Faible croissance prévue des marchés des cultures? Pas de problème

La semaine dernière, nous avons reçu de bonnes nouvelles de l’OCDE et de la FAO : la demande mondiale d’oléagineux continuera d’augmenter. Le rapport Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2017-2026 publié récemment met l’accent sur la « faible » croissance tout au long de la période envisagée. Cependant, à quel point est-elle vraiment « faible »?

Les marchés des cultures ont fait preuve d’une force remarquable qui a propulsé les revenus agricoles canadiens à des niveaux records en 2016. Les producteurs canadiens ont assuré leur rentabilité à mesure que de nouveaux acteurs sont arrivés sur le marché, que les stocks mondiaux sont montés en flèche et que les prix ont baissé. Dans ce contexte, l’idée de l’« affaiblissement » de la croissance est nuancée.

Cela dit, un marché en déclin mérite votre attention. Après avoir lu les Perspectives agricoles, je crois que trois possibilités et défis sont particulièrement importants pour le Canada :

1. L’appétit insatiable de la Chine pour les oléagineux

La demande d’oléagineux de la Chine a été le principal moteur de croissance des marchés mondiaux des cultures au cours de la dernière décennie. Les importations de soya de la Chine ont bondi de 314 % entre 2006 et 2016, un rythme qu’elle va probablement maintenir.

Les projections des dix dernières années montrent qu’en 2007, l’OCDE et la FAO prévoyaient que les importations d’oléagineux de la Chine dépasseraient les 47,7 millions de tonnes métriques (MTM) en 2017 (Figure 1). De plus, en dépit des preuves de l’accélération du taux de croissance de la consommation chinoise, les projections effectuées en 2012 ont toujours grandement sous-estimé les niveaux d’importation en 2017 – de 20 MTM.

La prévision de 2017 pour l’exercice en cours double en fait les projections initiales. Les importations de la Chine devraient maintenant s’établir à 93,6 MTM en 2017.

2. La production de biocarburants est toujours à la hausse, mais la part du maïs destiné à la production d’éthanol diminue

Si l’intérêt de la Chine pour les oléagineux caractérisait la dernière décennie, il a remplacé les biocarburants en tant que moteur clé au cours de la première décennie du nouveau millénaire. La production d’éthanol à base de maïs aux États-Unis est passée de 6,2 millions de gallons en 2000 à 10,6 milliards de gallons en 2010. L’augmentation de la superficie consacrée à la récolte de maïs de 12 %, combinée aux rendements supérieurs, a fait bondir la production de maïs de 26 %, dont la totalité était destinée à la production d’éthanol. Toutefois, même cette augmentation ne pouvait répondre à la nouvelle demande. Entre 2000 et 2010, l’utilisation fourragère et les exportations de maïs ont également diminué afin d’accroître la production d’éthanol.

À l’avenir, on prévoit que la demande de céréales liée à l’éthanol se stabilisera. L’OCDE et la FAO s’attendent à ce que la croissance du secteur de l’éthanol à base de maïs aux États-Unis demeure positive d’ici 2020, mais beaucoup plus lente (moins de 1 % annuellement). La demande plus faible d’essence devrait renverser légèrement le mouvement de croissance entre 2022 et 2027. En revanche, la production d’éthanol à base de sucre du Brésil pourrait faire un bond de plus de 20 % au cours de cette période.

3. La capacité de leadership du Canada en matière d’exportations de blé sera mise au défi

Les exportations canadiennes de blé devraient augmenter de 6 % d’ici 2026, par rapport à la moyenne de 2015-2017. Selon une croissance projetée de 7 % de la production de blé d’ici 2026, la croissance de nos exportations accusera un retard par rapport à celle de l’Union européenne, des États-Unis, de la Russie et, plus particulièrement, de l’Ukraine.

Les exportations de l’Ukraine devraient augmenter de 15 % d’ici 2026. Cette augmentation reflète en partie l’incapacité relative de l’Ukraine de transformer les matières premières. Lorsque la capacité de transformation nationale est incapable de suivre le rythme de la production, l’excédent doit être exporté. Contrairement au Canada, où une partie de la production supplémentaire sera absorbée par la transformation nationale, l’augmentation prévue de 13 % de la production ukrainienne sera surtout exportée.

Les augmentations de production s’expliqueront de différentes façons. La croissance canadienne de 7 % se fonde sur l’hypothèse d’une augmentation de 1,5 % en acres, alors que la croissance ukrainienne de 13 % devrait exiger une superficie supplémentaire de 2,1 % consacrée au blé. Ces données suggèrent que l’OCDE et la FAO s’attendent à ce que les rendements de l’Ukraine progressent de façon marquée au cours des dix prochaines années.

La productivité est essentielle au maintien des perspectives positives à long terme du Canada

Grand exportateur de céréales et d’oléagineux à l’heure actuelle, le Canada conservera son classement d’élite seulement en déployant des efforts pour améliorer la productivité afin de répondre à la demande croissante face à la concurrence accrue sur les marchés d’exportation.


Jean-Philippe Gervais
Vice-président et économiste agricole en chef

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

@jpgervais