Les importations d'ingrédients laitiers et la faiblesse des prix mondiaux des produits laitiers nuiront à la profitabilité du secteur laitier, particulièrement dans l'est du Canada où le secteur est davantage axé sur le marché industriel du lait.

3. La dette agricole canadienne continuera d'augmenter, mais à un rythme plus lent

Les prix élevés des produits de base au cours des cinq dernières années ont conduit à des investissements accrus dans l'agriculture canadienne, ce qui a contribué à faire grimper la valeur des terres agricoles et les ventes d'équipements agricoles jusqu'en 2015. En 2016, le rythme d'accroissement de la dette devrait ralentir pour deux raisons :

  • Les producteurs réévaluent leur potentiel de revenus en tenant compte des prix plus faibles des produits agricoles de base, ralentissant l'appréciation de la valeur des terres agricoles.
  • Les agriculteurs achèteront moins d'équipements agricoles pour se concentrer sur l'efficience. La faiblesse du dollar canadien ne fera qu'amplifier cette tendance en rendant les intrants agricoles plus chers.

4. Les régimes climatiques pourraient perturber l'offre et créer des possibilités

Les régimes climatiques devraient créer des possibilités pour les producteurs canadiens en 2016 :

  • La sécheresse qui sévit en Russie et en Ukraine pourrait réduire la production de blé.
  • Le phénomène El Niño devrait avoir un impact négatif sur la production d'huile de palme en Indonésie et en Malaisie ainsi que sur la production de légumineuses en Inde. En fait, les faibles stocks de report et la forte demande de légumineuses devraient soutenir les prix — 2016 pourrait bien s'avérer une véritable « Année des légumineuses » pour les producteurs canadiens.
  • Les répercussions sur les céréales ne sont pas encore connues; il est possible que la production de maïs et de soya au Brésil et en Argentine compense la faible production ailleurs dans le monde.

5. Les consommateurs réclament une plus grande diversité d'aliments tout en demeurant sensibles aux prix

Les producteurs et les transformateurs alimentaires font face à des pressions croissantes pour satisfaire à la demande complexe d'aliments aux caractéristiques conflictuelles — frais ou transformés, sains ou appétissants, locaux ou exotiques — mais par‑dessus tout, abordables. Le Canada a traditionnellement prospéré en produisant des produits agricoles de base, mais cela ne sera peut‑être plus suffisant pour les raisons suivantes:

  • La demande mondiale croissante de protéines animales et de produits transformés.
  • La recherche de solutions aux préoccupations croissantes du public concernant l'agriculture moderne ou le mouvement de « démocratie alimentaire » (en anglais seulement).
  • Un marché intérieur mature qui demande les mêmes aliments qui ont creusé le déficit commercial du Canada (de 1,9 G$ en 2010 à 3,5 G$ en 2014).

D'autres importantes tendances n'ont pas été mentionnées :

Même si elles ne figurent pas à notre liste, ces tendances ont le potentiel d'exercer une influence sur les plans d'affaires futurs.

Visitez-nous régulièrement au cours de 2016 pour lire de nouvelles analyses à jour sur ces facteurs économiques importants pour l'agriculture et le secteur agroalimentaire canadiens. Comprendre les tendances est la première étape pour saisir les occasions.

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef