Le secteur agricole canadien est en santé

J’ai participé récemment à une conférence organisée par lInstitute for the Advanced Study of Food and Agricultural Policy (en anglais seulement) de l’Université de Guelph, intitulée « Are We Heading for Another Farm Financial Crisis? » ou « Est-ce qu’on se dirige vers une autre crise financière agricole? ».”

Permettez-moi de répondre tout de suite : non. Le secteur agricole est en santé.

L’une des principales préoccupations lorsqu’on regarde les données financières agricoles, c’est la croissance de la dette agricole. Entre 2005 et 2014, la dette agricole globale au Canada a augmenté de 68 % pour s’établir à plus de 84 milliards de dollars.

Les préoccupations entourant la dette au Canada ne sont pas nouvelles. Les discussions concernant la dette à la consommation canadienne – qui totalisait plus de 1 800 milliards de dollars au 1er avril – ont sonné l’alarme.

1.       Les taux d’intérêt finiront par augmenter.

2.       La dette a atteint un nouveau sommet à un moment où l’économie canadienne est chancelante.

3.       Le ratio dette à la consommation-revenu disponible a établi un nouveau record à la fin de 2014.

4.       Le marché de l’habitation est considérablement surévalué.

Bien entendu, les taux d’intérêt remonteront… tôt ou tard. Par contre, personne ne sait exactement quand. Les consommateurs, les producteurs agricoles et les entreprises font mieux de tester leur capacité à assurer le service de leur dette dans un scénario de taux d’intérêt plus élevés. C’est une question de gros bon sens.

Mais c’est là où prend fin toute comparaison significative entre la dette à la consommation et la dette agricole.

La dette agricole canadienne a grimpé à un moment où l’économie agricole globale a connu un boom. Le revenu monétaire net au niveau agricole a augmenté, passant de 6,8 milliards de dollars en 2005 à 13,9 milliards en 2014. Selon certaines prévisions, il pourrait atteindre plus de 13 milliards en 2015, gonflé par des recettes élevées tirées des cultures et des prix robustes pour le bétail.

Il s’agit de perspectives agricoles solides en contraste flagrant avec la faible croissance de l'économie canadienne.

Le ratio dette agricole-revenu monétaire net a suivi une trajectoire considérablement différente du ratio dette à la consommation-revenu disponible.  Le ratio d’endettement agricole connaît une tendance descendante depuis 2006, laissant entendre une amélioration de la capacité des producteurs à respecter leurs obligations.

Les valeurs des actifs agricoles ont aussi grimpé au cours des dernières années, entraînées par des hausses rapides de la valeur des terres agricoles. Bien que les risques soient présents dans certaines régions canadiennes où les terres agricoles sont très chères et où les prix ont rapidement augmenté récemment, la valeur marchande globale des terres agricoles semble alignée sur les paramètres économiques fondamentaux du marché. 

Bien que je croie que les facteurs sous-jacents du secteur agricole dressent, avec certaines réserves, une image plutôt positive de l’économie agricole, les producteurs doivent considérer leur propre situation pour déterminer leur capacité de payer leurs dettes. De solides stratégies de gestion du risque sont cruciales afin de poursuivre la croissance.

Jean-Philippe Gervais, Économiste agricole en chef